CHAPITRE IV
vanité. A tous deux il faut un culte et des autels. Mais peu leur importe quelle main agile l'encensoir: la fumée qui s’en exhale a-toujours le même parfum.
Beaucoup de grands hommes ont mérité ce titre, parce que leur intelligence et leur courage se sont élevés jusqu’à la hauteur de leur vanité.
Quand la vanité a l’air de se frapper, qu’on y regarde bien, et l’on verra qu’elle se caresse.
Rarement on aperçoit dans les autres les qualités dqitl ou est dépourvu. Est-on forcé de les voir, on ne manque guère d’y trouver un peu de ridicule; et alors on se glorifie d'en être exempt.
On convient quelquefois de ses défauts, même de ses vices, jamais de la nullité do son esprit. Chacun cherche à la cacher sous le point le plus saillant de son caractère: l’homme bon, sous sa bienveillance naturelle ; l’homme vain, sous son impertinence.
L’homme qui repousse d’utiles conseils, pour se montrer indépendant, prouve sa vanité et sa sottise.
IjU vanité lire parti de tout : elle se pare des souIVranccs qui l’ont éclater le courage; elle donnait au gladiateur la force de tomber avec grâce.
DE L'HOMME MOKAL.
Celui qui recherche et celui qui évite les personnes distinguées par leur rang ou par leur esprit ont d’ordinaire le même motif, la vanité.
Un homme obscur qui, par vanité, se montre familier avec les grands, fait un mauvais calcul. S’ils veulent bien avoir l’air d’oublier leur rang, c’est à condition qu'il s’en souviendra.
On n’est jmis fâché d’exciter la jalousie quand on n’en éprouve ni gène ni souffrance.
La vanité lue plus de libertins que le libertinage.
La vanité aime à promettre ; la bonté aime à donner.
Ne vous inclinez pas trop devant un homme vain ; car, pour sc grandir, il mettrait son pied sur votre tête»
o* Présomption. La présomption est un amour-propre entreprenant et étourdi qui ne doute de rien, parce qu’il ne comprend rienj et auquel le hasard, ce railleur malin de la prudence humaine, se complaît donner raison.
Tel qui n’a jamais rien fait sc croit capable de tout faire ; et, s'il reste dans l’inaction, c’est moins encore par nonchalance que par dédain pour des succès dont se glorifient ceux qu’il juge inférieurs à lui»
La présomption s’absout et se console de ses revers, en les attribuant à des causes qu’elle n’avait pas dû prévoir; et, après chacune de ses chutes, elle se relève meurtrie, mais non pas corrigée.
4° Fatuité. La fatuité est la manifestation d’un amourpropre enhardi par des qualités souvent fort contestables, et par de frivoles succès.
Le fat affecte un dédain absolu pour toutes les convenances. Chacun de ses mots, de ses regards et de ses gestes est une impertinente déclaration d’indépendance ou de supériorité. 11 prend un air de triomphe, même avant d’avoir triomphé. Le fat n’est qu’y.n sot enivré d’admiration pour lui-même, et encouragé dans ce ridicule sentiment par des personnes un peu plus sottes que lui. Le goût de la plupart des femmes pour tout ce qui attire l’attention leur fait aimer la fatuité. Elle leur plaît encore parce qu’elle promet beaucoup et n’hésite jamais. Le fat, par un singulier instinct d’équité, respecte, au fond, les personnes qui le dédaignent, et méprise celles dont il est adulé.
La fatuité est la coquetterie de l’homme. Mais la coquette veut avoir des succès, et le fat, faire croire aux siens; l’une a besoin d’esprit, et l’autre, d’assurance. Du reste, tous deux se ressemblent par l’égoïsme et la vanité.
