DES LOIS EN GÉNÉRAL
Les lois sont les conditions essentielles de l’existence particulière ou relative des choses. Quand Dieu a créé l’univers, un même acte de sa toute-puissance a combiné les êtres et les lois. Tout a été prévu dans ces rapports, et la volonté qui les a établis pourrait seule les détruire. Mais quand l'homme prétend assurer parties lois ses destinées sociales, il fait des règles communes pour des choses diverses; il associe, sans le savoir, des éléments inconciliables, et, Croyant fonder l’ordre, il organise l’instabilité. Une loi parfaite est, pour lui, une œuvre impossible. La meilleure est celle qui contrarie le moins l’équité, les besoins légitimes et les sentiments naturels. Pour la trouver, il est indispensable d’avoir une profonde connaissance du cœur humain, et, en particulier, de la société que l’on veut y soumettre. Vous donc qui acceptez la grande et périlleuse mission de faire des lois, étudiez les hommes dans leur individualité et dans leur existence collective. Tâchez de voir de haut, sans négliger les détails. Contenez et dirigez ; mais ne comprimez pas. Que chacun, s’il se peut, sente, dans la loi, plutôt un appui qu'une chaîne.
CUAPITRE VII.
La perfection des lois humaines est toujours relative. Une bonne loi est un rayon de la justice absolue, modiiié par les mœurs à travers lesquelles il passe.
Avec des magistrats et des administrateurs probes, intelligents et fermes, les mauvaises lois sont presque sans danger. Les meilleures lois appliquées par des hommes faibles ou corrompus ne préviennent ni l’arbitraire, ni les révolutions.