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CHAPITRE IX

cessible à l’amour, l’amitié prend une nuance particulière où viennent se fondre les différences essentielles de leurs organisations. Une union de cette sorte offre une partie des charmes de l’amour, sans en avoir les agitations, ni les incertitudes. L’amitié de deux hommes, si profonde et si vraie qu’elle soit, n’exclut pas, dans un commerce habituel, des moments de froideur et de vide. Celle d’un homme et d’une femme ne cesse guère d’être attentive et empressée. Le sexe y conserve une partie de son influence. On 11e se contente pas d’avoir prouvé que l'on est digne d’être aimé : on veut se montrer toujours aimable. La délicatesse des sentiments de la femme, la finesse de ses aperçus, la mobilité de son imagination stimulent le cœur et l’esprit de l’homme, et eu font jaillir tout ce qu’ils peuvent produire de gracieux et de bon. La diversité de leurs caractères, de leurs intelligences et de leurs impressions préserve ces relations de la monotonie et de l’ennui.

L’amitié étant un choix raisonné, on 11e peut en donner le nom au lien qui existe entre les frères et les sœurs. La nature crée leurs rapports, et le cœur les règle. Deux frères se rapprochent et s’aiment encore tendrement, après de mutuelles oflenses; tandis que, le plus souvent, un mauvais procédé sépare, à jamais, deux amis. A tout sentiment qui n'est pas à la lois libre et désintéressé, dévoué et délicat, il manque quelque chose de ce qui constitue l'amitié.

Quelques personnes ont la monomanie des promptes et courtes liaisons. Elles vous adorent, à la première vue ; vous saluent à peine, à une seconde; et bientôt vous oublient. Si, plus tard, un incident les oblige à vous reconnaître, votre aspect seul répand sur leur visage un air de contrainte et d’embarras. Toute habitude les fatigue. L’atmosphère de la famille les oppresse. Le changement est leur vie; la nouveauté, leur seule jouissance. Peut-être sont-elles averties par une sorte d’instinct qu'elles ne gagneraient rien à être mieux connues.

Prendre des précautions contre un ami, c’est déjà le traiter en ennemi.

La perte d’un ami ouvre nos yeux sur ses qualités; mais souvent le regret de les avoir méconnues nous porte à les exagérer. Alors, par une compensation tardive, nous ajoutons à la juste mesure de notre douleur tout ce qui a manqué à notre amitié.

On ne peut guère donner une plus grande preuve de modestie et de bonté, qu’en souhaitant à ses amis une position supérieure à la sienne, sans arrière-pensée d’intérêt personnel.

Ce sont d’étranges amis que ceux à qui l’on n’ose annoncer nu événement heureux pour soi, de peur d’exciter leur envie.

Si tous les mouvements de l’âme étaient visibles, y aurait-il beaucoup d’amis?

L'amitié sincère se nourrit de souvenirs; l’amitié intéressée, d’espérances.

Combien de gens tiennent à leurs vieux amis, comme à leurs vieux habits, parce qu’ils sont à leur aise avec eux, et ne craignent plus de les froisser !

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