‹ Étude de l'hommeChapitre 76 sur 235 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le désir d'apprendre est, pour l’intelligence, ce que l’apjHjtit est pour le corps, un besoin d’aliments qui annonce une organisation active cl énergique.

Les hautes intelligences voient les masses, et sont peu disposées à descendre aux détails. Mais la réflexion leur fait comprendre que, plus les choses sont grandes, plus elles ont d’éléments divers, et qu’on ne peut en négliger un seul sans s’exposer à perdre de vue le lien qui les unit.

Il est deux espèces de gens que rien n'étonne : ceux qui comprennent tout, et ceux qui ne comprennent rien.

§ 11. - Inégalité des intelligences.

Un sc plaint de l’inégale répartition des biens de la fortune; mais que dirait-on si l’amour-propre, utile en ce point, ne cachait à chacun le rang qui lui appartient dans l’échelle des intelligences? Sans cet aveuglement, toujours plus profond à mesure qu’il est plus nécessaire, combien d’hommes seraient obligés de se faire le pénible aveu de leur nullité! Quelle distance, en effet, sépare quelquefois deux créatures, en apparence semblables! Tandis que l’une, par sa stupidité, par ses penchants matériels et grossiers, touche à la brute, l’autre, par l'étendue et la fécondité de son esprit, par sa pénétration presque intuitive, et par l’élévation de ses sentiments, nous offre, dans des proportions humaines, une image de la grandeur infinie de Dieu. La comparaison d’êtres d’une même espèce, et cependant si différents entre eux, ferait croire à une injustice du Créateur, si cette vie était autre chose qu’une épreuve.

■ § 111. — Direction qui doit être donnée à l'intelligence.

L’intelligence est une force : on l'affaiblit en la partageant. La volonté peut en régler l’emploi. Lorsqu’un homme abandonne son intelligence au cours des sensations, ou cherche les images vives et brillantes, les traits ingénieux et piquants, il effleure les surfaces, et parvient quelquefois à acquérir le plus recherché et le plus futile des genres d’esprit, l’esprit de saillie. Si, au contraire, il prend l’habitude des idées sérieuses, il fortiüe et perfectionne rapidement son intelligence. Mais, pour en obtenir les fruits les plus précieux, il doit s’attacher plutôt à la concentrer qu’à l’étendre. Il n’est donné qu’à de rares génies de suffire à tout, et d’embrasser, quand ils le veulent, l’universalité des genres.

jj IV. Moyen de mesurer l’intelligence.

On n’apprécie une force que par la résistance dont elle triomphe. On ignorerait la puissance de la vapeur sans l’invention des machines qui la compriment et la proportionnent aux obstacles qu’elle doit surmonter. On ne connaît, de même, la force intellectuelle et morale d’un homme qu 'après l’avoir vu aux prises avec une situation qui ait exigé l’emploi de toutes ses facultés.

A V. - - Médiocrité de l'intelligence

Lu bonheur durable accompagne rarement l'imagination et le génie. La mobilité de l’une, les nombreux obstacles que rencontre l’autre, et les continuelles déceptions de tous les deux, ne permettent point à l’Ame de conserver une sérénité constante sans laquelle le plaisir même n’est qu’une sensation convulsive. Une existence calme semble, au contraire, le fruit naturel de la médiocrité des facultés intellectuelles. Celte observation révèle une vérité fâcheuse pour les hommes d’une grande intelligence, mais consolante pour les autres.

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