‹ Étude de l'hommeChapitre 73 sur 235 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

soit faite! » quel sentiment sublime! L’âme qui s’en inspire est bien au-dessus de tout courage humain. Elle ne craint plus que Dieu et n’cspcre qu’en lui.

Devant Dieu, aucun sacrifice n’est stérile. L’abnégation de soi-même, où la raison et l’équité humaines ne voient souvent qu'une duperie, est à ses yeux un mérite et une vertu. Les privations de celte vie sont des économies que nous retrouverons dans un autre monde.

Une piété calme et vraie est tout à la fois le frein des passions et le contre-poids des peines, une source de bonheur en celte vie et un gage de sécurité quand on la quitte.

Les croyances qui tendent à rendre l’homme meilleur et plus heureux méritent toujours le respect. Le sage doit garder au fond de son âme les doutes qui pourraient les ébranler, et prier Dieu de lui donner la foi.

Un sceptique passe pour un esprit fort. N’est-ce pas, le plus souvent, un esprit poussé par l’orgueil hors des voies connues, et trop faible ou trop insouciant pour surmonter les difficultés au milieu desquelles il s’est aveuglément jeté?

Le doute est une infirmité de l’esprit. Qui doute de tout est disposé à tout croire. Un esprit sain et vigoureux a horreur de l’incertitude, il ignore ou il croit.

L’homme qui reconnaît sa faiblesse est bien près de penser à Dieu.

Une foi aveugle prouve la faiblesse ou la paresse de l’esprit; le scepticisme en prouve l'orgueil cl l'impuissance. Heureux l'homme convaincu !

La superstition naît de l’ignorance et du besoin de croire. On la trouve quelquefois avec la piété inspirée par la soumission plutôt que par la conviction, et très-souvent (chose étrange ! ) avec le scepticisme.

On éprouve, dans la vie, des peines si cruelles, qu’au milieu même des déchirements du cœur, on regrette de souffrir trop peu. L’âme se fait un devoir de sa peine, et s’indigne de la force qui permet au corps de la supporter. Cette exaltation de la douleur peut devenir coupable; car elle lue aussi bien que le fer, et l’intention en fait un suicide. Le chrétien se résigne facilement à la souffrance; il n’y voit qu’un motif d’espoir.

Le malheur, en nous frappant, fait jaillir une lumière qui va se refléter sur Dieu, et qui le rend plus sensible à nos regards.

Les chagrins qui nous viennent des hommes nous révoltent et nous font oublier Dieu : les grandes infortunes qu’il nous envoie nous ramènent à lui.

Comme les amis généreux, les pensées religieuses se présentent dans les moments de détresse ; comme eux aussi, elles s’éloignent quand ce temps est passé.

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