‹ Etude de l'Immunité dans le Paludisme Expérimental du Rat BlancChapitre 66 sur 81 · C. — L'IMMUNITÉ ACQUISE · texte numérisé non relu

C. — L'IMMUNITÉ ACQUISE

1. Lorsque apparaît l'immunité acquise au cours de l'accès de primo-infeetion, le taux de destruction des parasites augmente considérablement. La phagocytose joue un très grand rôle £t se manifeste surtout dans le foie, la rate, la moelle. On assiste, au moins au moment de la crise (quand elle se produit), à une diminution du nombre des mérozoïtes par rosace. Il y a apparition dans le sang de formes de souffrance («erisis forms »), c'est-à-dire d’hématozoaires présentant des anomalies tinetoriales et morphologiques dues sans doute à une diminution de leur vitalité.

2, 4) Le temps nécessaire pour la constitution de l’immunité acquise diffère selon les espèces plasmodiales. L'immunité s'établit rapidement avec P. lophurae, avec quelques infections à P. brasilianum : progressivement, graduellement avee P. gallinaceum, P. cathemerium, P. cynomolgi.

b) Variable aussi suivant les espèces est le degré de cette immunité. C’est ainsi qu'il est bas chez P. cynomolgi et si faible chez P. knowlesi qu'il n'empêche pas la mort de survenir. P. vivax, P. malariae, P. brasilianum ne donnent qu'une faible et courte immunité ; par contre, P. cathemerium et P. lophurae produisent une très forte immunité.

c) Cette immunité acquise est le plus souvent très étroitement spécifique, à tel point même que parfois elle n'existe que vis-à-vis de la même souche. Mais il faut remarquer que cette étroite spécificité se voit surtout chez l'Homme et le Singe ; chez l'Oiseau, on a souvent trouvé une immunité pour un Plasmodium d’une espèce différente.

3. Dans cette immunité acquise, un rôle important est joué par des organes ou des systèmes cellulaires qui n'interviennent pas dans l’immunité naturelle :

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a) Au premier plan se situe la rate. En l'absence de rate, par exemple, la guérison ne survient pas dans le paludisme à P. gallinaceum (Tazrarerro), l'infection est généralement plus sévère chez diverses espèces de singes impaludés par P. inui (Krisanan). Enfin il est à peine besoin d'insister sur les rechutes qui se produisent après splénectomie observées tant en pathologie expérimentale qu'en clinique humaine.

b) Le système réticulo-endothélial : le blocage au moyen d'hématies étrangères diminue l'immunité acquise (Ginerice, avec P. cathemerium, en 191).

c) Les lymphocytes : la moutarde nitrogénée, qui provoque une fonte des lymphocytes, provoque aussi un fléchissement de l’immunité spécifique (W.H. et L. G. TaLiarERRo, avec P. galinaceum et P. lophurae).

4. Mécanisme de l’immunité ‘acquise. Comme dans toute maladie infectieuse, on a mis en évidence un mécanisme cellulaire et un mécanisme humoral. Le rôle cellulaire a pendant longtemps été le seul connu ; l’action humorale, démontrée de facon péremptoire depuis peu, est encore en pleine étude.

a) BASE CELLULAIRE de l’immunité antimalarique. L’importance de la phagocytose est montrée :

— macroscopiquement par l'augmentation considérable du volume de la rate. C'est ainsi que chez les passereaux infectés par P. relictum le volume de la rate passe de #4 mm X 0,4 mm à 12 mm X 6 mm par exemple, et son poids peut atieindre plus de 50 fois son poids primitif (Edm. Sercenr) [70]. Cette hypertrophie splénique est due non seulement à une congestion de l'organe mais aussi à une hyperplasie réticulo-endothéliale, donc de cellules douées d’aptitudes phagocytaires.

— histologiquement, par l'étude des tissus (surtout de la rate) chez des animaux impaludés sacrifiés à des stades variables de leur primo-infection ou en cours de leur réinoculation. Ces études (Cannon et TarrarerRo avec P. cathemerium et P. brasilianum) montrent un grand accroissement de la phagocytose au moment de l'acquisition de l’immunité et lors des surinfections chez les animaux immuns. Les cellules impliquées dans la phagocytose sont des macrophages ; exceptionnellement on voit quelques figures de phagocytose par des leucocytes polynucléaires. L'origine principale de ces macrophages est rapportée par quelques auteurs (TaLrAFERRO et CANNoN) au système Iymphoïde, d'où l'expression de système lympho-macrophagique qu’emploient ces auteurs.

b) Base numoraLe de l’immunité acquise.

