DES USAGES ET DES MODES
Les mœurs des individus sont des habitudes conformes à leuis penchants, mais souvent contraires à leurs principes.
Les mœurs du monde sont certaines tendances générales que font naître et (pie modifient la civilisation, l’état politique du pays, la situation de la fortune publique et les caprices du
goût. Les traits les plus apparents et les plus caractéristiques de ces mœurs sont les usages et les modes.
Les usages sont les lois des relations du monde. La connaissance des usages constitue le savoir-vivre, c'est-à-dire un certain art de se présenter à propos, d’agir toujours de la manière reçue, et d’exprimer, en toute occasion, les sentiments que l’on devrait avoir. Un recueil de tous les usages d’un pays pourrait y être appelé le Code des convenances.
Les modes règlent la parure, quelquefois même l’attitude, le langage et le geste.
Quand un usage en remplace un autre, ordinairement on peut dire pourquoi ; la mode ne change que pour changer.
Les usages peuvent vivre des siècles, et les modes, à peine des mois.
L’observation des usages exige du discernement et une sorte de dextérité.
L’observation des modes ne demande guère que de la vanité et beaucoup d’argent.
Une personne qui se conforme aux usages, semble craindre le ridicule; celle qui court après les modes, semble le rechercher.
La plupart des usages, tout futiles qu’ils paraissent,, ont le grand avantage d’avoir une signification généralement comprise, tUôter toute équivoque aux actions qu’ils règlent, d’offrir à chacun le moyen de rendre aux autres les égards qu’ils attendent, de remplacer, jusqu’à un certain point, le tact et l'expérience, de prêter enfin aux relations du monde une sorte de grâce et de facilité.
Les modes ne servent qu’à remplir le vide de certaines existences, à donner un peu de confiance à la laideur, un air triomphant à la beauté, et un large écoulement à la richesse. Mais la passion (Ju’ elles inspirent à la plupart des femmes et des jeunes gens exerce, sur leurs mœurs, la plus dangereuse influence. La jeune fille sacrifie bien souvent à la parure sa vertu, son bonheur; la mère, l’aisance de sa famille; le jeune homme, son temps, sa fortune, son avenir, et quelquefois sa probité. —