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CHAPITRE IV

2° Haine, irritation profonde et permanente d’une âme blessée par un outrage, par une injustice, par un obstacle qu’on lui oppose, ou seulement par une supériorité qu’elle envie en secret.

La haine n’est pas purement accidentelle : avant d’éclater, elle est en germe dans un penchant. Sœur de l’égoïsme et de l’orgueil, elle en adopte les exigences, et s'efforce d’en venger les déceptions. Plus elle se satisfait, plus elle se prépare de remords. La subir est un danger; l’éprouver, un supplice. Ce sentiment amer torture l’âme, et ne lui laisse aucun repos. Il trouve, dans son obstination farouche, un horrible plaisir, et presque un devoir.

La haine, vivant de fiel et de passions violentes, ne peut prendre racine que dans les âmes énergiques. Elle voit toirt sous un jour sinistre, et transforme eu défauts les qualités les moins contestables. Vices et vertus, bassesse et grandeur d’àine, elle attaque tout, et voudrait tout couvrir d’un égal opprobre. Qu’elle aperçoive, dans le plus noble caractère, le moindre point répréhensible, elle le signale à tous les yeux avec une implacable joie.

À l’aspect, ou même au souvenir d'une personne que l’on hait, le sang bouillonne, le cœur bat avec force, et tons les ressorts de l’âme, comme ceux du corps, se tendent avec des dispositions agressives. Si la pensée pouvait tuer, la haine ferait bien des assassins.

La haine contenue n’est pas incompatible avec une certaine noblesse de caractère; mais la haine sans frein va jusqu’à la bassesse, quand ce n’est pas jusqu’à la fureur.

Si la haine est quelquefois excitée par le souvenir du mal dont on a souffert, elle l’est plus souvent par le souvenir du mal que l’on a fait, et par l’importunité du remords.

3° Ingratitude, oubli d’un bienfait, négation d’une dette sacrée, véritable improbité du cœur, avec complicité de l’âme.

On est ingrat parce qu’on est égoïste. L’égoïste ne voit dans un service reçu qu’un devoir accompli qui ne lui impose aucune reconnaissance.

Si vous cherchez quel bon sentiment peut exister à côté de l’ingratitude, vous reconnaîtrez, avec effroi, qu’il n’en est pas un qu’elle ne doive étouffer *.

L’ingratitude a ses moments de repentir. Ils arrivent toujours avec le besoin d’un service nouveau. Alors une subite reconnaissance se hâte d’acquitter la dette passée et l’a dette future. Mais, dès que ce compte est réglé et le service obtenu, l’ingrat reprend sa douce et commode indépendance.

Eussiez-vous versé la dernière goutte de votre sang pour un ingrat, s’il s’en aperçoit, ce sera pour se plaindre de ce que vous n’aviez pas plus de sang dans les veines.

Épuisez vos forces et votre vie, hommes prévoyants et amis du devoir; acquérez, par vos veilles, considération, crédit, fortune; si vous ne songez -guère à en jouir par vous-mêmes, d’autres sont prêts à en tirer parti. Pour vous, la peine succède à la peine ; et, pendant que vous renoncez aux plaisirs et à la liberté, vos bons amis profitent de vos sueurs, se livrent aux folles joies, et voguent sans souci, en se confiant aux vents. Mais la tempête les a surpris au milieu des ténèbres. Vous qui aviez gagné votre repos, levez-vous ; volez à leur secours. Pas un moment de retard : ils seraient engloutis \ Ramez , ramez!... Bien! Vous leur avez fait toucher la rive : on le comprend ; car un rire ironique vous exprime leur reconnaissance. Si celte récompense vous suffit, vous pourrez encore la mériter demain. Eh ! de quoi vous plaindriez-vous? Ils sont faits pour la joie, et vous pour le travail. Heureusement pour

1 L’ingrat ne peut-être bon, compatissant, généreux, magnanime, ni ami sincère, ni fils, frère, ou mari tendre et dévoué.

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