__ L'existence de facteurs humoraux a été pour la première fois mise en évidence de façon certaine lorsque CoGGEsHALL et Kumm (1937) ont réalisé une protection du singe Rhesus infecté par P. knowlesi au moyen de sérum d'animal immun. Depuis, d'autre travaux ont montré que dans quelques autres paludismes animaux un tel mécanisme intervient.

—— Les recherches sur la nature des anticorps efficaces à permis de mettre en évidence in vitro des opsonines dans le sérum de poulets hyperimmunisés par surinfections répétées avec P. gallinaceum et P. lophurae (Zuckermanx 1945). Elles

expliquent sans doute la phagocytose intense au cours de l'immu-

nité acquise. Mais, à propos de ces opsonines trouvées par ZuckEerMaNx, Tazrarerro, au IVe Congrès International de Médecine Tropicale et du Paludisme, écrit qu’elles «agissent comme des isohemopsonines et pourraient résulter de ce que cet auteur emploie des transfusions sanguines d'un poulet à l’autre au cours de ses techniques d’immunisation ».

— On a démontré aussi in vitro la présence d’agglutinines spécifiques d'espèce (Earox, 1938, avec P. knowlesi) ; on les retrouve dans divers paludismes ; elles agiraient seulement sur les parasites de grande taille, c’est-à-dire près de leur maturité.

. 5. Durée de l'immunité et durée de l'infection.

a) DURÉE DE L'INFECTION. La durée de Ia persistance du

Plasmodium dans l'organisme est variable dans chaque espèce

plasmodiale et souvent difficile à établir ; mais l'infection latente finit par disparaître après un temps plus ou moins long.

Chez l'Homme, comme l’indiquent R. Manpouz et A. PESTRE.

«le paludisme à P. falciparum est une maladie aiguë qui s'éteint:

dans le courant de l’année qui suit l’impaludation. Le paludisme à P. vivax provoque une infection latente d'une durée moyenne de deux ans. Dans le paludisme à P. malariae, l'infection latente peut se prolonger davantage avant de disparaître spontanément » [56]. De même E. Brumpr écrivait : la longévité du P. falciparum dans l'organisme «est assez faible : on peut admettre qu'il disparaît spontanément du sang en 6 à 12 mois si les malades ont été retirés de la zone endémique » [8].

Avec le P. cynomogi, l'infection latente durerait un an ; avec

P. gallinaceum jusqu’à deux ans et demi ; avec P. lophurae au moins un an et demi.

va

Dans d’autres cas, le parasitisme survit pratiquement toute la vie de l'animal : chez le passereau infecté par P. relictum. Au cours de milliers d'expériences que nous poursuivons « depuis 47 ans sur le paludisme des oiseaux à P. relictum », écrit Edm. SERGENT, «nous n'avons pas observé un seul cas « de disparition complète de parasites chez les sujets ayant sur- « monté et terminé leur accès aigu de première invasion. Jamais « l'organisme n'est complètement stérilisé. I1 n’est plus malade « mais il reste infecté » [70].

b) DURÉE DE L'IMMUNITÉ. La durée de la résistance aux surinfections est en général d’une durée aussi longue que celle de la persistance du parasite dans l'hôte. C’est en se fondant sur de pareilles constatations que Edm. SERGENT admet que cette immunité est non seulement créée par le parasite, mais entretenue par lui, et que la disparition de ce dernier entraîne la disparition de l’immunité spécifique. A la notion d’«immunité tolérance » proposée par MEsnir, succède done la notion de prémunition, d’une grande portée générale. L'infection latente métacritique est cette « période d'équilibre entre l'hôte et le parasite »: « si l’on inocule au porteur de germes, au stade latent méta- « critique... un microbe virulent de même espèce, ce microbe « virulent n’ajoute pas son action à celle du microbe latent ; «la « place reste au premier occupant». C'est ce que nous avons « appelé la «loi de préséance ». « Pendant cette période de micro- « bisme occulte. l'organisme présente une résistance marquée « aux surinfections, mais, quand il est délivré totalement des « microbes, il redevient sensible à une réinoculation » [70].

