‹ Étude de l'hommeChapitre 66 sur 235 · DE IA VIEILLESSE · texte numérisé non relu

DE IA VIEILLESSE

Entre quarante et cinquante ans, le soleil de la vie commence à descendre vers l’horizon; et tous les objets, récemment éclairés d’une lumière éclatante, prennent des teintes obscurcies qui font présager la nuit. L’âme s’attriste, la pensée s’assombrit, et les souvenirs de la jeunesse ne se présentent plus que comme les images d’un bonheur perdu sans retour. C’est alors qu’on sent le prix d’une existence simple et sagement préservée des sensualités; c’est alors qu’on trouve, dans le calme d’un coeur pur et dans l’énergie d’un corps sain, la récompense de la modération et des sacrifices de la jeunesse; c’est alors enfin qu’on reconnaît combien la morale serait utile encore, quand même elle ne serait qu'une règle tout humaine.

La jeunesse sent et ne raisonne pas. Elle satisfait ses goûts, sans souci des dangers. Elle vit dans le présent.

L’âge mûr sent et raisonne. 11 se prive du bien-être du jour pour préparer celui du lendemain. Il vit dans l’avenir.

La vieillesse raisonne beaucoup plus quelle ne sent; mais ce qu’elle sent, c’est le regret des biens qu’elle a perdus, ou dont elle n’a pas su profiter; c’est la souffrance sans espoir de soulagement; c’est la crainte des privations. Elle vit tristement dans le passé, dans le présent et dans l’avenir.

Jeunesse sensuelle, vieillesse- douloureuse.

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