PUDEUR
La pudeur, sentiment commun aux deux sexes, mais bien moins prononcé dans l’homme que dans la femme, est une répugnance naturelle, une sorte de boule qu’inspirent à une âme délicate et tendre des actions ou des images déshonnêtes, quelquefois de simples allusions aux rapports des sexes. Souvent même elle n’est que la vague appréhension d’un danger inconnu.
DE L’HOMME SENSITIF, ou In confusion causée par une secrète complicité de l’Ame avec les sens. Instinct conservateur de la vertu, elle est l’indice et la sauvegarde de la faiblesse. C’est surtout chez les jeunes tilles et les jeunes gens d’une constitution débile et d’un caractère timide que la pudeur se manifeste avec tous ses scrupules et sa plus charmante retenue. Chaque jour, l’expérience des sensations efface la pudeur: et, si elle survit à la jeunesse, c’est plutôt comme une heureuse habitude de l’Ame que omme une impression actuelle.
La pudeur naît d’une vive sensibilité et d’une exquise délicatesse, d’un penchant à l’amour, et de la crainte d’y céder. Malgré son attrait et sa grâce, elle impose le respect , contient les désirs, épure la jouissance.
Par la pudeur, lame révèle son dégoût pour ce qui la choque, ou sa préférence pour ce qui lui plaît.
La pudeur de la femme est, au matin de sa vie, comme un voile dont sa chasteté l’enveloppe pour écarter les regards téméraires, comme le calice qui protège le ltoulon de la fleur naissante, comme la vapeur qui descend du ciel pour la rafraîchir, pour la préserver des premières atteintes d’une lumière . et d’une chaleur trop vives, pour lui conserver sa pureté, ses nuances et son parfum.
Une femme dont la pudeur s’alarme facilement prouve qu’elle est sensible et faible. La crainte se mesure sur le sentiment du danger.
Une femme chaste se croit toujours un peu compromise par l'impudeur des autres femmes.
Pour une femme délicate, la plus séduisante déclaration d a- Mourest l’embarras d’un homme d’esprit.
Un badinage qui fait sourire une femme vertueuse, souvent effarouche une prude 1 ; mais, quand un danger réel force l’une à fuir, l’autre n’hésite pas à s'avancer.
Il y a un charme indéfinissable’ dans la pudeur. Une jeune femme ne peut y porter la plus légère atteinte sans perdre, à l’instant même, son plus puissant attrait. La pudeur d’une femme a encore de la grâce, malgré les années et les rides. Un vieillard affaiblirait sans doute son droit au respect par le récit des aventures galantes de sa jeunesse; mais une vieille femme, par un récit semblable, inspirerait la répugnance et le mépris.
La plus essentielle des vertus de la femme semble être la chasteté; car ce qui choque le plus, dans sa physionomie, est l’expression de l’impudeur.
La pudeur * n’est, chez beaucoup de femmes, que le sentiment des bienséances, et, chez d’autres, qu’un assaisonnement de l’amour, ou l’art de se faire désirer 3 . Elle consiste surtout, |H)ur elles, à cacher ce que l’usage et leur intérêt défendent de
* La pruderie n’esl qu’une pudeur simulée.
* La pudeur feinte, qui est presque le contraire de la pudeur naturelle.
3 Bossuet, dans un sermon pour une prise d’habit, parlant de ce que
beaucoup de filles chrétiennes se permettent dans le monde, a dit : « Qui pourrait raconter tous les artifices dont elles se servent pour attirer les regards? Et encore quels sont ces regards ! Puis je en parler dans la chaire? Non : c’est assez de vous dire que les regards qui leur plaisent ne sont pas de ces regards indifférents : ce sont de ces regards ardents et avides, qui boivent, à longs traits, sur leurs visages, tout le poison qu’elles ont préparé pour les cœurs; ce sont ces regards qu’elles aiment. »
DE li'HOM ME SENSITIF.
montrer, et à ne voiler le reste que pour laisser à l’imagination toute liberté d’en exagérer la perfection \
L’impudeur et rinnocenee ont quelquefois la même attitude et le même langage; mais il est facile de reconnaître que l’une cherche l’effet, et que l’autre ne sc doute pas de celui qu’elle produit.
Un mot licencieux fait rougir la jeune fdle qui le comprend, la femme dont il blesse la pudeur, celle qui veut être chaste en dépit de ses sens, enfin celle qui, à défaut de vertu, tient encore à sa dignité; mais il est sans conséquence pour une jeune fille complètement innocente, parce quelle en ignore la signification, et pour une femme tout à fait corrompue, parce que rien ne peut plus l’émouvoir.