‹ Étude de l'hommeChapitre 149 sur 235 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

sont point adressés, à moins qu'ils ne lui réservent la prééminence, et voit, avec déplaisir, des jouissances qu’elle ne partage pas, lors même qu’elle pourrait s’en procurer de plus grandes. »

Quand l’amour-propre blessé prend le masque de l’amour, il prend aussi tout son emportement : mais il n’oublie jamais une certaine prudence; et, s’il se décide à frapper, il a grand soin de se mettre à l’abri des représailles. L’inconstance, loin de préserver l’àme de cette hypocrite jalousie ', semble l’y disposer, en l’initiant à toutes les ruses de l’infidélité, et en l’excitant toujours à la supposer dans les autres. La perspective d'un abandon, même provoqué, peut quelquefois réveiller l’amour; mais, dès que la sécurité revient, la jalousie s’endort avec lui.

8 II. — Des vices île l’ûme.

Les vices de l’àme sont des inclinations, ou des habitudes blâmables sur lesquelles les sens n’ont aucune influence directe, et que l’on ne satisfait qu’avec réflexion.

Ces vices, quelquefois naturels, sont, le plus souvent, introduits dans l’âme parla tendresse aveugle ou égoïste des parents, par l’éducation, par l’exemple, et peut-être aussi par le désir de combattre les méchants à armes égales.

première catégorie. — Des vices contraires à la sincérité.

1 0 Dissimulation , voile dont s’enveloppent les sentiments, les projets et les actions coupables, prudence des âmes corrompues.

On dissimule ce que la conscience a d’abord condamné.

La dissimulation autorise la défiance; car la vertu seule a l'habitude de cacher ce qui serait bon à montrer ; et la vertu n’est pas commune.

1 La jalousie sans ninour.

La dissimulation aggrave les fautes commises, et fait supposer toutes celles qüe l’on aurait pu commettre.

2° Feinte, apparence séduisante que l’intérêt personne! donne aux choses dont le caractère véritable éveillerait la défiance. *

L’exagération de la louange, de la politesse et surtout des sentiments affectueux doit provoquer l’examen. Calculée ou sincère, elle est toujours dangereuse pour celui qui la prend au sérieux. Défiez-vous de l’enthousiasme!

3° Ruse , finesse active et sans scrupules qui s’ingénie à faire des dupes, et dont l'habileté consiste surtout h s’avancer vers son but, tantôt par un chemin couvert, tantôt par de nombreux détours. Souvent pour dérouter la ruse, il suffît d’aller droit.

4° Mensonge, affirmation contraire à la vérité, avec intention d’éviter un embarras, de couvrir une faute, de servir un intérêt.

Le mensonge ne peut être confondu avec la menterie , qui n’est autre chose qu’une fiction échappée à la légèreté de l’esprit.

L’homme qui aime la vérité s’efforce de donner à ses expressions la juste mesure de sa pensée. Quiconque n’a pas' ce scrupule ne peut avoir ni sûreté de discernement, ni clarté de langage, ni autorité morale.

L’habitude du mensonge sans gravité conduit au mensonge coupable. On ment d’abord pour s’excuser, ensuite pour accuser.

Le mensonge est un symptôme de désordre moral. 11 n’est pas une qualité de l’àme qu’on ne puisse contester au menteur.

5° Trompei'ie, démarche, allégation ou insinuation dont le but est d’amener quelqu’un à faire, contre son intérêt, ce qu’on désire, ou à s’abstenir de ce qu’on redoute.

La tromperie est une mauvaise spéculation de l’égoïsme. En blessant les sentiments, les intérêts ou \’ amour-propre d autrui, elle s’expose à la haine; et perd d’ailleurs, par la défiance qu’elle inspire, plus que son adresse ne lui a fait gagner.

Page 1