‹ Étude de l'hommeChapitre 77 sur 235 · CHAPITRE 11. III · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11. III

L’intelligence la plus vulgaire a toujours quelque aptitude qu’il faut chercher et appliquer : aucune force ne doit être perdue. D'importantes découvertes sont dues à des hommes médiocres qui ont consacré leur vie à une idée. Les intelligences de cette sorte peuvent être comparées aux pâles rayons d’un soleil d’automne, qui brûlent aussitôt que la lentille les rassemble.

La frivolité ou la profondeur de l'esprit se manifeste souvent par un mot; la médiocrité accompagnée de réserve est plus difficile à reconnaître.

Un homme médiocre et ignorant montre (dus d'assurance qu'un homme supérieur et profondément instruit. Le premier méprise tout ce qu’il ignore, ou ne sup|>ose rien au delà du peu qu 'il sait; le second sent combien il aurait encore de choses à apprendre.

Railler la faiblesse est d'un esprit médiocre qui voudrait paraître supérieur.

Les petits esprits sont enclins à l'exagération. Ils croient grandir avec les objets qu’ils amplifient.

L’intelligence s’applique à tout et ne dédaigne rien. Les gens qui semblent craindre de s'abaisser par des travaux vulgaires prouvent qu’ils seraient incapables de s’en acquitter; et les plus difficiles sur le choix d’une profession sont ordinairement ceux qui n’ont d’aptitude pour aucune.

112 DK L’HOMME INTELLIGENT.

L’expérience est une route battue qui mène vite et sûrement au but. La médiocrité ne s’en écarte pas sans s’égarer; et le génie gagne à la connaître.

ÿ VI. — Faiblesse de l'intelligence.

Les forces intellectuelles, connue les forces physiques, sc développent par un exercice graduel et modéré; mais on doit craindre de les épuiser par des efforts continuels. Que peut une intelligence courbée sous un trop lourd fardeau? La présomption ou la vanité voudrait inutilement cacher son impuissance. Tel sc montre incapable, dans une profession au-dessus de ses forces, qui remplirait, d’une manière remarquable, une profession moins difficile, ou mieux appropriée à la nature de son esprit. Chargez-vous seulement de ce que vous pouvez porter.

Une main puissante et habile mesure la force à l’action, et parvient à conduire sans renverser, à retenir sans briser, à contenir sans comprimer. De même, un esprit juste et ferme revêt sa pensée de l’expression qui peut le mieux la faire comprendre, sans l’affaiblir et sans l’exagérer. L’inexactitude du langage révèle une intelligence incertaine et sans vigueur.

L’irrésolution est le défaut des imaginations vives et des faibles intelligences. Leur jugement n’est ni assez net ni assez sur pour distinguer promptement ce qu’elles doivent préférer.

L’espérance du bonheur est une si douce chose, que beaucoup d’esprits, d’ailleurs raisonnables, s’abandonnent, avec la plus étonnante légèreté, aux illusions qui leur plaisent. Les llalleurs et les charlatans trouvent toujours des dupes.

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