DU GOUVERNEMENT MONARCHIQUE
Le gouvernement monarchique, ou d’un seul, peut exister, avec le despotisme, pouvoir sans frein et sans limite, fondé par la violence, entretenu par la barbarie des mœurs, et toujours menacé de périr par ses excès ;
Avec la royauté absolue, dictant des lois qui ne l’enchaînent pas;
Et avec la royauté constitutionnelle, sorte de balance politique dont un des plateaux supporte l’aristocratie, l'autre la démocratie, et dont le fléau oscille sous la main d’un roi chargé de faire contre-poids au côté le plus lourd, et de maintenir ainsi un parfait équilibre.
Quelques réflexions sur ces trois sortes de gouvernements monarchiques vont achever d’en établir les différences.
1" Monarchie despotique.
Lorsque, par une sorte de consécration du temps, le despotisme est devenu la forme permanente d’un gouvernement.
monte à l'étymologie et au sens véritable des mois. Montesquieu, voulant donner des préceptes, a peut-être eu raison de s’attacher à l’usage et aux faits; mais moi r|ui veux donner de simples explications, je crois préférable d’adopter les débilitions qui me semblent les plus justes.
!27ti L»E L’HOMME SOCIAL.
comme dans la plupart des Étals de l'Orient', les peuples qui y sont soumis naissent esclaves; le souverain a, sur eux, le droit de vie et de mort; il dispose de tous les biens; sa volonté est la loi.
Le despotisme n’est donc qu’un abus, le mépris de la dignité humaine, et l’oubli de l’équité naturelle. La tyrannie y ajoute seulement des idées d’usurpation, d’oppression et de cruauté. 11 n’est pas, à proprement parler, plus que la tyrannie, une forme particulière de gouvernement, ni toujours la domination d’un seul. On peut en subir le joug dans un gouvernement oligarchique, tout aussi bien que dans une monarchie. Le despotisme des Dix, à Venise, et celui de la Convention, en France, ont dépassé celui de l’Orient. Partout il est la honte et le malheur de l'humanité. Si la révolte contre le Pouvoir peut être légitime, c’est assurément contre la tyrannie d’un despote.
i.' Monarchie absolue.
La royauté absolue est la réunion du pouvoir legislatif et du pouvoir exécutif dans les mains du souverain. C’est l’unité d’impulsion, l’uniformité d’action, la simplicité des principaux ressorts du gouvernement, enfin la tète dirigeant tous les mouvements du corps social. Avec un souverain éclairé, juste et ferme, cette forme de gouvernement peut contribuer à la prospérité et même à la grandeur d’une nation. Malheureusement les bons l ois ne sont pas immortels ; et la destinée d’un peuple est bien précaire, quand elle dépend uniquement du caractère et des lumières de chacun des souverains qui sont successivement appelés à le gouverner. Cette incertitude a fait naître la pensée d’asseoir le gouvernement monarchique suides institutions et sur des règles positives, plutôt que sur la vie
1 Lu gouvernement turc allège, chaque jour, par de sages améliorations, sou ancien despotisme. ,
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el sur la volonlé d’uu seul homme. Tels sont l'origine et le but île la monarchie constitutionnelle.
S’ Monarchie constitutionnelle.
Des esprits ingénieux, après avoir profondément étudié les sociétés humaines, ont voulu trouver une forme de gouvernement propre à concilier les droits, les devoirs, les besoins, el même les prétentions des individus, aussi bien que des masses. Ils ont imaginé un |>ouvoir auquel chacun doit apporter son tribut de force matérielle cl d'appui moral, un pouvoir souverain, en apparence, mais subordonné, en réalité, à la volonté générale. Dans ce gouvernement où la puissance vient du peuple et l'action d’uu roi, tous les intérêts sont représentés el semblent garantis. Les divers éléments qui le composent, unis par une mutuelle dépendance, présentent à l’esprit satisfait l’image d’un corps immense dont tous les membres sont soumis à l’impulsion d'une même pensée. Mais le fait n’est pas toujours conforme à la loi ; et chacun de ces éléments, conservant son existence propre et un mouvement distinct, cherche à entraîner les autres avec lui. Dans ce tiraillement continuel, l’un d’eux finit trop souvent par usurper une prépondérance excessive, par rompre tous les liens sociaux, et par jeter la nation dans les horreurs de l’anarchie.