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CHAPITRE IV

Le mal d’autrui soulage bien des geijs, comme s’il élait pris sur leur pari.

On s’irrite d’une souffrance dont on est seul atteint; on se résigne à un malheur que d’autres partagent.

Certaines personnes ont la prétention d’être placées, par leurs malheurs, en dehors des conditions ordinaires de l’humanité. N’est-ce pas pour avoir au moins ce genre de supériorité, ou pour inspirer un intérêt exclusif?

On se croit sensible, parce qu’on craint le spectacle de la douleur d’autrui, et l’on n’est que personnel.

L’absence d’une personne qu’on aime affaiblit le souvenir de ses défauts et réveille celui de ses bonnes qualités. La personnalité avait exagéré les déplaisirs causés par les uns; elle exagère ensuite les déplaisirs causés par la privation des autres.

Quand un homme personnel écoute avec intérêt le récit de vos douleurs, soyez certain que vous lui rappelez les siennes, et qu’il se prépare à vous consoler en vous prouvant qu’il a plus souffert que vous.

Nous supposons volontiers aux autres des dispositions conformes à nos vues; mais, dès que nous reconnaissons notre erreur, nous nous irritons contre eux, comme s’ils nous avaient trompés.

Les défauts que l’on supporte le moins facilement , dans au-

tmi, sont ceux que l’on a soi-même, à moins qu’ils n’aient besoin de complices. Plus on est enclin à l’égoïsme, à l’orgueil, à l’envie, à l'avarice, à la fatuité, à l’impertinence, au bavardage, à la raillerie, moins on est disposé à les pardonner aux autres.

La personnalité ne saurait se montrer plus blessante que dans son insouciance pour l’ennui ou pour la perte de temps des gens que l’on fait attendre.

Affections trahies, illusions détruites... quels mots heureux pour déguiser les déceptions de l’amour-propre et de la personnalité !

L’ambition est une personnalité exaltée par l’orgueil. Dans une âme forte, elle se montre aussi audacieuse, après un revers, qu’insatiable au milieu des succès. L’homme qui, avec tous les trésors et toutes les grandeurs de ce monde, ne désirerait plus rien, n’aurait jamais été, ou aurait cessé d’être ambitieux.

Pour un homme personnel, ni petits maux, ni grandes satisfactions. Tout ce dont il souffre est grave; tout ce dont il jouit est peu digne de lui. Au milieu de l’opulence, il se plaint de sa gêne; et, s’il entend un malheureux exprimer un désir, il s’en étonne.

Les confidences faites à des indifférents ne sont que le tropplein de la personnalité. •

L’enfance n’est sensible qu’à ses propres souffrances, parce quelle n’en conçoit pas d’autres. La jeunesse oublie les sien-

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