CHAPITRE V. M
longtemps leur imagination dans les régions sublimes de l’amour idéal, redescendent d’abord timidement vers la réalité, et finissent tout à coup par s’y jeter les yeux fermés !
Pauvres femmes! où trouverez- vous ce bonbeur délicat, ces excpiises voluptés du cœur, qui sont un besoin de votre nature? Réllécbissez, et vous reconnaîtrez que la vertu en est, pour vous, la source la plus féconde.
Une honnête femme s’effarouche d’abord ,\ la seule pensée d’un sentiment coupable : une voix intérieure l’excite à la défiance. Mais souvent une autre voix plus douce lui dit, suivant l’occasion, que de nobles qualités ont droit à son estime; que l’esprit se développe et mûrit sous les rayons d’une grande intelligence; que la pitié aurait tort d’être prude; qu’il est généreux de ramener à la raison, par quelques témoignages d'intérêt, un imprudenLque le dédain mettrait au désespoir; enfin, qu’un peu de condescendance, sans nuire à sa vertu, serait utile à son mari, à sa famille, à ses amis. Elle obéit à ces sages conseils, et s’aperçoit trop tard qu’ils l’ont conduite à l’amoiir. La voix sévère était celle de sa raison; la douce voix, celle de son cœur.
Quand une passion coupable éclate dans le cœur d'unç femme, elle y détruit les plus nobles sentiments, et ne laisse à la vertu que l’appui douteux du remords.
Une femme pleure rarement sa faute avant d'avoir perdu ses illusions sur ftlui qui la lui a fait commettre.
Il y a presque toujours, dans le repentir 1 d’une femme éga-
1 Lorsqu’il n’est point un premier pas vers la pénitence chrétienne.
réc par l’amour, moins de chagrin de sa faute que de regret que ec soit une faute.
Pour un instant d’ivresse, une vie de regrets et de souffrance; voilà ce que donne un amour illicite.
g II. — Entrainement du cœur de la femme.
L’amour, même le plus pur, émane des sens; cl cependant la femme y cherche moins sa propre satisfaction que celle de l’objet aimé. Souvent elle cède, pour donner la dernière cl la plus grande preuve de sa tendresse. Ce sacrifice ajoute à son amour tout le prix qu’elle attachait à sa vertu. L’homme, au contraire, est dévoré de désirs, tant qu’il u’a [tas tout obtenu; mais, Je plus ordinairement, la possession les calme ou les éteint. Aussi l’amour est-il presque toujours, dans l’homme, égoïste et sensuel; dans la femme, dévoué, tendre et délicat; et la satisfaction, qui détache l’un, enchaîne l’autre.
L’intime union de l’amour et de la vertu est, pour une jeune femme, la source naturelle du bonheur et de la perfection morale. Mais, dans son âme mobile et tendre, l’amour sans la vertu ne tarde guère à se corrompre; et la vertu sans l’amour n'évile la sécheresse ou l’aigreur qu’avec le secours d’une haute raison, d’une bonté généreuse, et surtout d’une piété sincère.
Une femme sage, moins par le sentiment elfe devoir que par la crainte du blâme, oublie facilement ses scrupules quand elle e<t blessée ^ar une défiance injuste.
Celle qui s’émeut des fautes d’une autre femme, plutôt pour sa réputation que dans l’intérêt de la morale, avoue tacitement que, sure du secret, elle ne serait pas fort effrayée des mêmes fautes.