CHAPITRE IV
6“ Duplicité, manifestation de deux opinions ou de deux sentiments contraires, avec l’intention de profiter de la double erreur qu’elle doit causer.
7° Fausseté et hypocrisie. L'une est l'affectation de sentiments ou d’opinions contraires à ceux qu’on a; l’autre, de vertus ou de qualités qu’onn’apas. Toutes deux sont inspirées par le désir d’usurper une confiance dont on veut abuser.
La flatterie est la plus habile et la plus dangereuse des faussetés ; car elle se fait un complice de celui qu’elle trompe. C’est un parfum empoisonné que l’on respire avec délice, même en sachant qu’il peut être mortel.
La flatterie la plus délicate exagère les qualités, atténue les défauts et corrompt lame, en troublant la raison. Un flaltéur est rarement excusable ; car il est rarement désintéressé.
Une âme honnête ne peut croire à l'hypocrisie : aussi est-elle sans cesse exposée à en être la dupe. La contradiction que l’on "emarque si souvent entre les principes et les actes des hommes est d’ordinaire moins hypocrisie que faiblesse ou légèreté d’esprit. Mais quand l’hypocrite déguise son caractère, l’homme r aible ou léger ne pourrait pas même s’expliquer le sien.
11 est une sorte de fausseté bien commune, c’est celle qui consiste à dire vrai, dans le sens littéral des mots, tout en laissant la possibilité d’une interprétation différente ou contraire.
Un hypocrite vulgaire simule timidement des vertus qu’il n’a pas ; un hypocrite plus raffiné attaque effrontément, dans les autres, tous les vices qu’il a.
Dès que l’hypocrite a donné un nom excusable à ses torts, il se croit assez justifié.
Combien d'aclions qu’on ne voudrait pas faire, et dont on profile sans scrupule !
Nos opinions ne sont, le plus souvent, que la défense hypocrite de nos intérêts, ou l’excuse de nos passions.
8° Fourberie, habitude du mensonge réfléchi, odieux talent de trouver toujours quelque bas artifice pour servir un projet coupable, ou couvrir une mauvaise action.
9° Perfidie, abus prémédité d’une confiance fondée sur un droit, ou sur des assurances qui l’ont provoquée. La perfidie est dans le calcul ; l’acte y ajoute la trahison. Moins la perfidie a pu être prévue, plus elle est détestable.
Le penchant à la perfidie constitue le plus redoutable des caractères.
deuxième catégorie. — l)e l'envie, île la haineet de l'ingralitiide.
1 ° Envie, convoitise ardente des avantages d’autrui, sentiment malveillant contre les personnes qui les possèdent. Cette passion s’attache à toute supériorité, et croit y voir une preuve de la partialité du sort ou des hommes. L’envie est inspirée par l’égoïsme, par une ambition cupide, ou par un amour-propre froissé. Elle est basse et lâche; car elle se cache dans l’ombre et frappe sans oser se nommer.
Le dénigrement est la ressource des esprits médiocres et envieux. Les qualités qu’ils refusent aux autres, ils croient se les approprier.
L'envie attaque, par la médisance ou la calomnie, le bonheur qui blesse scs regards. De toutes les lâchetés, la plus odieuse est la calomnie lancéepar une lettre anonyme. C’est le coup de feu tiré, la nuit, sur le voyageur sans défiance, par le brigand embusqué dans un bois.