CHAPITRE V. 5T
Dans le monde, le plus grand succès d’une femme est de plaire; celui d’un homme est de se faire respecter.
S V. — Influence de la vanité sur le crrnir de la femnip.
La gloire, cette brillante, illusion des âmes élevées, est, après la vertu, le plus noble but des actions humaines. Les femmes y sont plus sensibles encore que les hommes; et, si elles en sont moins occupées pour elles-mêmes, c’est qu’avec la faiblesse de leur organisation et leur position subordonnée, elles trouvent peu d’occasions d’y parvenir. Mais l’une de leurs plus vives jouissances est de voir un rayon de gloire illuminer le front d’un père, d’un mari, d’un tils. L’éclat plaît à leur imagination, et les suffrages stimulent agréablement leur cœur avide d’émotions. Il est peu d’hommes qui, dans leur jeunesse, ne l’aient remarqué, et n’aient associé à leurs rêves d’amour quelques rêves de gloire.
L’est souvent la vanité qui ouvre à l’amour le cœur des femmes. L’homme qui leur paraît le plus aimable est celui qui les (latte le mieux. Ou réussit encore à les toucher par le moyen contraire. L’indilférencc ou le dédain n’est quelquefois, à leurs yeux, qu’un défi porté à leurs charmes. Elles s’en irritent, l'acceptent, et veulent triompher à tout prix; mais, d’ordinaire, le succès de leur vanité devient, pour leur cœur, la cause d’une défaite.
Les femmes, même celles dont l’Ame a le plus d’élévation, ne comprennent pas tout ce qu’il y a de délicat et de flatteur pour elles dans un amour qui ne s’adresse qu’à leurs plus nobles pensées, à leurs sentiments les plus généreux. L’estime est ce qu’elles ont l’air de chercher; ce qu’elles veulent, c’est la préférence.
La femme a besoin d’admirer ce qu’elle aime.
56 ÜK L’HOMME SENSITIF.
La plupart des femmes du inonde 1 semblent convaincues que leur premier devoir est de se faire remarquer. Hors do là, tout est, pour elles, d'un intérêt secondaire. Il en est qui pourraient charmer par leurs agréments extérieurs et par leur esprit, mais qui aiment mieux attirer les regards pur le fracas de leur toilette, par 1'aflectalion de leurs manières et par un caquetage puéril et sans idées. Ne craignent-elles pas de rappeler ainsi que d'ordinaire toute prétention révèle un sentiment instinctif d’infériorité ou d’impuissance; qu’un grand empressement à provoquer l'attention part d’un doute sur le droit de l'obtenir; que le goût exagéré de la parure prouve le vide du cœur et l’indigence de l’esprit; enfin que l’ostentation est la marque originelle des parvenus?
L'habitude de la frivolité finit par affaiblir l’intelligence des femmes le plus heureusement douées, et (à moins que la malignité ne les soutienne) par les faire tomber au niveau des plus sottes.
On s’étonne souvent de l'ignorance et de la nullité de certaines femmes que les cercles élégants se prêtent tour à tour connue des meubles à la mode, et l’on se demande à qui elles peuvent plaire. Ce n’est pas aux autres femmes assurément. Est-ce donc aux hommes? Eh bien, il faut qu elles sachent que, si elles amusent, un instant, quelques hommes légers, elles sont jugées fort sévèrement par tous les hommes sérieux; et que si, parmi ceux-ci, les plus indulgents sont affligés de leur futilité, les autres la considèrent avec dédain, ou en parlent avec dérision.
(Juc les femmes tourmentées du désir de se distinguer le satisfassent en accomplissant, avec, dignité, leurs devoirs d’épouses et de mères, et non en se montrant aussi ardentes au plaisir, aussi prodigues, aussi passionnées pour les oripeaux, aussi évaporées que les plus folles courtisanes. Elles trouveront, suivant leur choix, ou le profond contentement d’elles-
1 Voir, aux 2”*, 5“’ et 4“* alinéa de la section 1 du chapitre XV du livre IV, quels sont les traits caractéristiques de la femme du monde.
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mêmes, l'amour de leur famille, l’aisance par l’ordre cl le respect universel; ou bien une ivresse nièlée de remords, une gêne humiliante au sein de la richesse, l'antipathie de toutes les âmes élevées, d'insultantes adulations, les muets reproches de leurs enfants abandonnés à des moins mercenaires, puis, à la fin peut-être, la ruine et la honte.
On estime une femme pour ses vertus; on l’aime pour sa Ijonté ; ou la recherche pour son esprit; on contemple, avec plaisir, sa grâce et sa beauté; mais ou sent que toutes ces qualités sont incomplètes quand elles ne sont pas accompagnées d’une parfaite simplicité.
On comprend que les femmes, même les plus raisonnables, cherchent à faire valoir leurs charmes par une toilette élégante et de bon goût; car elles deviennent réellement plus jolies en s’efforçant de le paraître. Leur sang circule alors plus rapidement, leur teint se colore, leurs yeux brillent, le sourire épanouit leurs traits, et tous leurs mouvements prennent de la souplesse et de la grâce. On peut dire d’une femme à sa toilette qu’elle prépare ses armes.
Plus une femme a de noblesse et d’élégance naturelles, plus elle met en évidence ces avantages par la simplicité de sa toilette. L’éclat d'une grande parure éblouit un instant, et peut tromper un premier regard; mais bientôt l’attention se concentre sur la personne, et devient d’autant plus difficile à satisfaire, qu’elle avait été plus favorablement prévenue. Souvent Üôrs le second jugement réforme le premier.
Toutes les femmes croient que la toilette est l’art de s’embellir, et cependant peu d’entre elles savent en obtenir ce qu’elles espèrent, parce qu’elles évitent rarement le double inconvénient de faire remarquer leurs défauts en voulant les cacher, et de cacher leurs attraits en voula.nl les parer.
Lit vanité peut donner aux femmes l’apparence et les honneurs de la vertu. Il faut savoir quelque gré à mademoiselle d’En Irai gués d’avoir voulu repousser la passion de Henri IV, sans affecter des sentiments quelle n’éprouvait pas, et d’avoir osé lui dire : « Je ne puis être votre femme, et je suis de trop bonne maison pour être votre maîtresse *. » La vanité du rang était sa conscience. C’est un des bons effets des distinctions sociales chez un peuple corrompu; mais Dieu voudra-t-il eu tenir compte?
Quelques femmes ont assez de raison pour dédaigner l’élégante impertinence de ce qu'on appelle les jeunes gens du monde; mais beaucoup d’entre elles leur donnent la préférence sur des hommes distingués par les plus éminentes qualités du cœur et de l’esprit. Quelle opinion doit-on se former des femmes qui se passionnent ainsi pour ces êtres frivoles, et du inonde dont ils empruntent leur nom et personnifient les goûts?
Un homme qui porte avec grâce une indifférence dédaigneuse et même un peu d’impertinence, tout eu blessant les femmes en général, dispose chacune d’elles à bien accueillir ses préférences, et souvent à les récompenser.
Beaucoup d’hommes sans valeur en acquièrent près des femmes par leur seule impertinence.
1 Ce <|ui ne la point empêchée dêlre sa maîtresse. Les IViumcs seraient loujimrs vertueuses, si elles s’eu tenaient à leur premier mot.