‹ Étude de l'hommeChapitre 205 sur 235 · DE L’ÉDUCATION SOCIALE · texte numérisé non relu

DE L’ÉDUCATION SOCIALE

La brute est guidée par l’instinct, l’homme est guidé par la raison. L’éducation, en affaiblissant l’instinct de la brute, la dompte et l’asservit; en fortifiant la raison de l’homme, elle accroît sa puissance et sa liberté; mais elle produit sur eux l'effet commun de modérer leurs penchants et d’adoucir leurs mœurs.

Les animaux sauvages vivent ensemble, sans rien apprendre les uns des autres au delà de ce qui est nécessaire à leur conservation, et sans perfectionner jamais les moyens d’y pourvoir. Dès que deux hommes sont réunis, ils se donnent, même à leur insu, de continuels et d’utiles enseignements. Un animal sauvage, vivant seul, acquiert tout l’instinct que sa nature comporte : l’homme qui n’aurait eu aucun commerce avec ses semblables, depuis sa première enfance, ne serait guère qu’une brute dépourvue d’instinct. Concluons de là que la brute peut se passer d’éducation, et que, sans l’éducation, l’homme n’est rien. La perfectibilité de l’âme humaine, indice manifeste de sa liberté, lui montre que son but doit èlre la perfection ; c’est par l’éducation qu’elle peut en approcher.

Dès que l’enfant voit, il désire; et, dès qu’il désire, il doit être contenu. 11 regarde, écoute, touche à tout, comme pour essayer chacun de ses sens, excepté l’odorat, le dernier dont il distingue les perceptions. Son bonheur est de s’agiter, de faire du bruit, de s’emparer de ce qu’il voit. Le monde lui

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semble son domaine. Incapable de rien produire, c'est en détruisant qu’il aime à montrer sa force. Si l'on cède à scs premiers caprices, on en augmente le nombre, et l’on ne peut plus y résister, sans exciter sa colère. Alors commencent à germer en lui la personnalité, le despotisme, la violence. Les notions d'égalité, de réciprocité des devoirs et des droits entre tous les hommes, n’ont aucun accès dans son âme. 11 grandit, sans comprendre qu'il doit à ses parents de la reconnaissance et une tendresse respectueuse, à tous les hommes une bienveillance secourable, à Dieu son adoration, à la morale sa scrupuleuse soumission. Son désir est sa loi; son droit, le plaisir; les privations et la gêne sont la part de tous les autres.

Mais, dira-t-on, de fréquents rapports avec d’autres enfants, les avertissements des hommes expérimentés, en éclairant son esprit, réformeront son âme, et sa personnalité sera vaincue, ou au moins affaiblie, dans la lutte des personnalités.

Sans doute il recevra de fréquentes et sévères leçons ; sans doute il apprendra à tenir compte des désirs et de la volonté d'autrui : mais quand il s’y soumettra, c’est parce qu’il n’osera pas y résister; et, au lieu d’être complaisant, aimable et bon, il ne sera que lâche et hypocrite. Un eufanl gâté, s’il n’est doué du naturel le plus heureux, devient, avec un caractère énergique, un insupportable tyran ; avec un caractère faible, le martyr de ses penchants. Pour le corriger, apprenez-lui que Dieu voit toutes ses actions, toutes ses pensées, et qu’un jour il lui en demandera compte. Apprenez-lui ensuite que ce Dieu, tout à la fois sévère et. bon, l’a destiné à jouir des douceurs de la vie sociale; que tous les avantages et toutes les obligations de cet état se résument dans un continuel échange de services; que sa propre sécurité et son bien-être dépendent, en grande partie, des autres, et que, s’il ne fait rien pour eux, il n’aura aucun droit à leur secours. Quand vous l’aurez convaincu de ces vérités, toutes les considérations morales lui paraîtront faciles à comprendre. Vous aurez préparé son âme à recevoir la semence évangélique, et à éprouver ce sentiment divin qu’on nomme charité.

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