III. — LA RÉSISTANCE AUX RÉINOCULATIONS
Après disparition spontanée de la parasitémie, le rat guéri «celiniquement » est réfractaire à une nouvelle inoculation, fait essentiel dont il faut analyser les modalités.
A. Réinoculation de faibles quantités d'hématozoaires.
21 rats ont été inoculés avec des doses faibles de globules rouges parasités (de 100.000 à 5 millions), et ensuite examinés chaque jour : 3 ont eu une simple «sortie» d'hématozoaires après quelques jours, un seul a présenté pendant. 5 jours une parasitémie faible (inférieure à 1 p. 1.000) ; chez les autres rats, l'examen du sang a toujours été négatif. La répétition des injections à doses faibles ne donne pas des résultats réguliers : il peut y avoir échecs successifs des réinoculations, ou «sortie» d’hématozoaires à la deuxième réinoculation alors que la première n'avait rien provoqué, ou légère apparition de parasites à la première réinoculation seulement mais non aux suivantes.
Par ailleurs, nous avons signalé plus haut que les mêmes échecs de réinoculations ont été observés chez le Rat blanc par les autres chercheurs (CORRADETTI, RAFFAËLE et Bazni).
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B. Réinoculation de quantités importantes d'hématozoaires.
Devant cette résistance de l'animal, qui paraissait absolue aux doses courantes, et bien que Vincxe et Van DEN BULKE£ n'aient obtenu aucune parasitémie avec réinoculations de doses fortes chez le Rattus rattus, nous avons eu recours à des injections intrapéritonéales de quantités «massives» de. globules rouges parasités (de 200 à 800 millions) selon la technique décrite par G. Fapranr et R. VarGuES et qui, chez le rat neuf, supprime la période prépatente, provoque une parasitémie qui le lendemain de l'injection atteint 1, 2 où 3 p. 100 [321. L'injection intracardiaque [951 offre les mêmes réponses mais, étant difficile à pratiquer, nous ne l'avons utilisée que chez quelques animaux.
Cette technique offre ici un double avantage : elle permet de provoquer dès l'injection (intracardiaque massive), ou dès les premières heures (intrapéritonéale massive) une parasitémie visible microscopiquement et que l’on peut suivre dès lors ; elle permet, d'autre part, de constater s'il y a multiplication des hématozoaires injectés ou simple passage sans multiplication.
Pour constater cette multiplication, une précaution est indispensable : il faut choisir pour l’animal donneur un rat à l’acmé de son infection. À ce moment, en effet, les hématozoaires parasitent presque uniquement (et multiparasitent) des globules rouges polvehromatophiles, franchement colorés en bleu-violet par le Giemsa et dont la taille est nettement supérieure à celle des hématies mûres d'un rat normal. Lorsque ces globules rouges polychromatophiles volumineux et multiparasités apparaîtront dans la circulation du rat testé, ils seront aisément reconnaissables : et lorsque, quelques heures plus tard, des hématies du receveur seront à leur tour parasitées elles s'en distingueront par leur taille normale, leur coloration rosée, leur monoparasitisme. L'apparition de ces dernières sera la preuve qu'il y à eu multiplication des hématozoaires : leur absence, qu'il y à eu simple passage des hématies parasitées injectées, sans multiplication des plasmodies.
‘a) Résultats obtenus durant les premières vingt-quatre heures chez le Rat neuf inoculé de façon massive dans la cavité péritonéale. —— Nous rappellerons d’abord les résultats obtenus chez le Rat neuf, primo-infecté par injection péritonéale massive el suivi, pendant le premier jour, à des intervalles de temps rapprochés. «Les hématies polvehromatophiles de grande taille multiparasitées du donneur apparaissent dans le sang circulant
après une heure, parfois après un quart d'heure. On en trouve alors 1, 2 ou 10 pour 10.000 hématies normales (jusqu'à 1 ou 2 pour 1.000 hématies), puis leur taux décroît, devient très faible à la vingt-quatrième heure et ces hématies disparaissent ensuite définitivement. Dès la troisième heure apparaissent des trophozoïtes jeunes dans des globules rouges acidophiles de petite taille, appartenant done à l'animal receveur. Leur proportion est alors très faible (de 3 à 10 pour 10.000 hématies normales) mais augmente progressivement pour atteindre 2 p. 100 à la vingtquatrième heure ». (G. FaBrant et R. VARGUES) [32].
