‹ Étude de l'hommeChapitre 90 sur 235 · CHAPITRE IF · texte numérisé non relu

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développée ou moins exercée. Le corps s’empare de toutes les forces que l’esprit abandonne, et les emploie à la satisfaction des sens. L’enfant, dont les organes croissent et ont besoin d’aliment, n’obéit d’abord qu'à ses instincts physiques; mais l’empire de ceux-ci diminue à mesure que l’intelligence étend le sien. Ni l’un ni l’autre ne doit cire exclusif. Contenir le» penchants physiques, voilà le premier soin de toute éducation sensée. Mais combien d’obstacles ne rencontre-t-il pas! Cherchezvous à les vaincre, vous êtes un tyran ; les tolérez-vous, c’est trahir votre devoir; c’est mériter qu’un jour vos enfants euxmêmes, perdus par votre faute, se lèvent pour vous accuser.

Iæs enfants sont naturellement personnels, exigeants, ingrats, colères et gourmands. La faiblesse des parents fait de ces dispositions autant d’iiabitudes.

g 111. — Comment l'éducation intellectuelle et l’éducation morale peuvent marcher ensemble.

Dès que l’intelligence commence à poindre, on doit éveiller la conscience et les habituer toutes deux à une intime union, à une mutuelle dépendance. Les lumières qu’elles se communiquent, produisent d’ordinaire, pour premiers avantages, l'honnêteté naturelle et la moralité pratique.

Plus l’accroissement du corps approche de son terme, plus l’éducation de l’âme réclame de soins et de vigilance. Étendre et orner l’esprit est un point important; fortifier la raison et inspirer le goût du bien est un point plus important encore. Ces deux parties de l’éducation se prêtentdes secours réciproques. La science n’est pas seulement un moyen de contenter notre curiosité, ou de trouver dans la nature quelques éléments de bien-être : elle est encore une connaissance plus ou moins étendue de l’ordre et de la vérité. Or, avoir une idée de l’ordre et de la vérité, c’est sentir qu’on doit les prendre pour règles de sa vie. L’élude bien dirigée peut donc perfectionner à la fois l’intelligence et le cœur. Mais l’homme, si avide de connaître tout ce qui est hors de lui, est d’ordinaire peu empressé des’é-

tuilier lui-même. Il est vrai que l'éducation généralement en usage ne le mène pas fort loin dans l’appréciation morale de ses sentiments, ni de ses actions; et que, si elle dispose la jeunesse à prendre quelque souci de scs penchants, de ses goûts et de ses passions, c’est rarement pour lui apprendre à les dominer. Pourquoi tant d’indifférence sur un sujet si digne d’une sérieuse attention? La raison qu’on pourrait en donner est que les parents, les maîtres et les élèves redoutent également une tâche longue et difficile; et qu’il leur semble beaucoup plus commode de s’occuper exclusivement des connaissances nécessaires aux professions lucratives ou brillantes. Quand on abandonne au temps et aux circonstances le soin de l’éducation morale, on doit prévoir ce qu’elle sera. Sans attaquer ouvertement cette tendance fâcheuse, on pourrait y remédier un peu, en cherchant, dans les études littéraires, autre chose qu’un moyen d’exercer et d’agrandir l’intelligence. N’y a-t-il donc, dans les chefsd’œuvre qu’on nous offre pour modèles, que d’ingénieuses créations de l’imagination, que des sentiments énergiques, que des pensées fortes ou délicates, qu’un style noble et harmonieux ! Oublie-t-on que les plus grands génies, philosophes, historiens, orateurs, ou poètes, ont tous déposé, dans leurs écrits, les fruits d’une profonde étude du cœur humain? Les anciens nous fournissent, sous ce rapport, de précieux sujets de méditation. Parmi les modernes aussi, combien d’écrivains à citer, seulement pour la France; et, dans leurs ouvrages, quelle variété de vues et quels enseignements, pour le maître et pour l’élève! Montaigne ouvre à l’un et à l’autre un vaste champ d’étude. Mais, si un esprit mûr peut l’y sqivre, avec la certitude d’y trouver et profit et plaisir, une jeune imagination doit être mise en garde contre les hardiesses de son scepticisme et (comme il dit) de sa bouche effrontée. Sans se dégager complètement des préjugés de son époque, Montaigne, avec son esprit railleur et son langage à la fois énergique et naïf, met à nu et fustige de dangereuses erreurs. 11 examine le cœur humain sous tous ses aspects et dans tous ses mouvements. Puis, après les avoir décrits, plus incertain que jamais sur le sens moral de

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