DK S PRINCIPALES QUALITÉS DE L’ESPRIT
g 1. — Clarté île l'esprit.
Les esprits les plus clairs sont ceux qui comprennent le mieux et se font le mieux comprendre.
L’une des plus vives satisfactions que puisse éprouver un esprit clair est de rencontrer, chez les autres, la clarté de l'esprit.
Dans l’examen d’une question difficile, un esprit clair va droit au point où la lumière s’arrête, écarte les obstacles et fait pénétrer le jour partout où régnait l’obscurité.
Une pensée claire est comme une eau limpide dont on voit le fond, sans en juger d’abord la profondeur.
1 Leibnitz a dit : « Je crois véritablement que les langues sont le « meilleur miroir de l’esprit humain, et qu’une analyse exacte de la « signification des mots ferait mieux connaître que toute autre chose les « opérations de l'entendement. » Cette analyse nous semble aussi un moyen d'apprécier sûrement les qualités et les imperfections de l’esprit, et de nous rendre compte de tons les penchants cl de tous les mouvements du cœur et de lame. C’est l’objet principal de cet ouvrage.
CUAP1TRE 11.
g li. — Rerliluile île l'esprit.
La rectitude de l'esprit est la faculté d'apprécier sainement les choses. Le 1 km sens dans les jugements, la sagesse dans la conduite et la prudence dans les relations de la vie en sont les fruits ordinaires. 11 semble impossible que la rectitude de l'esprit ne soit pas accompagnée de quelques 'qualités du cœur. Voir juste, c’est reconnaître le bien; et le reconnaître, c'est presque l'aimer.
Un homme d’un esprit juste réfléchit avant d’agir. Il combine ses pensées, ses paroles et ses actions de manière à les maintenir dans une parfaite unité, et à les diriger fermement vers le but qu’il veut atteindre. 11 voit, en toutes choses, des rapports ou des contrastes, et pourquoi elles doivent être en tel lieu plutôt qu’en tout autre. Rien ne sort de ses mains pour tomber au hasard. Un déplacement est toujours, dans sa pensée, une disposition meilleure. L’ordre est le raisonnement appliqué.
Le meilleur esprit n’est pas celui qui a le plus grand nombre d’idées, mais celui qui a le plus grand nombre d’idées justes. Souvent l’imagination embarrasse le jugement et nuit à la rectitude de l’esprit.
Le naturel et la simplicité accompagnent presque toujours les grandes qualités et surtout la rectitude de l’esprit : la prétention peut eu faire supposer l’absence; car on n’éprouve guère le besoin de montrer que l’on a ce qu’on est sûr d’avoir.
11 n’est pas une pensée vraie qui ne soit en germe dans tous
DE L’HOMME INTELLIGENT, les bons esprits. La circonstance qui la leur révèle est comme le coup qui fait jaillir l’étincelle du silex.
On a plus ou moins de confiance en son propre jugement. N’y pas croire serait se reconnaître idiot ou insensé, par conséquent avoir une opinion, et, en ce point au moins, avoir foi en sa raison. Nul ne s’en croit donc tout à fait dépourvu. Mais un esprit droit apprécie lui-mème sa portée. Sur de son regard, jusqu’à une certaine distance, il le sent trop faible pour aller au delà.
^ La rectitude de l’esprit, jointe à une certaine délicatesse de l’âme, donne le goût, c’est-à-dire la faculté de discerner le beau. C’est surtout au bon goût qu’on reconnaît le bon esprit.
DE QUELQUES IMPERFECTIONS ET DE QUELQUES TRAVERS DE L’ESPRIT, g. I. — Paresse de l’esprit.
La paresse de l’esprit est la répugnance d’une Ame dominée par les sens pour toute application soutenue. C’est une sorte de personnalité insouciante que la langueur, et plus souvent l'instabilité des idées, retiennent dans l’inaction. La paresse n’ exclut pas les facultés brillantes, ni les pensées ingénieuses : mais elle laisse sommeiller les unes, et craint la peine d’exprimer les autres. Vaincue, un instant, par le devoir, la nécessité ou la passion, elle retrouve avec bonheur sa paisible indolence.
L'ignorance enferme dans un cercle étroit les intelligences paresseuses; et, si elle leur permet quelquefois de produire des œuvres délicates, elle leur ôte le pouvoir d’élever aux sciences et aux lettres aucun monument durable.