Exemples :
| Era GRP injectés IP Parasitémie durant les premières 24 heures
ib: (en millions) (GRP p. 10.000 GR) AAA Pc I 6 22 PE ce 7 Ye 180 800 GRP du donneur 1 2 9 10 7 0 GRP du receveur 0 0 1 10 95 200 181 800 GRP du donneur 2 2 8 20 15 20 3 GRP du receveur 0 0 1 20 185 200 184 300 GRP du donneur -0 4 5 5 7 0 GRP du receveur 0 0 5 45 145 200
b) Première série d'expériences : inoculation massive intrapérilonéale chez le Rat guéri de sa primo-infection (41 animaux).
«Les hématies polychromatophiles parasitées injectées « apparaissent dans le sang circulant au cours de la première « heure qui suit l’inoeulation. Leur nombre eroît jusqu'à la « dixième heure, puis décroît et on ne retrouve pratiquement « plus ces formes 24 heures plus tard. Dès la troisième heure « qui suit l’inoculation, une génération plasmodiale nouvelle, « parasitant les hématies de l'animal « receveur », apparaît. Ces « hématozoaires ne sont pas nombreux et disparaissent totale- « ment-en 48 heures » [31].
Ainsi, l’on à une parasitémie qui persiste pendant 48 heures. et il y a multiplication des hématozoaires injectés qui ont pu parasiter des cellules du receveur,
ne
” a 7’ PRE Re D Eee
Jours écoulés Les .
injectés AT Rat guérison te a). Parasitémie (GRP p. 10.000 GR) rime. Hions) aux heures : 1 3 6 15 21 48 72 170 2 300 GRP donneur CRETE 0 0
GRP receveur 1
GRP receveur
230 is 300 GRP donneur GRP receveur
159 7 400 GRP donneur 2041008 1 0 0 1
a [en où ©
ot
ce) Deuxième série d'expériences : inoculation massive intrapérilonéale chez le Rat qui «a subi une ou plusieurs injections périlonéales massives après guérison de sa primo-infection (29 animaux).
On ne voit alors que de très rares hématies parasitées dans le sang, la multiplication des hématozoaires est très faible, persiste le plus souvent moins de 48 heures et parfois ne se produit pas du tout. On peut même ne déceler dans le sang aucun des hématozoaires introduits dans le péritoiné en très grand nombre [31]. ,
Exemples :
Nombre Délai GRP d'IPM | depuis injectés MTL Rat ant lidernière A Parasitémie (GRP p. 10.000 GF) rieures IPM millions aux heures : 1/2: 1 3 6 15 24 48 94 1 LT 400 GRP donneur 0 0 GRP receveur 12 0 78 2 DE 400 GRP donneur (D SE eu TEE GRP receveur OO OO 0 SE 0 93 3 RASE 300 |GRP donneur 0 0 0 0 O0 0 | GRP' receveur HANOUOMROMAOPETO 107 1 Ne 96 2j: 360 |GRP donneur 0 0 0 0 © 0 | GRP' receveur DRE OMOEEDEN DECO
EE ER RQ Gé EE
Si l’on compare les chiffres obtenus chez le même rat entre la première réinoculation intrapéritonéale massive et la réinoculation suivante, on voit nettement que la parasitémie est plus faible à cette nouvelle réinoculation. Exemple, rat 159 :
Heures : 1/2 il ÿ 6 15 24 48 Première IPM ÉRP ‘donneur. 401 2 NIVL0 2 08 0 (27-6) GRP receveur 0 0 10 14 20 1 Deuxième IPM GRP donneur 0 1 1 1 0 0 (3-7) GRP receveur 0 1 0 0 0 0
Rat 159 (GRP p. 10.000 GR)
Si la réinoculation se fait par voie cardiaque (au lieu de péritonéale), les phénomènes observés sont les mêmes, c’està-dire la durée de la parasitémie et la multiplication des hématozoaires est la même que lors d’une injection intrapéritonéale massive : seul le taux de la parasitémie est plus élevé pendant les premières heures. (5 animaux).
Note. — Les exemples que nous avons donnés correspondent à des cas où il ne s'était écoulé qu’un intervalle de temps de quelques semaines entre l'injection massive et la primo-infection, ou entre deux injections massives.
