CHAPITRE XV
Cependant ou aurait lort de dédaigner tout à l'ail la mode. Quand on vit dans le inonde, il 11e faut pas trop se singulariser. Beaucoup de bons esprits essayent d’abord de résister aux innovations bizarres; mais, dès <pie la majorité s’y est soumise, ils commencent à les trouver un peu moins étranges ; l’anachronisme de leur costume finit par les choquer eux-mêmes; puis, un beau jour, ils se mettent presque à la mode, juste au moment où elle va changer. Les sages se placent, sans hésiter, dans un certain milieu où ils sont sûrs de n’èlre jamais ridicules, ni remarqués.
Il y a, dans la mobilité des usages et des modes, plus de caprice que de bon goût ; et, dans la stabilité, plus d’amour de l’ordre que d’aversion pour le progrès.
Réflexions sur quelques usages.
Dans les relations d’affaires, et même d’amitié, il est partout d’usage de terminer les lettres par une formule de politesse soigneusement étudiée pour marquer la position relative de la personne qui les écrit, et de celle qui doit les recevoir. Avec de la bienveillance et un tact délicat, 011 a quelque peine, dans certains cas, à ne pas laisser paraître un peu de suffisance. Mais quand un fat vous écrit, il 11’a garde de vous faire grâce de sa prétendue supériorité. 11 est même assez rare qu’il ne la revête pas d’un peu d’impertinence. Ne devrait-011 pas réformer ce ridicule usage?
Los cartes de visite de la nouvelle année sont, pour les personnes qui ont cessé de se voir, des protestations contre un apparent oubli ; et, pour les personnes qui se connaissent peu, une déclaration d’estime sincère ou intéressée.
La liste de ces caries, comparée à celle de l’année précédente, nous rappelle souvent des perles douloureuses, des affections détruites, et nous donne ainsi un triste avertissement.
Dans quelques familles, le premier jour de l’an, le jour de la naissance et celui de la fête du saint dont on porte le nom, sont marqués par des dons réciproques et de petites solennités intimes. Indice de mœurs douces et régulières, cet usage pourrait contribuer à les produire ou à les conserver. Mais la jeunesse, en général, y voit une puérilité, et peut-être aussi le témoignage d’une sorte de dépendance.
La manifestation de la douleur causée par la mort d’un parent, est, et a toujours été, pour la plupart des hommes vivant en société, une convenance établie et réglée par l’usage. Quand les anciens Juifs perdaient leurs proches, ils passaient ordinairement sept jours à les pleurer, à se couvrir la tète de poussière ou de cendre, et à se frapper la poitrine.
Les femmes du Malabar se laissent brûler avec les cadavres de leurs maris.
Le paysan russe reste immobile- et silencieux, pendant les trois jours qui doivent s’écouler entre la mort et l’inhumation de ses parents; mais, dès que la cérémonie funèbre est terminée, il s’enivre, avec sa famille et ses amis, dans un repas servi sur la table même où il a lavé et enseveli le mort.
En France, le paysan est triste et abattu tout le jour de l’enterrement. Le lendemain, il se distrait de sa douleur par le travail; mais il la reprend, le dimanche, avec le repos et son habit noir, jusqu’à ce qu’elle soit affaiblie par l’habitude, ou elfacée par l’oubli.
Dans les classes plus élevées, la perte d’un proche parent impose une étiquette sévère. Pendant un temps, une femme porte des vêlements noirs; pendant un autre, des vêtements gris ou blancs. Par un sentiment délicat de l’harmonie, elle veut que. ses vêtements prennent la nuance de sa douleur. Combien de gens mettent toute leur tristesse dans leurs habits de deuil!