CHAPITRE V
formations fréquentes épuisent une nation, cl précipitent sa décadence.
Utile et moral sont à peu près synonymes pour les hommes d’État. Entendent-ils qu’une chose morale est toujours utile, ou qu’une chose utile est toujours morale ?
Tout gouvernement qui ment à son principe périra par l’explosion de ce principe.
La société ressemble à une machine immense dont chaque pièce a sa place, et s’engrène avec les autres. La plus petite, comme la plus grande, concourt à l'effet général.
Une société bien organisée est ainsi celle dont tous les membres se prêtent un mutuel appui. Aucun d’eux n’est inutile, sans être dangereux.
Les idées gouvernent le monde. Chaque siècle reçoit sa physionomie de l’idée qui y règne. Une idée vraie est la révélation d’une loi. Quand cette idée s’est clairement manifestée, rien ne peut en retarder longtemps la marche, ni le triomphe. L’idée dominante des temps modernes est le droit de l’homme à la liberté. L’amour de la liberté est aussi légitime que l’amour de soi. Étroitement unis dans l’homme, ces deux sentiments protègent sa dignité morale et son existence : mais souvent ils le portent à repousser tout ce qui leur fait obstacle, sans ménagement pour l’intérêt d'autrui. C’est un devoir, pour chacun, de les modérer en soi, et, pour la société) d’en réprimer les excès.
Dans les rapports des hommes, la liberté doit être également répartie; et nul ne peut en accroître sa juste part, sans usurpef
celle (les autres. Une àine sage ne veut pas plus de l’oppression que de la licence ; mais elle aime mieux se gêner un peu, dans l’intérêt de l'ordre, que s’affranchir par le désordre.
L’amour de la liberté se fonde rarement sur les seuls motifs cpii pourraient l’honorer, le sentiment de la dignité humaine et le désir de faire le bien. Les hommes honnêtes ont- presque toujours assez de liberté. Je me délie de l’homme qui n’est pas satisfait de la mesure commune.
La liberté exclut l’égalité absolue, puisque, les hommes ne sont égaux ni en force, ni en talent. Quand on a le libre exercice des facultés par lesquelles on est supérieur aux autres, on 11e peut descendre à leur niveau. 11 11’y a, dans une société sagement combinée, qu’une égalité nécessaire, l’égalité devant la loi.
L’amour de l’indépendance est, dans l’homme, un instinct. Rien ne l’éveille mieux que la contemplation solitaire des merveilles de la nature. A leur aspect, l’âme s’élève ; et l’on ne voit plus, au-dessus de soi, que le Créateur de l’univers. De là sans doute la fierté des montaguards.
La plus grande jouissance que l’on trouve dans la liberté est de sentir qu’on la possède.
Les peuples et les individus qui abusent de la liberté sont bien aveugles : ils ne voient pas que la licence provoque l’oppression.
L’amour de l’égalité 11’esl, pour la multitude, qu’envie con-