B. -— L'IMMUNITÉ NATURELLE
Il existe, même dans les espèces les plus réceptives aux hématozoaires, un certain degré d'immunité naturelle, innée, qui aboutit à la destruction d'un certain nombre d’hématozoaires introduits dans l'organisme et ensuite d’une proportion plus ou moins forte de mérozoïtes libérés à chaque rupture de rosaces.
Un mode d'exploration, mis aù point et très employé par les auteurs américains (W.H. et L. G. Tariarerro, Boyp et ALLEN, HARTMANN, CANNON), a permis de mettre en évidence l’immunité naturelle (due à des facteurs non spécifiques) et d'étudier ses effets sur le parasite dans les paludismes simiens et aviaires. Nous nous inspirerons pour la rédaction de ce paragraphe principalement des publications de W.H. et L.G. Tariarerro. Leur technique de base est la suivante : elle consiste à établir ie nombre moyen de mérozoïtes produits par les rosaces à chaque cycle, la durée du cyele et le taux de la parasitémie. Le décompte des mérozoïtes et la connaissance de la longueur du cycle asexué fournit le taux de reproduction des parasites ; et en comparant à ce dernier le pourcentage des parasites contenus dans le sang, on infère le taux de survivance ou de destruction des mérozoïtes libérés à chaque segmentation. Une destruction de mérozoïtes indique un effet «plasmodicide »; une diminution du nombre des mérozoïtes par rosace indique l'action de facteurs qui inhibent la reproduction : «reproduction-inhibiting effect ». :
Evidemment, ce taux de destruction n'est pas le même avec les diverses espèces d'hématozoaires ; au tout début de l’infection, le nombre de parasites qui meurt représente environ les 2/3 des mérozoiïtes formés dans les rosaces chez P. brasilianum, P. lophurae et P. cathemerium : le 1/3 chez P. gallinaceum ; chez P. cynomolgi et P. knowlesi la survivance des parasites est pratiquement de 100% au commencement de l'infection, puis elle décroît rapidement jusqu'à atteindre un chiffre extrêmement bas.
Ce pouvoir «plasmodicide » n'est pas dû à la rate comme il découle des résultats observés sur la parasitémie : d’une part après splénectomie précédant l’impaludation par P. lophurae ou P. gallinaceum (TEerz1AN, TALIAFERRO), d’autre part après stimulation de la rate (en même temps que de tous les autres organes lympho-macrophagiques) de manière non spécifique par du sérum de mouton. Le blocage du système réticulo-endothélial
par injection’ intraveineuse de globules rouges (GINGRICH, avec P. cathemerium chez le canaris), la destruction des lymphocytes par moutarde azotée (W.H: et L.G. TALIAFERRO avec P. gallinaceum et P. lophurae) n'affectent pas non plus l’immunité naturelle.
Le mécanisme de cette plus ou moins grande résistance innée n'est done pas élucidé. Toutefois, on a pu constater dans certains cas que la réceptivité de l'organisme est liée à une affinité plus grande des parasites pour les hématies müres ou, au contraire, immatures (réticuloeytes) ; nous y reviendrons plus loin.