‹ Étude de l'hommeChapitre 154 sur 235 · CU A 1*1 THE V · texte numérisé non relu

CU A 1*1 THE V

diflicilc de décrire, impossible de prévoir. Nous ne voulons pas même essayer d’en donner une esquisse; et nous nous bornerons à quelques réflexions générales.

Dans une âme capricieuse, chaque goût, chaque "sentiment a son tour. L’homme sans penchant décidé n'a pas de caractère, à moins qu'on n’en donne le nom à sa persévérance dans l’instabilité. C’est la disposition la plus commune, et c’est celle qui fait de l’àme une enigme inexplicable.

À côté du caractère naturel, l’éducation et la volonté placent un caractère factice. L’un se montre sans réserve, dans les circonstances peu importantes, et l’autre, avec mesure, dans les circonstances graves. On voit, par exemple, des personnes supporter, avec courage et dignité, les unes la perle de leur fortune, malgré leur amour de la richesse, les -autres de cruelles souffrances, malgré leur faiblesse ou leur impatience habituelles. Leur courage naît de la réflexion : grande preuve de force morale, ou grande preuve de vanité !

La disposition ordinaire de l'humeur forme enfin une sorte de caractère, pour ainsi dire extérieur, qui se manifeste surtout dans les rapports d’intérêt, de famille, ou de monde. Chacun trouve, dans sa propre humeur, plus de la moitié du bonheur ou du malheur de sa vie: la destinée en fait le reste. En ce sens, le meilleur caractère est celui qui est le plus tolérant, le plus égal et le moins exigeant. L’égoïsme sait en tirer parti.

L’énergie et la dignité du caractère se prêtent un mutuel appui : mais l’une peut exister sans l'autre; tandis que la dignité sans l’énergie disparait, au moindre souille des passions ou de l’adversité.

Il faut avoir uue grande dignité, pour cire en droit de l’oublier soi-même, sans que d’autres en perdent le souvenir.

On ne cesse pus d’être habile oii spirituel, pour avoir manqué quelquefois d’habileté ou d’esprit; mais on n’est réellement plus ni bon, ni sincère, ni équitable, quand on a cessé une seule fois de l’être. L’intelligence se montre dans chaque acte ; le caractère et la moralité résultent de tous les actes ensemble.

La vieillesse, qui affaiblit le corps et l’intelligence, accroît les défauts du caractère. Chaque année ajoute un degré de plus à l’égoïsme, à l’avarice, à la défiance et à l’obstination. Un vieillard qui se préserve de ces défauts, ou seulement en arrête les progrès, est digne d’admiration; car c’est à l’âge où l’on a le moins de force qu’il en montre le plus, et, quand le triomphe est le plus difficile, qu’il l’obtient.

Page 1