CHAPITRE IV
vous, celui qui paye les salaires a tout remarqué, et ne l’oubliera pas !
§ 111. — Des effets de l'habitude du vice.
Une âme infectée par le vice peut passer successivement de la corruption à l’immoralité, de l’immoralité à la dépravation, et de la dépravation à la perversité. Chacune de ses maladies morales se manifeste par des symptômes particuliers.
1" Immoi'alitê , effet de la corruption, impudeur dans le vice ou dans l’ improbité, désordre devenu une habitude, ou même érigé en principe. L’immoralité sait varier ses allures. Tantôt elle se cache sous l’apparence des vertus qui peuvent la conduire à ses fins; tantôt, ennemie de toute gêne, ou certaine de ne pouvoir plus tromper, elle se montre avec effronterie.
La principale source de l’immortalité est, pour la femme, la licence des mœurs, et, pour l’homme, le mépris delà probité; mais chacun des deux sexes comble la mesure de son immoralité en y ajoutant celle de l’autre.
2° Dépravation. L’abus des jouissances physiques émousse les sens, pervertit les bons instincts de l’àme, altère scs plus nobles facultés, et la fait tomber dans une sorte de langueur et de dégoût dont elle va quelquefois chercher le remède dans la dépravation. Celle-ci se manifeste par sa préférence pour les choses honteuses, et par sa répugnance pour ce qui est honnête et beau. Un homme dépravé regarde le bien comme une anomalie, et se crée un type moral auquel il donne, pour attributs, ses passions et ses caprices. La dépravation est un phénomène affreux; car ce n’est pas .seulement l’art d’inventer des vices, c’est encore la faculté d’en percevoir, avec des sens nouveaux, les monstrueux plaisirs.
3° Pei'VOrsité, génie du mal, haine du bien, méchanceté calculée qu’active le besoin de nuire. Cet odieux penchant n’est point satisfait par le spectacle des souffrances, ou des faiblesses ordinaires de l’humanité: il lui faut des raffinements qui aigui-
sent la douleur, ou qui rendent la corruption hideuse et incurable. Une âme perverse éprouve un plaisir proportionné à 1’inlluence qu’elle exerce sur les maux , ou sur les fautes d’autrui. Elle est prudente, et ne livre pas au hasard ses jouissances cruelles. Elle les attend, pour les rendre plus certaines et plus vives ; et se recueille pour les savourer.