5° Orgueil. L’orgueil est le contentement intime d’une âme infatuée d’elle-mème, ou de quelques distinctions sociales. C’est un amour-propre raisonné qui grandit avec l’estime de soi et le mépris pour les autres. C’est aussi le délire d’une âme exaltée par l’audace ou par le génie. L’orgueil, trouvant en luimême son aliment et ses jouissances, redoute peu la solitude. Quelquefois il prend l’apparence de la vertu, choisit un noble but, et conserve ainsi la dignité de l'homme. Au milieu des habitudes de la vie, il ne se manifeste guère que par la réserve
wo DE L’HOMME MORAL.
et la licrlé ; niais, s’il reçoit quelque blessure, il soulève les passions les plus impétueuses, pour les associer à ses vengeances. Alors il lui faut'le triomphe, ou la mort. 11 peut faire commettre un crime, jamais une lâcheté. L’amour-propre veut l’estime des autres; l’estime de soi sui’lit à l’orgueil.
L’orgueil inspire l’émulation, et l’amour-propre, la jalousie.
L’orgueil peut réprimer quelques défauts; l’humilité seule peut remplacer les défauts par des vertus.
. Celui qui aime à donner et craint de recevoir est hou et généreux peut-être, mais orgueilleux et déliant à coup sur.
Forcés de se décider entre la bassesse et le crime, l’orgueil choisit le crime, et la vanité, la bassesse.
L’espoir d’une gloire immortelle est le rêve d’un orgueil insensé. La créature ne peut produire l’infini.
L’orgueil est la vertu des incrédules.
Comment un homme peut-il conserver de l’orgueil, quand il plonge son regard dans les profondeurs d’uuciel étoilé?
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6° Fierté. La morale évangélique, eu prescrivant l'humilité, condamme la fierté. U en est cependant deux sortes qu’il serait injuste de confondre.
L’une est l’attitude grave et dédaigneuse de l’orgueil, la réserve hautaine dans laquelle il s’enferme, pour imposer le respect; et quelquefois aussi une ridicule affectation de supériorité qui s’évanouit devant la peur ou l’intérêt.
L’autre est le sentiment intime d’une valeur réelle, et la dignité d’une âme délicate. Si elle mérite quelque reproche, c’est d’aspirer au bien, plutôt pour satisfaire un goût que pour obéir à la morale et chercher la vertu.
La fierté et le respect humain composent une perfection apparente qui vaut mieux que l'hypocrisie et moins que la vertu. Quel qu’en soit le -motif, c’est la pratique du bien. Le inonde a raison de l’honorer, et de laisser à Dieu le soin d’en juger le mérite.
line personne délicate et fière se résout difficilement à*demander. Attentive à prévenir les désirs des autres, elle veut qu’on devine les siens.
Une âme généreuse se soumet à l’économie par prévoyance et par fierté.
La fierté dédaigne les railleries d’un sol; la vanité s'eu venge.
L’amour-propre timide se défend avec le mensonge; la fierté, avec la franchise.
ÜE L’HOMME MORAL.
line àuie Hère sc soumet aux règles, pour se soustraire à l’autorité directe de l’homme.
Ou a moins droit d’être fier d’une grande naissance que du mérite de s’illustrer sans elle ; mais il n’est rien de plus noble que de rajeunir en soi l’éclat d’un beau nom.
Une àme noble est fière dans l’infortune; une âme vulgaire, dans la prospérité.
cikijmkme catégorie. — Défaut s produits par la mauvaise opinion que l'on a d'autrui et par les prétentions du cœur, ou de l'amour-propre.
1" Méfiance et défiance. La méfiance est la crainte d’être trompé : c’est un penchant au soupçon ; et le soupçon est mie sourde accusation sur une simple apparence. La méfiance est inhérente au caractère, et se manifeste par mie réserve excessive, ou par une surveillance inquiète. Elle ne laisse personne en dehors de ses préventions, subsiste sans motifs, et survit même aux faits qui la démentent.
On ne peut confondre la méfiance 1 avec la défiance qui naît de l’observation; qui résulte moins d’une disposition naturelle que d’une conviction appuyée sur des faits; qui peut n’être que relative et passagère* et qui ne devient un défaut que par l’habitude et l’exagération. La prudence est une sage défiance.
1 lé fiance, défaut de confiance en quelques personnes, doute motivé. Méfiance, prévention défavorable qui tient plutôt au caractère de celui qui l'éprouve* qu’aux torts des personnes qüi en sont l'objet. On se défie de soi-même, et on se méfie des autres. L’usage intervertit souvent, mais à tort* le sens de ces deux verbes