Certains auteurs [76] pensent que la résistance aux surinfections persiste probablement un temps variable après la mort du parasite. C’est ainsi que CoccEsHaLz et Maïer, avec P. knowlesi, constatent sa persistance de 3 à 14 mois après complète stérilisation par sulfanilamide ou sulfathiazol. Boy» et al. la retrouvent avec une souche de P. vivax, 3 ans et demi et 7 ans après l'attaque primaire, alors que l’on ne pouvait mettre en évidence la persistance d’une infection latente.

6. Vaccination. Chez l’homme, les essais de vaccination se sont montrés infructueux ou ont donné des résultats diseutables [76].

Chez l'animal, des résultats satisfaisants déjà, ou au moins prometteurs, ont été obtenus ces dernières années. Comme antigène on a utilisé le plus souvent les formes érythrocytaires des hématozoaires, quelquefois aussi des sporozoïtes. C'est ainsi

que GinericH (1941) obtient un haut degré d'immunité, dans le paludisme des canaris à P. cathemerium, en utilisant des hématies parasitées tuées par le formol ou la chaleur. Les résultats les plus réguliers sont ceux obtenus avec l'emploi de facteurs adjuvants de l’immunité. Jacogs utilise comme adjuvant la toxine staphylococcique (P. lophurae) ; en réalisant une émulsion eau dans huile (huile de paraffine et agent émulsionnant type lanoline) de globules rouges parasités tués par le formol, et de bacilles tuberculeux tués et desséchés, de bons résultats sont obtenus par THomson et al. (P. lophurae, P. cathemerium), Freun» et al. (P. knotwtiesi), Corrin (P. lophurae).

Des vaccins préparés à partir de sporozoïtes procurent une immunité partielle dans le cas de P. gallinaceum (MuLLIGAN et al., Russe et al.) contre les infections par sporozoïtes mais non contre les infections transmises par inoculation de sang [76].

1. Immunilé et formes exo-érythrocytaires. La plupart des recherches expérimentales sur les effets antiparasitaires observés dans le paludisme ont été réalisées au moyen des formes sanguines de l’hématozoaire. Mais on commence à se demander si les facteurs agissant sur ces formes possèdent également une action sur les sporozoïtes ou sur les formes exo-érythrocytaires.

C'est ainsi que TaLrAFERRO, au IVe Congrès International de Médecine Tropicale et du Paludisme, signalait que l’on commence à prendre en considération la possibilité de l’existence de différences antigéniques entre les différentes phases de l’'hématozoaire. Il rappelle que M. F. Boyp et Kircnen (1936), SINTON (1940) croient que l’immunité acquise vis-à-vis de P. vivaz et P. ovale chez l'Homme (que l'infection soit provoquée par inoculation de sang ou transmise par sporozoïtes) est dirigée surtout contre la phase érythrocytaire plutôt que contre les sporozoïtes ; que RussELz, MuzLiGan et Mona (1942) ont vu que des poulets, immunisés au moyen de sporozoïtes inactivés de P. gallinaceum, étaient partiellement immunisés vis-à-vis des sporozoïtes mais non contre l'infection transmise par inoculation de sang parasité ; que Hurr et CouLsron (1946) ont récemment établi que des formes pré-érvthrocytaires apparemment normales, mais peu ou pas de formes sanguines de P. gallinaceum, se développent lorsque de grosses doses de sporozoïtes sont injectées dans le derme de poulets, immuns à la suite d'injection provoquée par inoculation de sang parasité ou de sporozoïtes. Pour expliquer de telles différences, on a suggéré qu'il y a des anticorps différents pour agir contre le sporozoïte et contre les formes érythrocytaires.

FR

Toutefois il faut souligner, écrit ailleurs Tariarerro [76], que quelque puisse être l'importance des formes tissulaires dans la genèse de l'infection et dans son maintien durant la période de latence, l’immunité aux formes sanguines possède encore un grand rôle : les formes exo-érythrocytaires ne peuvent procurer une rechuie si l’immunité contre les formes sanguines est suffisamment solide pour tuer les parasites aussitôt qu'ils entrent

* dans le courant sanguin.

Il faut donc distinguer, plus qu'on ne le fait habituellement, les phénomènes d’immunité dans le paludisme naturel où interviennent les formes exo-érythrocytaires, responsables d'une plus longue persistance de l'infection, et le paludisme d'inoculation, où ,seuls les trophozoïtes sont présents chez l’animal (tout au moins chez les Mammifères, car dans les paludismes aviaires d'inoculation de formes érythrocytaires peut aboutir à l’apparition de formes exo-érythrocytaires). Ce sont là des précisions qu'il faut apporter pour éviter des généralisations excessives.

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