DIFFÉRENCES RÉELLES ENTRE LES FAUTES DE I.A FEMME ET CELLES DU MARI
La morale est absolue. Il semble donc qu’une égale réprobation devrait frapper, dans les deux sexes, l'atteinte portée à la foi conjugale. Le monde pense autrement. A ses yeux, une
honnête femme est celle qui a, pour principale, si ce n'est pour unique vertu, la fidélité à son mari; et un honnête homme, quelquefois celui qui serait le moins fondé à compter, parmi ses vertus, la fidélité à sa femme.
Une femme qui trahit son mari, cesse d’être considérée comme une honnête femme. On la tolère, par indifférence poulie bien et pour le mal ; mais on ne parle d’elle qu’avec ironie ou dédain, pour donner, à ses dépens, une idée favorable de sa propre moralité.
Un mari infidèle, qui sait concilier ses plaisirs avec les devoirs de sa profession, avec le soin de ses intérêts, avec la probité de ses relations, conserve l’estime générale. S’il obtient, près des femmes, quelques succès éclatants, on le recherche et on lui porte envie.
Voilà les signes par lesquels se manifeste l’opinion du monde, et voici ce qui l’explique :
Une infidélité est rarement, dans la vie d’un homme marié, autre chose qu’un incident sans importance. Une intrigue est, pour lui, une- distraction. S'il ne méconnaît pas tout à fait sa faute, il croit que le secret peut l’atténuer beaucoup, et que de bons procédés envers sa femme achèveront de l’effacer. Retenu d’ailleurs par la crainte de blesser ouvertement les convenances, il garde encore quelque respect de lui-même, et préserve ainsi son âme d’une complète immoralité.
Pour la femme, qui voit, dans l’amour, le but principal de sa vie, elle ne peut violer le serment solennel par lequel elle s’est donnée, sans perdre aussitôt le goût de tous ses autres devoirs, sa franchise, sa propre estime, et jusqu’au désir de sa réhabilitation. Elle sent son abaissement; mais elle n'ose y réfléchir, de peur de reconnaître qu’elle est incapable du sacrifice qui pourrait seul la relever. Par cet aveuglement volontaire, elle éloigne le repentir et rend plus difficile son retour à la vertu. Sa première faute a été une faiblesse; sa persévérance dans le désordre devient de la corruption. Quelle femme en proie à une passion coupable n’a pas été obsédée par le regret d’être unie à un homme abhorré, et par le désir d’en être déli-