CHAPITRE III
Il est rare qu’un homme très-réservé ne soit pas ombrageux.
Une grande réserve peut s’allier à une profonde sensibilité. • Elle est alors une preuve de beaucoup d’empire sur soi.
La réserve est la dignité .de la force, quand elle n’est pas l’art de cacher la faiblesse.
On confond avec la dissimulation la réserve sévère que s’impose parfois une âme passionnée. C’est une injustice-, car la dissimulation protège les mauvaises passions, et la réserve en arrête l’essor.
2° Discrétion, frein du langage et delà conduite. Ce qui caractérise fhomme discret, c’est le sang-froid, la fermeté d’esprit, la dignité personnelle, le respect de lui-même et souvent la défiance qu’il ressent pour les autres. 11 a, au moins dans une certaine mesure, le sentiment moral, l’idée du devoir, des principes de probité; et, si son âme ne s'est point pervertie, il doit être disposé à les prendre pour guides.
5° Pnidence, circonspection et vigilance d’une âme qui connaît et veut éviter le danger; qui, dans le bien, sait choisir le mieux, et qui voit, en toutes choses, la limite qu’elle ne doit pas franchir.
Fermer les yeux sur un danger réel, pour éviter des impressions pénibles, est faiblesse; le regarder en face, pour le combattre, ou s’y soustraire, est courage ou prudence; le montrer aux autres, est bonté.
4° Modération, sage mesure des sentiments, des désirs et • des actions dans toutes les situations de la vie, retenue dans le plaisir, comme dans la douleur, calme avec lequel on supporte les torts d’autrui. La modération mît de l’intime union de la raison, de la bonté et souvent de la force. Pour la bien apprécier, il faut l’opposer à la violence. Chacune d’elles a, pour cause première, un penchant, et, pour causes de développement, l’éducation et l’exemple.
La modération est un principe d’ordre et de bien-être; la violence, une source de troubles et de malheurs.
La première inspire le respect ; la seconde, la haine et la révolte.
La modération élève, les âmes; la violence les abrutit.
L’une a pour auxiliaires les plus belles qualités; l’autre permet d’en supposer l’absence.
Enfin, la modération est l’indice d’une organisation puissante et régulière; la violence est le résultat d'un grave désordre physique ou moral.
11 est plus facile de supporter la privation des plaisirs que d’en jouir avec modération.
La modération du langage est une grande preuve de bon sens et de bon goût.
5* Sagesse, raison éclairée, volonté soumise à la loi, pratique habituelle du bien.
Être sévère pour soi, indulgent pour les autres, c’est être sage, et c’est se faire aimer.
Dieu ne nous a rien donné d’inutile; mais il a mis la sagesse dans l’usage modéré de toutes choses. Il ne veut pas que le bienfait fasse jamais oublier le bienfaiteur.
Si la raison est l’art d’être sage, elle est aussi l’art d’être heureux.