‹ Étude de l'hommeChapitre 71 sur 235 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

une pénétration surnaturelle, et voit, à travers les ténèbres qui l’entourent, un rayonnement des perfections divines. 11 ne doute plus alors que l’être nécessaire, tout-puissant et infini, que l’être qui est à la fois la cause, la loi. la force motrice et le but, que l'être dont émane l’ordre matériel, ne soit aussi, par sa sagesse, sa justice et sa bonté, le principe de ‘l’ordre inoral. Le beau, dans les œuvres de l’homme, est donc ce qui se rapproche le plus de la pensée de Dieu , ou de cet idéal auquel le génie ne cesse d’aspirer; et le bien est la plus exacte application aux actions humaines des règlesdela justice et de la bonté divines. La faculté de comprendre ces règles implique le devoir de les observer.

Quand l’àme s’élève à Dieu avec un désir sincère de s’éclairer, il est rare qu’elle ne reçoive pas de Vives lumières et de sages inspirations. Penser à Dieu, c’est penser à la perfection absolue, c’est entrevoir le but vers lequel l’homme doit marcher. S'il pouvait avoir toujours présent le souvenir des principaux attributs de Dieu, il serait irrésistiblement poussé vers le bien. Mais l’ouragan des passions emporte toutes ses lionnes pensées; et l’âme, momentanément étourdie par le tumulte qu’il cause, n’est ramenée au sentiment de sou existence que par la douleur de sa chute.

AMOUR RK DIEU.

Toute religion est fondée sur la crainte ou sur l’amour de Dieu; mais le premier sentiment est plus facile à concevoir que le second. L’homme redoute ce qui est mystère et n’aime que ce qu’il peut apprécier. La crainte est l'attente d’un mal possible ou purement imaginaire; l’amour, un attrait pour des qualités que l’on voit ou croit voir. La crainte est donc une prévoyance, et surtout une impression de l’âme; l’amour, un effet actuel, et surtout une impression des sens.

L’homme né sur une terre inféconde, au milieu îles frimas et

DK L’HOMME INTELLIGENT.

des tempêtes, forcé (ledispuler sa vie aux bêtes féroces; l’homme qui achète chacun de ses repas au prix d'un danger, et à qui Dieu peut sembler un maître sévère, a dû éprouver d’abord des sentiments de crainte; puis, afin de se rendre favorable l’arbitre inconnu de sa destinée, il a inventé le culte de la peur.

L’homme, au contraire, dont le- premier regard s’est porté sur une nature riante et fertile, et dont les premières sensations ont été éveillées par une chaleur vivitiante, par un air parfumé, ' a dû élever son âme pénétrée de reconnaissance vers l’auteur invisible de son bien-être ; mais il n’a pu éprouver d’abord un amour ardent, un amour semblable à celui qui l’entraîne vers un objet connu, vers une créature de son espèce. On s’en convaincra eu analysant les divers sentiments du cœur humain auxquels on donne le nom d’amour.

L’amour maternel est une loi de la nature, une loi protectrice de la vie humaine, un instinct du cœur, une affinité du sang 1 .

L’amour d’un père pour son lils est une tendresse raisonnée. Elle tient compte des qualités, s’occupe autant de l'avenir que du présent, et veut procurer le bonheur qu’elle croit préférable, sans s’inquiéter toujours de celui cjui serait préféré.

L’amour d’un père pour sa tille a bien, au fond, les mêmes caractères; mais il se manifeste par une sollicitude plus attentive, par une condescendance plus spontanée, par un langage plus caressant. Le sexe exerce une influence sensible surle père même le plus dur et le plus absolu.

L’amour d'un enfuit pour ses parents est tout à la fois une inspiration du sang, un besoin de protection, une confiance instinctive, et une reconnaissance toujours attiédie par la conviction d’un droit au bienfait.

L’amour fraternel est un sentiment doux et tendre, que l’àme puise à la même source que la vie, avec un légitime espoir de réciprocité. Souvent sa sécurité l’endort; mais il se réveille, à l’heure du dévouement, quand l’égoïsme ne l’a point étouffé.

‘ Voir livre I", chapitre v, section ut, § vin, pape (iO.

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