CHAPITRE XIII
Mais ce devoir n’enchaîne pas sa liberté. Il y a. pour lui, de nombreux moyens de payer son tribut à la société. Le meilleur est le plus conforme à sa position, à ses facultés et à ses goûts. Du bon choix de la profession résulte une grande partie du bonheur de la vie. Ce choix réclame la plus sérieuse attention.
L’hérédité des professions ne pourrait être établie par les lois, sans devenir un privilège ou une entrave : mais, librement admise par l’usage, elle aurait sur les sociétés la plus salutaire influence. Une opinion contraire a prévalu presque partout, et surtout parmi nous. Quel père ne rêve, pour son fds, une profession plus élevée que la sienne, et ne s’elforce de le préparer à cet avenir incertain par une éducation souvent insuffisante pour le lui assurer, et toujours propre à l’éloigner de la condition dans laquelle il est né? Cette ambition aveugle jette dans le monde une foule de jeunes gens qui tous aspirent aux professions brillantes, et livre ceux dont les espérances sont déçues» l’oisiveté, à la misère et aux plus dangereuses tentations. Le souvenir de leurs prétentions avouées, leur mépris pour une vie simple et modeste, leur désir effréné d’indépendance, leur ôtent la pensée de retourner au foyer paternel. Dans leur colère contre la société, qui ne leur a pas accordé ses préférences, ils n’aspirent qu’à la bouleverser, pour trouver, dans la confusion générale, quelques chances de fortune. Mais les révolutions, trop fréquentes pour les peuples, ne le sont pas assez pour les hommes qui en font un objet de spéculation; et d’ailleurs il est rare qu’ils en tirent des avantages durables. Trompés dans leurs calculs, habitués au désordre, incapables d’un travail honorable, quelquefois ils sont réduits à finir par le suicide, ou à vivre par le crime, eu attendant le bagne ou l’échafaud .
Je ne veux pas juger trop sévèrement les réformateurs dont notre siècle abonde; et je ne dirai pas qu’aucun d’eux ne soit animé du désir de faire le bien. Mais combien en est-il dont le but caché ne soit pas de satisfaire leur orgueil et leur ambition? L’égoïsme et la vanité des grands ont perdu l’ancienne société ;
l’égoïsme et l’envie des petits menacent la société actuelle ' . Pour éviter de nouvelles catastrophes, comptez, avant tout, sur le frein que la morale évangélique met à ces passions funéstes, et dites aux hommes : Aimez-vous et aidez-vous mutuellement. Quand ils obéiront à ces préceptes, ils estimeront, autant qu’ils les dédaignent aujourd'hui, la modération des désirs, les mœurs simples, l’esprit de famille, le goût des professions héréditaires, et la prudence dans le choix des professions brillantes et incertaines.
Les prétentions ambitieuses des individus agitent tout le corps social, et remportent dans un mouvement désordonné. Que chaque famille soit sagement gouvernée, et l’État prospérera. Que les enfants soient dirigés, de bonne heure, vers la carrière qu’ont suivie leurs parents; qu’on leur montre là des succès probables, partout ailleurs des obstacles et des dangers, et leur imagination ne se laissera plus exalter par des rcves trompeurs.
Dans les familles nombreuses, il arrivera sans doute qu’une profession unique ne suffira pas. C’est alors que les tendances naturelles pourront se révéler. Si les parents avaient tous assez de raison pour retenir, sans violence, les jeunes gens dans la profession qu’ils exercent eux-mêmes, ils cesseraient de s’exposer à la douloureuse alternative d’être témoins de leur abaissemenleu victimes de leurs dédains; et contribueraient à garantir le pouvoir contre deux dangers égaux, les flatteries de l’intrigue et la rancune des prétentions déçues.
Entourez de considération toutes les professions honnêtes, et encouragez les enfants à y porter les bonnes traditions de leurs parents, si vous voulez que l’amour de l’ordre naisse d’abord dans les familles, et passe, avec le temps, dans les mœurs nationales.
Le monde paye chèrement tous les talents d’élite, mais pins 1 f.cs ivIWioi.s ont cl T* iVritcs en 1 838.