Dans les cas où l'intervalle est de plusieurs mois, le taux de parasitémie peut monter un peu plus, jusqu’à 2 p. 100, et la durée de la parasitémie est un peu plus longue (elle persiste 3 à 4 jours). L'immunité aux réinfections persiste done, mais avec un léger fléchissement : comme elle permettait plus haut d'apprécier des degrés dans le renforcement de l’immunité, l’injection intrapéritonéale massive permet ici d'apprécier des degrés dans le fléchissement de l’immunité.
Exemples :
Chez le rat 61, il persiste une forte immunité 73 jours après guérison de la primo-infectien.
GRP ïinjectés (en millions) 12h. 415 he 08h NE ETS 2 LM AS ER: 800 GRP donneur 1 1 3 10 2 GRP receveur 0 0 il 10 30 10 0
ERP TES
Chez les rats 94, 94 a, 94b et 139, au contraire, il y à une moins forte immunité après 5 à 7 mois que chez les animaux éprouvés par injection intrapéritonéale massive quelques semaines seulement après guérison de l'infection première ou après injection massive de rappel.
Délai depuis Rat dernière IPM ou
depuis dernière
primo-infection
Parasitémie (GRP p. 10.000 GR)
94 (immun) 7 mois DRPAAD 200 EAU 000 D) 94a (hyper- 6 mois AT 50% 7 100,150, 220. 40 immun) 94b (hyper- 6 mois 20 50 200 150 0 immun) 139 5 mois 2. 150. 200 0 Discussion. — Ces injections massives montrent donc :
a) L'existence d'une forte résistance à la réinfection chez l’animal guéri de sa primo-infection. La parasitémie reste faible, ne dure que deux jours (rarement trois ou quatre) ; c'est un tableau sanguin entièrement différent de celui de la primo-infection, aussi bénin et bref que celui de la primo-infection peut être sévère et est long. Si l’on remarque que pour provoquer de de facon constante l’infestation de l’animal adulte et neuf il faut une dose intrapéritonéale de 10.000 hématozoaires, et que pour avoir une apparition d’hématozoaires dans le sang d'animal immun il est nécessaire d'injecter dans le péritoine des chiffres voisins de 300 millions de globules rouges parasités, cela mène à dire que pour vaincre la résistance à la réinfection (et cela d’une façon faible et transitoire) il faut une dose de parasites près de 30.000 fois supérieure à la dose minima infectante pour l’animal adulte neuf. Cela montre en même temps que la résistance n’est pas absolue comme aurait pu le faire croire une inoculation à dose plus faible.
b) L'augmentation de celte résistance à mesure que l'animal
reçoit de nouvelles injections. En effet, le temps de patence diminue, peut même s’annuler dans le cas de la voie péritonéale :
SLTAS 2
on n’a qu'une multiplication beaucoup plus faible, ou pas de passage, véritable refus de l'organisme à l'infection. C’est ainsi que chez nos prémunis nous avons observé un passage et une multiplication transitoire mais relativement forte [61, 159, 170. tandis que chez nos hyperimmuns la multiplication ‘a été encore plus faible et très brève {159}, ou il y a eu passage sans multiplication [78] ou pas de passage [93, 107].
ce) Gette technique permet d'envisager la notion de «degrés » d'immunilé, ces degrés étant représentés par le temps plus ou moins long de la parasitémie, le plus ou moins important développement des hématozoaires chez l'hôte. On a ainsi la «possi- « bilité d'introduire dans la recherche immunologique des tests « quantitatifs dimmunité » (G. Faprant et R. VarGues) [31]. d) D'où apparaît la possibilité d'étudier les variations, les fléchissements éventuels de l’immunité à mesure que s’allonge le temps depuis la guérison ou la réinoculation.
Commentaires. — Les avantages de cette technique d’inocu-
lation massive sont les suivants :
— on met en évidence une très faible réceptivité qui ne se serait pas manifestée avec un inoculat faible ;
— on obtient un résultat rapide (l'épreuve se juge en 24 heures ou 48 heures), avant que l'introduction de parasites ait pu réveiller, done modifier, l’immunité ;
— on obtient des résultats mesurables, pouvant être chiffrés, et échappant ainsi aux erreurs d'une appréciation subjective.