DIRECTION A DONNER AUX FASSIONS
La raison 1 est la lumière de l’àme; les {lassions eu sont les . ténèbres ou les orages. Quelquefois il s’en échappe de magnifiques éclairs.
L’antagonisme perpétuel de la raison et dés passions est la conséquence nécessaire de la double nature de l’homme et l’épreuve qui doit fixer sa valeur morale. Le triomphe de la raison ferait de lui un ange; celui des passions, une brute. La perfection humaine s’accroît avec l’empire de la raison; mais, quand c’est l’àge seul qui modère les passions, la sagesse ressemble beaucoup à l’impuissauce.
On voit disparaître, avec les passions, toute cette fantasmagorie d’illusions que l’imagination avait créée; et la réalité se montre d’autant plus triste et plus sévère, qu’on l’avait ornée de plus séduisantes couleurs. On aurait donc tort de laisser sans frein les penchants du jeune âge. Si leur impétuosité ne détruit pas entièrement le sens moral, elle éloigne huit de la sagesse, que, pour y revenir, souvent on épuise le reste de si vie en continuels et pénibles efforts.
Ne cherchons pas à étouffer les passions : c'est un torrent
* La nii.soti, éclairée elle-même par la lumière divine, sans laquelle l'esprit humain ne sait plus eù il va.
qui doit avoir sou cours; mais développons la raison, qui sait
en prévenir les ravages.
Lue passion violente est une inonomauie passagère.
Les passions agissent sur l’intelligence, comme le vent sur la flamme ; modéré, il la rend plus brillante; vif, il la fait vaciller; impétueux, il l’éteint.
L’Iiomine ne comprend bien que ce qu'il a senti. C’est après une chute qu’il regarde son chemin. Ne vous étonnez donc pas quand la jeunesse repousse les conseils. Les seuls qu’elle écoute quelquefois sans impatience sont ceux qui lui sont offerts comme un remède à ses fautes ou à ses souffrances. Quel peut, dès lors, être, pour elle, le fruit de nos observations? Un peu de défiance d’elle-mème; et c’est d’abord tout ce que nous lui demandons. Son expérience pourra faire le reste.
Chaque homme a un penchant dominant. S’il craint de s’y abandonner, qu’il compte plus sur la fuite que sur la résistance.
Au milieu des assauts que nous livrent les passions, la raison nous adresse toujours quelques conseils; mais les secousses violentes que nous éprouvons alors nous empêchent d’entendre distinctement sa voix. Le souvenir de ses avertissements nous frappe . au moment où le mal est fait et où le remords commence.
CÏ1APITRE 111.
Pour maîtriser les passions ou les préventions dangereuses, ne les attaquez jamais de front. Montrez-vous, au contraire, avec elles, indulgent et secourable; indiqucz-leur, avec ménagement, les dangers et les maux dont elles sont la source, cl laissez-leur, au moins en apparence, une entière liberté. Désintéresser l’amour-propre, c'est délivrer la raison de son plus redoutable ennemi.
L’envie, la jalousie et la haine 1 sout des passions qui rongent le cœur et finissent par y détruire tous les bons sentiments. On sent, avec angoisse, les tortures qu’elles causent; et, par une sorte de fatalité, on recherche avidement tout ce qui peut les accroître.
On souhaite ardemment, on possède avec tiédeur. La raison modère le désir et prolonge la jouissance.
Les grands talents n’existent guère sans de grandes passions, ni les grandes passions sans de grands défauts. Il semble que la nature, avare de ses dons, veuille reprendre d’un côté ce qu’elle donne de l’autre.
L’alliance d’un mérite éminent et d’une conduite irréprochable ne peut guère se former que sous l'influence des sentiments religieux : sans leur secours, c’est un prodige.
Pareils aux arbres entés sur sauvageon, les hommes qui produisent les meilleurs fruits sont ceux dont l’éducation et l’expérience ont tempéré la sève trop fougueuse.
1 Je ne considère ici que les impressions produites par ces passions. Plus tard, j’en examinerai le eflté moral.
DR L'HOMMK SENSITIF.