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CHAPITRE IV

voit commettre une faute par une personne plus sage ou plus habile que soi.

Beaucoup de gens tiennent moins à être bons qu’à paraître meilleurs que d’autres.

Afficher son mérite, c'est provoquer la critique ; le laisser découvrir, c’est donner à l’amour-propre d’autrui une petite satisfaction dont il tient toujours compte.

Beaucoup de personnes, surprises d'un éloge qu’elles ne croyaient pas avoir mérité, ont la modestie de renoncer à leur propre jugement pour se soumettre à celui des autres.

Une personne qui nous estime a toujours, à nos yeux, quel que mérite, ne fùt-ce que celui de la pénétration.

On est sur de plaire en se montrant plus satisfait des autres que de soi. Mais en se cotant au-dessous de sa valeur réelle, on risque d’élre pris au mot. La plupart des hommes font sans doute cette réflexion; car, dans la crainte d’élre marchandés, ils ont la prudence de se surfaire un peu.

Le moment où l’on se glorifie d’une qualité est souvent bien près d’une faute qui en fera douter.

L’homme le plus prompt à se choquer est celui qui craint le moins de choquer les autres.

Quand nous tolérons, dans autrui, les défauts que nous nous sommes reconnus, les nôtres nous paraissent toujours plus excusables; et nous goûtons, en secret, Te plaisir de l’indulgence.

Souvent ou érige en système un défaut dont on ne peut pas se corriger; et, en cherchant à tromper les autres, on finit par se tromper soi-mème.

Il n’y a de modestie réelle que dans la défiahce de soi-mème, inspirée par un profond sentiment du beau t et par la crainte de ne pouvoir atteindre à la perfection que l’on a conçue.

Nous prenons souvent pour de la modestie ce qui n’est qu’une politesse de l’amour-propre.

L’amour-propre jette les hommes dans d’étranges contradictions. Ils veulent s’élever par un titre ou un emploi, et ils s’abaissent par les moyens dont ils se servent pour l’obtenir ; ils veulent honorer leur nom, et ils déshonorent leur caractère.

Quand l’amour j»orte ses vœux un peu haut, rarement il est tout à fait dégagé d’amour-propre. Le cœur n’aspire guère qu'à ce qu’il croit mériter.

Il y a peut-être moins d’amour-propre dans la résolution que dans la timidité. L’une marche à son but, sans craindre la critique; et l’autre, de peur de l’encourir, reste souvent audessous du devoir.

11 faut avoir vécu loin du monde, ou s’en être lassé; avoir beaucoup souffert, ou beaucoup réfléchi, pour savoir se contenter des plaisirs simples etdu bonheur tranquille.

Une petite satisfaction d’amour-propre nous soulage toujours un peu du mal que nous avons prévu, sans pouvoir l’éviter.

Ne faites à personne sa part d’esprit : vous ne contenteriez pas le plus modeste.

On aime à être trouvé spirituel, ne fùt-eeque pour se confirmer dans la bonne opinion que l'on a de soi. Mais ce ne peut être par le même motif que l’on cherche à passer pour vertueux; car, même en y réussissant, on ne peut réussir à s’abuser soi-même.

L’amour-propre est un mauvais sentiment; car la supériorité de la vertu est la seule qui ne lui inspire aucune émulation.

Plus l’àme s’épure, moins elle est sensible aux jouissances de l’amour-propre. La gloire l’attache à la terre; la vertu la fait aspirer au ciel.

2° Vanité. La vanité est un désir ardent d’attirer les regards, d’éblouir, de paraître plus qu’orl n’cst, et même d’exciter l’envie. La vanité n’est donc que la vive expansion d’un amour-propre impatient et altéré de jouissances. Ses prétentions ambitieuses lui sont inspirées par une certaine finesse de perception qui lui fait tout sentir, dans son seul intérêt, et tout combiner pour surpasser les autres. Constamment éveillée et active, la vanité se montre caressante, quand on la satisfait ; intraitable, quand on la contrarie. Elle s’enivre de distinctions et de flatteries, sans jamais s’en lasser; se passionne pour tout ce qui brille, et méprise ce qui est simple et vrai. Une bassesse, une cruauté même, ne lui répugnent pas, lorsqu’elle espère en trouver le prix dans l’éclat du succès.

C’est la vanité qui éveille, dans uncœur sans amour, des jalousies sans pitié, ou qui se plaît à répondre, par le dédain, aux témoignages d’un amour trop sincère.

C’est la vanité qui arme deux femmes rivales des traits empoisonnés de la médisance et de la calomnie. C’est la vanité qui fait éclore, dans le cœur d’une mère, une haine .monstrueuse contre sa fille coupable d’être née après elle.

C’est la vanité qui, dédaignant les jouissances de l’esprit et du cœur, cherche la félicité dans*ün luxe alimenté par les privations d’autrui.

C’est encore la vanité qui. pour un mot, un regard, prononce et exécute un arrêt de mort. C'est elle qui force des peuples civilisés à se précipiter les uns sûr les autres, comme des troupeaux de bêtes farouches, et à verser des flots de sang. C’est elle enfin qui place l’honneur dans d’éelatants forfaits, et la gloire dans le malheur du monde.

La vanité va jusqu’à étouffer, dans le cœur de l’homme, le premier et le plus essentiel des sentiments qu y ait mis la nature, celui de la conservation; et lui fait préférer le suicide à une humiliation souvent imaginaire.

Si la vanité et l’égoïsme pouvaient être chassés de la terre, la vertu y régnerait sans obstacles.

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