CHAPITRE XI
ce sont deux cœurs étroitement unis dans la joie et la douleur, deux âmes aspirant à revivre dans les fruits d’un mutuel amour'. Cette communauté de sentiments et d’espérances ne peut résulter de liaisons passagères, de liaisons sans règles, sans dignité et sans sécurité, de liaisons enfin semblables à celle de la brute. Deux êtres attirés l’un vers l’autre par l’appât d’un plaisir égoïste, ne recherchent que les sourires et la joie. Chacun d’eux doit cacher ses douleurs, s’il ne veut s’exposer à l’abandon. Cependant l’àme humaine est peu faite pour le l»onheur durable; et c’est surtout dans le chagrin qu’elle a besoin de sympathie. D'où peut-elle l’espérer, si ce n’est d’un cœur fidèle et dévoué? On n’est jamais complètement malheureux, quand on a la certitude d’être tendrement aimé. Qu’un homme accablé par les injustices de ses semblables, ou par les coups du sort, rentre chez lui, l’âme attristée; s’il n’y trouve que la solitude, ou des visages indifférents, il se contraint, renferme en lui-même sa douleur, et l’irrite en la comprimant. Qu’il soit, au contraire, accueilli, avec une tendre sollicitude, par une femme aimable, par des enfants chéris, les fibres crispées de son cœur se détendent ; et bientôt un complet épanchement soulage son cœur oppressé.
La femme, à son tour, être si faible, si passionné, ne peut, dans l’isolement, supporter la souffrance, ni goûter le bonheur. Plante délicate, il lui faut un appui : soutenue, elle s’élève et fleurit; abandonnée à elle-même, elle rampe sur le sol, et sdhvent s’y flétrit. L’union durable des sexes est une association sympathique de la force et de la grâce, des sentiments énergiques et des sentiments tendres. Ce lien formé, en apparence, pour la seule satisfaction des individus, devient le principe de la famille et de la société. Deux jeunes époux, d’abord exclusivement occupés d’eux-mêmes, s’oublient ensuite, pour confondre leurs existences dans celles de leurs enfants. En se multipliant,
1 Voilà l’état normal. La polygamie et le libertinage no. sont que des déviations île la ligne tracée par la nature. Dans le sérail, il y a toujours une favorite; et souvent un homme, après de grands désordres, prend une femme à laquelle il s'attache.
ils se resserrent; et, déjà enchaînés par un lien volontaire, ils le sont alors par le lien du sang. Pour eux, joies et chagrins, craintes et désirs, tout se concentre sur leurs enfants. Former leurs cœurs, développer leurs intelligences, assurer leur position sociale sont les objets de leur constante sollicitude. Est-il un bonheur plus grand que celui de parents témoins des succès d’un enfant chéri? Mais, lors même que leurs espérances sont le plus douloureusement trompées par son ingratitude ou ses désordres, ils peuvent éprouver encore une sorte de jouissance à le tirer de l’abîme, à le guérir de ses blessures morales, ou seulement à en chercher le remède. La justice punit; l’amour seul veut corriger.
Quelle satisfaction, pour des parents, est égale à celle d’appuyer leur vieillesse sur des enfants dignes de leur amour! Dans le mélange de leurs sentiments, les premiers apportent le plaisir mélancolique d’avoir assuré un bonheur dont ils cesseront bientôt d’être témoins; et les derniers, une tendre reconnaissance, quelquefois accompagnée d’un vague effroi de l’avenir. Mais si tous s’attristent, en secret, à la pensée d’une séparation prochaine, ils retrempent leur courage dans l'espérance de se retrouver, un jour, pour ne plus se quitter.
Le bonheur intime de la famille ne peut être parfaitement senti que pendant le silence des passions. Il ressemble à ces douces mélodies qui, dans un calme profond, ravissent notre àfhe et nous font verser des larmes de plaisir, mais que la moindre brise^ couvre de son murmure, ou détourne de nous. Toute espèce de désordre détruit ou relâche les liens de la famille. Mais, quand l’infortune vient frapper l’enfant prodigue, où tourne-t-il son regard désolé? Vers cette famille qu’il a cruellement affligée, qui pleure ses fautes, qui fêtera son retour, et qui ne saura l’amener au repentir qu’à force de bonté.
Deux époux tendrement unis, et entourés d’enfants qui les chérissent, offrent la plus charmante image du bonheur de cette vie. Affection réciproque, communauté d’intérêts et de plaisirs, confiance sans réserve, mutuel appui, libre expansion des