‹ Étude de l'hommeChapitre 75 sur 235 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

lions qui enflamment scs désirs et multiplient ses -déceptions. Lsl-il exempt de peines, il veut des plaisirs; et, tout en poursuivant sa chimère, il se précipite dans l’infortune. C’est une prétention funeste que celle de devenir parfaitement heureux

Dans ses relations avec ses semblables, l'homme est attiré d’abord par leurs qualités; mais, dès qu’elles lui ont inspiré une complète sécurité, elles lui semblent monotones, et il cesse d’en sentir le prix. 11 aime à promener sa pensée dans des routes nouvelles, à chercher des jouissances inconnues. Maître de les choisir, il éprouverait encore le besoin de les varier, et jamais son cœur ne serait satisfait.

Après avoir possédé tout ce que nous avions cm propre à donner le bonheur, nous reconnaissons, avec découragement, qu’il n’est pas en ce monde. Dieu aurait-il trompé sa créature? Lui aurait-il indiqué un but imaginaire? On ne saurait le croire. Il a mis, dans le cœur de l'homme, le présage de sa "destinée. Ces désirs insatiables, ce besoin de changement, ne sont que des pressentiments d’une autre vie.

L’homme est enclin à chercher des jouissances hors de sa situation. Dans la jeunesse, âge du plaisir et de l’espérance, il aime, avec passion, les émotions douloureuses et les lectures ou les spectacles qui peuvent les lui procurer. 11 s’y complaît, parce qu’il n’v voit encore qu’une fiction. Quand la douleur est devenue, pour lui, une réalité, il redoute l’image de ses maux passés, et n’a de goût que pour les tableaux riants, les sentiments doux et tendres. Il lui faut toujours un roman.

L’ardeur des sentiments et la \ ivacilé des idées font le pocle; le calme de l'àme et la persévérance de la pensée font le philosophe. L’imagination du poète passe trop légèrement sur les intérêts matériels de la vie, et celle du philosophe les domine de trop haut pour y prendre une part active et profitable. Chacun d’eux comprend, à sa manière, que le bonheur n’est pas là.

DU L’IIOMME INTELLIGENT.

Une àmc profondément éprise de l’amour de la gloire ne la conçoit guère sans une vague espérance d’immortalité; et si elle était sure que le monde dût périr, peut-être dédaigneraitelle une renommée qui devrait périr aussi. Tous nos désirs, toutes nos espérances, révèlent en nous l’idée de l'infini.

Qu’csl-ce que le bonheur de ce monde? Le plus souvent un jeu de l’imagination. Jouit-on de la liberté, de l’amour, de l’amitié, de la gloire, quand on s’en croit privé? N’eu jouit-on pas, quand on croit qu’on les possède?

L’homme ne connaît le bonheur que par l’espérance ou par le souvenir.

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