‹ Étude de l'hommeChapitre 174 sur 235 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ou d’autres sectes, dans les âges suivants, jusqu'à l’époque actuelle, ont cru voir le plus haut degré de perfection sociale dans une communauté quelquefois absolue, et quelquefois soumise à de faibles restrictions. Parmi les nombreux essais «le cette forme de société appelée communisme, il n’en est aucun dont le succès même n’ait démontré combien un pareil état répugne aux plus légitimes penchants et à la destination de l’Iiomme. Quelles sont, en effet, les conditions fondamentales du communisme? Le despotisme de quelques-uns, et la nécessité imposée aux autres de renoncer à leur personnalité pour se soumettre aveuglément à des pratiques invariables et presque automatiques.

Depuis l'avénement du christianisme, surtout pendant les agitations religieuses et politiques qui ont précédé la réforme, les fauteurs du communisme ont eu la prétention d’appuyer leur doctrine sur cette belle maxime : Tous les hommes sont frères, et ils ont cru en trouver l’application dans cet état demisauvage «pii ôte précisément au christianisme le sentiment et. la morale, pour le réduire à une combinaison d'économie sociale. Mais le christianisme veut autre chose : il veut unir tous les hommes par l’amour, la charité, le dévouement; il veut resserrer et sanctifier les liens de la famille; il veut élever l’esprit, et purifier le cœur; il veut que chacun trouve son bonheur dans le bonheur d’autrui; il veut enfin que l’observation delà loi reçoive ailleurs une récompense immortelle. Cependant il laisse à chacun ici-bas ce qui lui appartient; il ordonne à tous de rendre à César ce qui est à César ; et il leur dit : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît; aimez-vous et aidez-vous mutuellement. Communistes, un gouvernement fondé sur ces principes ne vaudrait-il pas le vôtre? Pourquoi cherchez- vous donc ce qui est trouvé depuis longtemps? Si vous voulez enseigner aux hommes comment ils peuvent établir une société parfaite, dites-leur : Soyez de vrais chrétiens !

On conçoit que le communisme ait excité un enthousiasme •sincère, dans les temps où les peuples peu éclairés vile».

voient sous l’empire de la force. Mais comment admettre, avec nos lois, sinon parfaites, du moins égales pour tous, la bonne foi des apôtres et des adeptes d’un système social contraire à tous les instincts de notre âme, condamné par l’expérience de trente siècles, réprouvé, même par les membres de la Convention française, et tristement recommandé à nos souvenirs par le déchaînement des vices, par l’effusion du sang, par l’explosion de toutes les fureurs humaines *? Comment admettre la bonne foi de ceux qui, sous le masque du dévouement à l’humanité, laissent éclater leur envie, leur colère et leurs projeLs sinistres? Et si nous cherchons les motifs de leur acharnement à détruire toute notre organisation sociale, où les trouvonsnous? Nous les trouvons, pour la plupart d’entre eux, dans leur ambition déçue, dans leur orgueil blessé, dans leurs habitudes de paresse et de désordre, dans leur soif ardente de ces jouissances qu’ils reprochent si vivement au riche, et surtout dans l’espoir de réparer, par la spoliation d’autrui, leur fortune honteusement dissipée, ou d’obtenir un pouvoir dont une société morale et régulière les jugerait toujours indignes. Les autres joignent à ces divers motifs le souvenir amer des châtiments infligés à leurs crimes, leur haine contre la société qui les repousse, et leur désir de pratiquer, sans obstacle, le vol auquel ils sont accoutumés, de le réhabiliter, d’en faire le principe générateur de leur société nouvelle.

Le plus pauvre artisan ne conçoit guère, de lui-même, la pensée du communisme. Il ne songe pas à demander au riche (pii l’occupe et le paye pourquoi il est riche. Mais, s’il a le malheur de se trouver eu contact avec ces hommes de désordre et de rapine qui s’attribuent la mission de réformer la société, il perd la notion du bien et du mal; il s’abandonne à l’oisiveté, et tombe inévitablement dans le vice et dans la misère. Alors il est mûr pour le communisme. Mais que gagnerait-il à ce régime tant vanté?

1 Voyez l’histoire des sectes communistes, surtout celle des anabaptistes, dans le rcm,w|ii;ible ouvrage de M. Alfred Sudre sur le communisme»

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