DES FORMES BIENVEILLANTES DES RELATIONS SOCIALES
1° Civilité, observation méthodique des usages du monde et des principales convenances sociales. Sous l’apparence de l'estime pour les autres, elle est rarement autre chose que l’estime de soi. L’amour-propre, retenu par une timide réserve, est le respect humain; asservi aux lois de l’étiquette, il s’appelle civilité. Celle-ci est à peu près indépendante de l'éducation, de la délicatesse de l’esprit et de l’élévation de l’âme. Il suffit, pour être civil, d’unir un peu de savoir-vivre au désir de se montrer sous un jour favorable. .
La civilité n’étant qu’une règle de conduite, on n’y trouve jamais ni chaleur ni abandon. C’est un frein; c’est le palliatif de nos défauts. On est civil avec les gens que l’on ne connaît pas; et, quand on se respecte, on l’est même avec ses ennemis.
2° Urbanité, parfaite convenance, dignité tempérée que les gens du inonde s’étudient à mettre dans les rapports sociaux. En cherchant à plaire, ils pensent surtout à leur réputation. Il y a trop de mesure dans l’urbanité, pour qu’elle soit inspirée par des sentiments affectueux. Ce n’est qu’une civilité élégante.
3° Politesse, forme bienveillante du langage, douceur et grâce des manières, parure des mœurs, art de paraître toujours aimable. La politesse est, au fond, ou la pratique réelle, ou Limitation de la plupart des vertus sociales. L’amitié a besoin de l’une, le monde peut se contenter de l’autre. La feinte que le monde met dans la politesse, est peut-être la seule qu’on doive tolérer; car souvent elle prévient les luttes brutales
qu’exciteraient, entre les hommes, leurs défauts, leurs intérêts et leurs passions.
La politesse a des degrés infinis. Celle qui a fait si longtemps l’honneur des mœurs françaises, exige le concours d’nn grand nombre de qualités diverses. Délicatesse du sentiment, finesse et mesure de l’esprit, promptitude du discernement, souplesse et force du caractère, bon goût, facilité de l'élocution, aisance et noblesse du maintien, expression attrayante de la physionomie, tels sont les éléments de cette exquise politesse. Mélange heureux des dons de la nature et des fruits de l’éducation, elle est le charme des relations sociales.
Un homme pli accueille, avec grâce, les désirs légitimes, ménage les prétentions et tolère les défauts des autres. 11 respecte leur supériorité, ou semble oublier la sienne. Un empressement naturel, un air de sincérité donnent à ses égards l’apparence de l’estime, et presque de l’affection.
On doit corriger ses défauts pour soi; mais on doit, par politesse, les adoucir pour les autres. Si l’on n’est pas naturellement poli, il faut l’être, au moins, par convenance ou par intérêt. Lu bonté du cœur et la charité chrétienne sont les meilleures sources de la politesse.
Il n est pas sans inconvénient de chercher toujours à pénétrer les motifs des plitesses qu’on nous fait, des services qu’on nous rend, des sentiments qu’on nous montre. Cette curiosité nous expose «à perdre de douces illusions. On trouve trop souvent 1 occasion de dire : « Cet homme est bien poli : que va-t-il me demander? — Cette femme est aujourd’hui d’une amabilité charmante ; que veut-elle obtenir, ou que veut-elle cacher? » Si 1 ignorance nous rend heureux, pourquoi désirer la vérité? La réponse est facile : L'illusion dure peu; et plus elle se prolonge, moins elle laisse de remède au mal qu’elle a déguisé.
C1IAPITRE XV.
L'intelligence, l'éducation et le .savoir percent toujours dans les relations, même les moins propres à les révéler. C’est, de la part d’un homme supérieur, une grande preuve de jtolitesse, que de ne pas laisser apercevoir la distance qui le sépare des autres.
Le monde recherche, pour son plaisir, l’homme aimable; pour sou intérêt, l’homme puissant; et les oublie tous deux, dès qu’ils ne lui sont plus utiles. Chacun le sait, et ne se croit pas moins recherché pour soi-même.
Dans la politesse, comnie eu toutes choses, la grâce est le naturel élégant.
La politesse de la ruse a une certaine exagération qui la fait reconnaître. L’art veut mieux faire que la nature.
Si la politesse est une inspiration de la bienveillance, elle est aussi une précaution de la fierté. Mais nu homme poli ne paraît jamais roide, à moins qu’on ne veuille le faire plier.
La politesse rend le pouvoir aimable et le devoir attrayant. Sans la politesse, le droit ressemble à la tyrannie, et le commandement, à une insulte.
La société des femmes polit nos mœurs; mais elle amollit notre caractère. Manières, langage, extérieur gagnent, avec elles, en souplesse et en élégance, autant que l’âme perd eu
énergie, et souvent eu sincérité. Les grâces et les défauts que nous leur devons, nous les leur rendons bien.
On peut douter de la bonne éducation d'un homme qui manque de prévenances envers les femmes, et de la bonne éducation d’une femme qui reçoit ces prévenances comme si elle y avait droit.
On doit être poli chez soi, parce qu’on y exerce l’hospitalité; et poli chez les autres, parce qu’on l’y reçoit,
La politesse du monde est, dit-on, plutôt une chose convenue que l’expression d’un sentiment. Je l’accorde. Mais j’aime mieux une bienveillance étudiée qu’un brutalité naturelle.
4° Affabilité, constante aménité de manières et de langage. Elle est inhérente au caractère, et se manifeste, à l’égard de tout le monde, avec des nuances aussi variées que délicatement choisies. Il est difficile que l’affabilité existe sans la boulé. On peut l’appeler la politesse du cœur.
5° Délicatesse, pudeur du sentiment et de la pensée, fine et spirituelle retenue du langage ou du style, respect scrupuleux des intérêts, des goûts, des opinions d’autrui, tact exquis du savoir-vivre. La délicatesse est plus qu’une qualité de l’esprit, elle est la réunion des plus charmantes qualités de lame et du cœur. **
0° Condescendance. Le grand qui se rapproche de son inférieur, le fort qui cherche à complaire au faible, et le puissant qui tempère son autorité, font preuve de condescendance. Inspirée par un sentiment bienveillant et par la connaissance de la faiblesse humaine, la condescendance va quelquefois jusqu’à lo-