IT. —— IMMUNITÉ CROISÉE
L'animal ou l'Homme qui à subi une première infection palustre possède un certain degré de protection contre une nouvelle infection par la même souche de Plasmodium. Cette immunité peut exister aussi entre souches différentes d'une même espèce, très forte pour les Plasmodium aviaires, moins régulière et plus ou moins marquée pour les hématozoaires humains ou simiens.
Nous avons recherché si, chez le Rat blanc, cette immunité croisée existe entre deux souches de Plasmodium berghei, souches T'et IF, présentant quelques différences entre elles, car la deuxième est en général moins virulente et produit encore des gamétocytes. La souche TI est la souche Keyberg 17 que nous à procurée le P' Dupois, d'Anvers; la souche IT nous a été donnée par le D' Scanemer, de Paris. Rappelons que le Rat blane spontanément guéri d’une primo-infection palustre ne présente plus de parasitémie importante après une nouvelle inoculation de la souche homologue. |
Avec G. FaBrani, nous avons étudié cette immunité croisée, soit en essayant de réinfecter des animaux spontanément guéris d’une infection première ou hyperimmuns (dont l’immunité avait été renforcée par des injections ultérieures de parasites). soit en recherchant si une première épreuve d’immunité croisée (avec la souche hétérologue) avait renforcé limmunité pour la
souche homologue responsable de l'infection première [33].
4. Recherche de l'immunilé croisée. Quatre rats immunisés contre la souche I, par guérison spontanée de l'infection première (219, 222), ou hyperimmunisés (94 à, 94b) ont été éprouvés avec la souche hétérologue IT : de même trois rats immunisés contre la souche IT (S 20, S55, S 56) ont été inoculés ‘avec la souche I.
L'injection d'épreuve a été faite selon la technique de routine qui sert pour l'entretien des souches : prise d’une goutte de sang à la queue d’un rat infecté et injection dans le péri-
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toine du rat à éprouver. Cette petite quantité de sang qui correspond à quelques millions de globules rouges parasités, suffit à produire régulièrement le développement d’une infection chez des rats neufs après un temps de prépatence de quelques jours. Seul le rat S 20 a reçu 700 millions de globules rouges parasités.
Chez aucun des T animaux ainsi éprouvés, une nouvelle infection ne s’est développée. L'immunité eroisée est donc manifeste.
2. Analyse du phénomène de l'immunilé croisée : les degrés de l'immunité. Nous avons alors eu recours, chez 2 des animaux précédénts et chez 16 autres rats, tous déjà immunisés, à l'injection intrapéritonéale de quantités très importantes de globules rouges parasités (de 300 à 700 millions), technique qui, comme nous l'avons longuement expliqué, permet de suivre le sort des hématozoaires inoculés puisque peu après l'injection intrapéritonéale il existe dans le sang circulant un nombre suffisant de globules rouges parasités pour qu'on puisse les voir facilement au microscope.
a) 8 rats immunisés contre la souche I ont été éprouvés par des injections intrapéritonéales massives de la souche IT. Quatre éventualités ont été observées : (1) absence de passage décelable dans le sang des globules rouges parasités : 1 (n° 139) : (2) passage de globules rouges parasités dans le sang, mais pas de multiplication déeelable : 1 (218) : (3) passage suivi de multiplication des hématozoaires nendant 24 heures : 3 (160, 295, 228) ; (4) passage suivi de multiplication pendant 48 heures : 3 (94 a, 94b, 250).
b) 10 rats immunisés contre la souche IT ont été éprouvés par des injections intrapéritonéales massives de la souche I: Les résultats ont été les suivants : (1) absence de passage dans le sang des globules rouges parasités : 3 (824, S95, $ 28) ; (2) passage des globules rouges parasités, non suivi de multiplication : 0 : (3) passage suivi de multiplication pendant 24 heures : 4 (815, S 16, S 17, S 20) ; (4) passage suivi de multiplication pendant 48 heures : 3 (S19, S 31, S 72).
Nous avons done observé une immunité totale (ce qui correspond aux deux premières éventualités) chez 5 rats, et chez les 13 autres une faible multiplication des hématozoaires : mais cette multiplication est de brève durée ‘et peu importante, ne produisant malgré le grand nombre des parasites injectés qu’une parasitémie discrète toujours très inférieure à celle que produit l'infection d’un animal neuf.
Qi
Nous retrouvons donc là les degrés de résistance à la surinfection que nous avons décrits lors de la réinoculation de rats avec la souche responsable de l'infection première.
Enfin signalons que la résistance à la souche hétérologue n'est pas plus faible que celle acquise pour la souche homologue.
3. Renforcement de l'immunité (contre la souche responsable de l'infection première) par l'épreuve d'immunilé croisée.
6 rats guéris d’une infection par la souche IT ont été éprouvés avec la souche T, puis avec la souche Il, toujours par la iechnique des inoculations intrapéritonéales massives. Nous avons comparé pour chaque animal le résultat de ces deux épreuves successives d’immunité. Chez ces 6 animaux, la première épreuve d'immunité croisée {avec la souche P) avait fait constater une légère multiplication pendant 24 ou 48 heures. La deuxième épreuve, avec souche IE, à montré les modifications suivantes : (1) pas de passage des globules rouges parasités dans le sang : 1 (S 20) ; (2) passage mais non suivi de multiplication : 2 (S 16, S 19) ; (3) passage suivi de multiplication, mais pendant un temps plus court que lors de la première épreuve : 3 (S 17, DATES):
Il y a done eu dans tous les cas renforcement d’immunité.
Conclusion. — Les expériences entreprises chez 25 rats montrent qu'il existe une immunité, croisée entre deux souches de P. berghei, immunité mise en évidence par la résistance à la surinfection par la souche hétérologué. La technique des injections intrapéritonéales massives permet d'analyser ce phénomène, de retrouver dans cette immunité croisée les mêmes degrés que lors d'une surinfection par la souche plasmodiale qui a provoqué l'infection première et de constater qu'à la suite de l'épreuve croisée il y a renforcement de la résistance à la souche responsable de la primo-infection.
Ces résultats doivent être rapprochés de ceux que VinCkE et Van pen BuLcke ont obtenu chez Rattus rattus. Chez 12 animaux, réinoculés avec une autre souche 69 à 372 jours après leur première impaludation, il y eut trois rechutes (2 légères,
{ mortelle). Avee 13 autres Rattus raltus réinoculés avec du sang et des broyats d'organes de souris infectées, il y eut 2 cas de très faible parasitémie, 7 cas d'infection légère (1 à 10 para-
sites par champ durant 5 ou 6 jours), 2 décès [99].