PAR 00 DOIT COMMENCER I.’ÉTUDE MJ CŒUR HUMAIN
Nul ne peut connaître les autres, s’il ne se connaît un peu lni-même. Avant de généraliser l’étude du coeur humain , on doit donc commencer par interroger son propre cœur. Mais
l’homme , doué d’une sensibilité vive et délicate, ne réussira qu’avec peine à se rendre compte de tontes ses impressions. Pour en distinguer sûrement les nuances fugitives, il aura besoin d’un coup d’œil exercé et d’un esprit capable de résister au cours tumultueux des sensations. L’homme, dans le calme même, offre souvent le spectacle «les plus étranges contradictions; mais, dès qu’une passion éclate dans son cœur, tout sou être ressent une commotion violente, et prend un aspect imprévu.
Par une analyse persévérante, on s’habitue à remonter, des effets les plus simples en apparence, aux causes les plus compliquées, et à découvrir celle qui , dans chaque mouvement, donne la principale impulsion. Souvent l’observateur expérimenté prévoit ou explique certaines actions, presque aussi sûrement que le physicien ou l’astronome prévoit ou explique certains phénomènes de la nature. Ne concluons pas de là «pie nos actions soient l’effet nécessaire de notre organisation. Lame a son libre arbitre; mais, dès qu’elle a laissé voir son penchant, d’ordinaire il est facile de deviner ce qu’elle fera.
Il existe une grande analogie entré le travail du chimiste qui décompose les Ileurs, pour en séparer les éléments, et celui du moraliste qui scrute chacun des sentiments du cœur , pour en montrer le principe caché. L’espèce de similitude de ces deux opérations reparaît dans leurs résultats; car, des deux côtés, l’analyse trouve parfois, sous des formas et des couleurs séduisantes, les plus dangereux poisons.
l’étude de l’homme moral emprunte d'utiles notions a l’étude de l’homme physique.
Il semblerait que l’élude de l’homme vivant peut être nettement partagée entre le physiologiste et le moraliste; mais, si le premier tire de la connaissance approfondie des organes tout
ce qu’il doit comprendre des phénomènes de la vie, le second ne peut découvrir et juger les mouvements de lame que par l’observation de l’homme physique. Le corps reçoit l’impression, et la transmet à lame. L amc, à son tour, réagit sur le corps. Tons deux ensuite concourent à l’action. Pour l’apprécier, il est donc nécessaire d’en examiner la double source. Souvent la physionomie entière trahit ce qu’on aurait voulu cacher; mais c’est l’œil surtout qui, par de soudaines clartés, révèle les secrètes agitations de lame. Cet organe, matériel par la substance, est , en quelque sorte, immatériel par l’expression; et il fait concevoir l’union du corps et de lame. Lorsque l’œil est fermé, l’âme semble retirée dans son sanctuaire; dès qu’il s’ouvre, on y voit briller l’intelligence, ou éclater le sentiment.
En dépit de la plus habile dissimulation, l’expression habituelle de l’œil est toujours un peu celle du caractère. Le moraliste doit donc mettre un grand soin à étudier cette expression, s’il veut s’épargner souvent la peine de rechercher, dans les actions mêmes de l’homme, les motifs qui les ont inspirées. Le langage des yeux est si naturel et si spontané, que nous le comprenons plutôt par une sorte d’instinct que par le raisonnement. Il arrive à notre intelligence par une sensation.
Aucune règle ne peut être donnée pour interpréter le regard, et cependant il est rare qu’il nous trompe. Pourquoi? On ne peut le dire. L’œil exprime les passions, les sentiments, les pensées, par un jet rapide de lumière, par l’obscurcissement subit de la rétine, par la dilatation ou la contraction de la pupille, et par les mouvements sympathiques des paupières. Quoiqu’on ne nous ait jamais expliqué ces signes, ils frappent notre esprit, et nous inspirent subitement la terreur, l’espérance, l’amour. Quel est donc 1 etre invisible qui sait donner à l’œil cette éloquence et ce pouvoir magiques? C’est l’àme, l’âme qui, manifeste, par l’œil, ses douleurs, ses prédilections, son courroux. Le regard est l’éclair de l’àme.