DE I.A MORT
L’enfant ne conçoit pas la mort ; le jeune homme la méprise; l’homme mûr y pense rarement; le vieillard seul s’en préoccupe : mais il agit comme s’il la voyait dans un immense éloignement, ou comme s’il en doutait. Cette répugnanceà y croire, lorsqu’on la sait inévitable, n’est-elle pas une protestation de l’âme, et le sentiment inné de son droit à l’immortalité?
L’homme s'abandonne, avec insouciance, au cours de la vie, sans ignorer qu’à chaque pas il peut rencontrer la mort. Il compte toujours à son profit les chances incertaines. Mais il est saisi d’effroi quand il mesure la limite qu’il ne peut pas Franchir.
La nature a mis dans le cœur de l’homme la terreur de la mort. Le désordre des facultés intellectuelles peut seul lui en inspirer le désir. Comment, en effet, s’accoutumera l’idée de quitter tout ce qu’on aime, de s’effacer de la mémoire des hommes, et de ne laisser aucune trace durable de son passage sur la terre? Certitude cruelle, et dont l’espérance d’une autre vie est seule capable d’adoucir l’amertume !
On oublie volontiers de celui qui n’est plus les défauts dont on a pu souffrir, et on lui reconnaît sans peine toutes les qualités dont on n’a plus de raison d’être jaloux. Peut-être aussi la pensée de la mort inspire-t-elle plus d’indulgence et d'équité.