CHAPITRE IX
L’amitié doit être impartiale; mais entre des mérites égaux, elle peut avouer ses préférences.
Quand la voix d’un ennemi accuse, le silence d’un ami condamne.
L’amour de soi est le principal, mais non l’unique mobile des actions humaines. Qui n’a donné, ou reçu quelque preuve de dévouement? On a besoin de le croire possible, pour ne pas être forcé de renoncer à l’amitié.
11° Amour. Ce sentiment, considéré déjà comme attribut de l’homme sensitif est, de plus, le principe de la famille et de la société. C’est sous ce dernier aspect qu’il doit reparaître dans l’étude de l’homme social.
L’amour prépare et ennoblit l’union des sexes. Soleil de la vie, il en échauffe les plus beaux jours, et quelquefois en éclaircit les plus sombres. C’est l’amour qui, par une impulsion secrète, rassemble les deux sexes dans les lieux de plaisir, électrise la foule, et la plonge dans une sorte d’ivresse sympathique. Chacun en ressent l’effet, et le manifeste par un air de joie passionnée. La vieillesse elle-même se réchauffe un peu dans l’atmosphère de l'amour. Attrait des sens, aspiration de l’àme, ou rêve de l'imagination, l’amour est le premier et le plus doux lien de la société.
Comparaison de l’amour et de l’amitié.
L’amour est un sentiment passionné pour une personne d’un autre sexe. Il s’attache d’abord à la forme ; c’est surtout une préférence des sens.
L’amitié exige de la réciprocité. Elle n’emprunte à la différence des sexes qu’une nuance plus tendre et plus délicate; et si elle s’occupe des qualités extérieures, c'est pour y chercher l’image des perfections morales dont elle est saintement éprise : c’est une préférence de l'àme.
L’amour s’allume souvent à la première vue, parce que le cœur ou les sens l’atlendaieut.
* L’amitié naît de l’expérience : c’est le double suffrage de l’esprit et du cœur.
On va au-devant de l’amour; on rencontre l’amitié.
L’amour, malgré tout le faste de sa générosité et de ses sacrifices, n’oublie jamais son intérêt : il veut se satisfaire.
L’amitié trouve ses plus douces jouissances dans le bonheur de la personne qui l’inspire.
L'amour est positif. L’absence lui cause d’abord des regrels. Si elle se prolonge, ils se calment: si les rapports cessent, l’oubli arrive; et, s’il survient un autre amour, le premier n’est plus qu’un rêve.
Une ancienne amitié résiste à l’absence, et même à la rivalité des liaisons nouvelles.
Quand l’amour a reçu quelque offense, il éclate, menace et ajoule souvent au malheur d’être trompé celui d’être ridicule.
Quand l’amitié se sent blessée, elle se relire en silence.
Après une réconciliation, deux amants sont plus amoureux, et deux amis plus réservés.
L’amour survit à la confiance; l’amitié meurt avec elle. La sécurité affaiblit l’un et fortifie l’autre.
L’amour est un feu dévorant qui, après avoir ravagé la plus belle partie de la vie, s’éteint sur des cendres; l’amitié est une douce flamme qui amollit le cœur et le préserve du froid de la vieillesse.
L’amour est une passion toute terrestre ; car il aspire à la possession, et ne peut l’oublier, sans prendre le caractère de l’amitié. Celle-ci est un pressentiment désaffections d’une autre vie; car elle unit seulement les âmes. .
Cil A NT HE IX.
L’amour a l’orageuse mobilité do> vapeurs de la terre; l’amitié a le calme et la pureté des régions clhérées.
Tout le monde peut sentir l’amour, mais non pas l’amitié.
L’amour satisfait implique ordinairement un triomphe et une défaite. Aussi devient-il bientôt ou tyran, ou victime, s’il n’est contenu, d’un côté, par la délicatesse, et protégé, de l’autre, par la fierté.
L’amitié, dans sa libre expansion et sa sécurité, ne cherche que des occasions de dévouement, et n’aspire qu'au bonheur de le faire accepter.
L’amour, né des .sens, n’oublie jamais sou origine. L’amitié est une pure inspiration de l’Ame. Mais la vertu peut confondre l’amour et l’amitié dans un sentiment unique qui, gardant de l’un son tendre dévouement, de l’autre sa confiance et sa sérénité, assure aux cœurs fatigués un repos sans langueur, un bonheur sans orage.
12° Tendresse , état d’un cœur naturellement disposé à ressentir de douces impressions avec le besoin de les faire partager.
La tendresse met, dans tous les sentiments affectueux, une chaleur communicative, une bienveillance empressée qui provoquent la sympathie et donnent aux relations intimes un charme inexprimable. C’est elle qui suggère à l’amitié ses plus aimables prévenances, et à l’amour les soins délicats dont il tire ses plus exquises voluptés. Mais elle amollit l’àme, et dégénère facilement en faiblesse. Avec un cœur tendre, on a de la peine A être juste.
La tendresse appartient surtout aux femmes; chez les hommes, c’est une exception.
15° Dévouement, préférence donnée à un autre sur soi, désir d’un bonheur placé dans la satisfaction d'autrui. Le dévouement inspiré par la reconnaissance est une religion dans les âmes généreuses.
Quelquefois le dévouement n’est ni le retour des bienfaits, ni un hommage rendu à des qualités réelles : c’est une sorte tic
fascination. Uneàmc tendre est seule capable d'un tel dévouement; mais une âme égoïste peut l’inspirer.