CHAPITRE II
1’unilé intellectuelle delà vie; c’est une lumière rétrograde qui fait briller les points sailjauls des soutiers parcourus; c’est l’ institutrice de lame, la gardienne des trésors de l’esprit et la source de la plupart de nos sentiments bons ou mauvais, tels que l’affection, la reconnaissance, le repentir, la rancune, la haine. Sans la mémoire, l’àmc, absorbée tout entière dans chaque sensation, n’aurait ni l’expérience du passé, ni la prévoyance de l’avenir, ni le sentiment de la conservation, ni la faculté de comparer, partant de distinguer le vrai jdu faux, le bien du mal. Privée de la conscience d’ellc-mcme, elle serait comme le timbre qu’un choc fait vibrer, et qui n'en garde aucune impression. Sans la mémoire enfin, l’intelligence ne serait qu’un éclairdaus la nuit.
L’oubli est une défaillance de l’esprit; la mémoire en est le mouvement vital.
Il semblerait que la mémoire et l’intelligence empiètent souvent l’une sur l’autre. Ou voit, en effet, des hommes d'une grande mémoire avec peu d'intelligence, et des hommes d’une grande intelligence avec peu de mémoire. Les tètes le mieux organisées sont celles qui réunissent ces deux facultés au plus haut degré *.
Mémoire, faculté précieuse pour l’esprit, mais souvent funeste pour le cœur, c’est loi qui, dans la vieillesse, nous ramenant sur nos pas, nous montres, eu images sensibles, nos espérances déçues, nos joies évanouies, nos affections éteintes,
1 Charron dit, d'une manière beaucoup trop absolue (liv . I, cli. xiv) : « ... Par raison cl par expérience, l'excellence de la mémoire esl ordi- « naircuicnt avec la faiblesse du '«en* ou entendement. » La plupart de? hommes de génie ont eu une mémoire remarquable
loi
DE L'IIOMME INTELLIGENT.
et qui ranimes nos douleurs, nos regrets, peut-être nos remords! A l'aspect de cette roule jonchée de tant de débris, notre cœur se serre, notre poitrine est oppressée, les sanglots nous étouffent, et, si nous n’y retrouvions aussi nos actions louables, nos sentiments généreux, nous serions irrésistiblement poussés au désespoir. Les âmes, même les plus riches en bons souvenirs, lie reculent guère vers le passé, sans éprouver bientôt le besoin de se rejeter vers l’avenir, où elles n’aperçoivent, pour prochain refuge, qu’uue tombe, et par delà qu'une espérance.