CHAPITRE V. ' G
les âmes où la bonté et la raison s'unissent à la vertu, il est exigeant, soupçonneux, irritable, dans les ànies sensibles cl violentes, faibles et désordonnées. Dans ses égarements, il suppose, sans motifs, la froideur et l’ingratitude, s’offense de rivalités où de préférences imaginaires, devient cruel par jalousie, et se fait un plaisir d’exciter la soulfrance, quand il n’a plus l’espérance de pouvoir seul assurer le bonheur. Une mère, qui se croit •sage, pardonne difficilement à sa tille d’être heureuse sans elle, même avec le mari quelle lui a donné. Une autre, qui se croit bonne, ne serait pas fâchée de troubler le ménage de la sienne et de la rendre un peu malheureuse, pour la ramener à elle, et avoir l’occasion île lui prouver sa tendresse.
Comme tout autre bon sentiment, comme toute qualité, l’amour maternel a son faux semblant. Quelquefois une mère, sous le prétexte d’une tendre sollicitude jiour son tils ou sa fille, ose s’immiscer dans le secret de leur vie conjugale, pour reprendre, avec son pouvoir abdiqué, ses habitudes de domination. Elle veut régler les goûts, les opinions, les plaisirs des deux époux, surveiller leurs rapports entre eux, diriger l’éducation de leurs enfants, choisir leurs domestiques, resliemdie ou augmenter leur dépense, leur unjwser ses amis, exclure ceux qu’elle ne leur a pas donnés, leur interdire, en un mot, tout ce qu elle n a pas conseille. La moindre contradiction lui semble un monstrueux oubli des sentiments de la nature ; et alors elle appelle Dieu en témoignage de son dévouement et de l’ingratitude dont on le récompense. Entre les persécutions d un pared amour et celles de la haine, ou ne sait pas ce qu’il faudrait préférer.