‹ Etude de l'Immunité dans le Paludisme Expérimental du Rat BlancChapitre 72 sur 81 · Rôle de la rate · texte numérisé non relu

Rôle de la rate

Sans rôle appréciable dans le mécanisme de l’immunité naturelle, la rate s'avère d’une grande importance dans l’acquisition et la conservation de l’immunité acquise chez le Rat. tout comme dans les autres paludismes. Les techniques d'étude que nous avons employées ont permis de préciser l'importance relative de cet organe à partir du moment où commence à apparaître l'immunité acquise jusqu’au moment où celle-ci est pleinement constituée. Par le fait même, elles nous ont montré la part de plus en plus importante que prennent les facteurs extraspléniques dans le maintien de l’immunité, — une fois celle-ci constituée —, à mesure que les jours passent.

C’est ainsi que la rate apparaît indispensable à la constitution d’une immunité suffisamment forte pour conduire à -la guérison elinique de la primo-infection. Il n'y a pas de guérison si l’ablation de la rate est faite avant l'impaludation

ou au cours de l'accès aigu. L'étude des courbes parasitémiques obtenues quand la splénectomie est pratiquée aux différents stades de l'infection nous a cependant permis de mettre en évidence l’apparition progressive, au cours de la primo-infection, de facteurs immunologiques extraspléniques (qui se sont constitués peut-être sous l'influence de la rate mais peut-être aussi indépendamment d'elle), dont l'importance va en croissant.

Quand l'organisme parasité a pu surmonter la crise de la primo-infection et les conséquences physio-pathologiques de cette infection sévère, et élaborer une immunité spécifique, le fait fondamental concernant le rôle défensif de la rate est le fléchissement marqué de l’immunité provoqué par la splénectomie. Ce réveil du paludisme a été constaté dans tous les cas d'infections plasmodiales susceptibles de passer au stade de latence. H. Gazziarp le rappelait dans une note à la Société de Biologie quand il rapportait ses observations de spléneetomie chez le Rat infecté par P. berghei.

Mais sous une apparente unité des réponses, les résultats peuvent présenter quelques différences instructives selon les circonstances où est pratiquée cette intervention.

Une fois obtenue la guérison «elinique », les expériences de splénectomie pratiquées chez l’immun nous ont montré que les rechutes (1) d’abord presque constantes et très souvent mortelles pendant les trois semaines qui suivent la guérison de la primoinfection, (2) sont ensuite de moins en moins sévères, c'est-àdire ne conduisent plus à la mort mais provoquent un réveil temporaire ou qui passera à la chronicité (3) et enfin ne se produisent plus si un mois environ s’est écoulé depuis la guérison de la primo-infection. Comme nous l'avons fait remarquer alors, ces résultats sont en accord avec les résultats de rechutes (ou d'absence de rechute) observés par les divers auteurs qui ont splénectomisé des rats à des délais variables après guérison de la primo-infection. Nous pensons que ces phénomènes postsplénectomiques indiquent que les facteurs immunitaires extraspléniques (sans pouvoir préjuger s'ils sont humoraux ou dus à des phénomènes de suppléance réticulo-endothéliale) continuent à se développer au cours des mois qui suivent la guérison de la primo-infection.

Les splénectomies faites chez des animaux hyperimmuns ont mis en évidence un renforcement de l’immunité d’origine extrasplénique par les réinoculations, comme le montre lallongement du temps nécessaire à l'apparition de la parasitémie après splénectomie. D'un autre côté, les expériences de surinfection d’ani-

LS

maux immuns Splénectomisés permettent de constater que la résistance aux surinfections est sans doute diminuée chez les animaux privés de leur rate, mais que la courbe de parasitémie est entièrement différente de celle que l'on obtient chez l'animal neuf splénectomisé. Ainsi est montré que, dans la résistance aux surinfections, la rate est largement impliquée et, en même temps, qu'à côté d'elle jouent d’autres facteurs immunologiques indépendants d'elle. Enfin, les expériences de surinfections chez l’immun splénectomisé depuis lengtemps (qu'il ait ou non présenté un réveil, qu'il soit en état d'infection chronique ou qu'il ait guéri cliniquement de sa rechute) montrent la présence chez un tel animal d’un pouvoir de résistance certain aux surinfections, bien que nettement inférieur à celui observé lorsque a rate est présente.

Dans l’un et l’autre cas, l’ablation de la rate peut faire fléchir la résistance naturelle, en élevant le taux des réticulocytes sanguins. Il peut y avoir réveil d'une bartonellose latente, réveil très précoce qui par l’anémie qu'il entraîne provoque la libération d’un grand nombre d'érythrocvtes jeunes. La splénectomie peut aussi retentir directement sur la moelle osseuse : excitation de l’érythropoièse signalée chez plusieurs Mammifères, et en particulier chez le Rat, mais qui ne nous paraît pas constante.

L'étude de la réticulocytose chez le splénectomisé montre le rôle de l’augmentation des réticulocytes sur la courbe de parasitémie : le fléchissement de Jimmunité acquise provoqué par l’ablation de la rate est aggravé par le fléchissement de la résistance naturelle, mesuré par cette augmentation des cellules réceptives ; réciproquement, le rôle de la réticulocytose dans l'allure de la parasitémie confirme que le réticulocyte est un élément important du «terrain». Cette étude montre aussi la persistance pendant plusieurs jours, après splénectomie, d’une immunité acquise importante chez certains animaux (le taux de parasitémie étant nettement inférieur à celui de la réticulocytose), puis le rétablissement d'une immunité d'origine extrasplénique lorsque après un clocher aigu la parasitémie redescend et se maintient au faible degré qui constitue l'infection

chronique, cela malgré la persistance d’une réticulocytose

importante.

Enfin, par ces splénectomies, était mis en évidence le caractère malgré tout irremplaçable de la rate. Comme il ressort de l'existence d'une infection chronique après splénectomie, les facteurs immunologiques extra-spléniques ont la plus grande

difficulté à eux seuls, non seulement à détruire complètement les hématozoaires, mais à les conserver en un état de latence tel que le microscope ne puisse les déceler.

La rate «un des organes essentiels de la prémunition », éerivait Ed. Benuamou [3]; organe indispensable à l'établissement de l’immunité et utile à son maintien, pouvons-nous préciser.

C'est parce que le Rat est un animal vraiment de choix (la splénectomie est chez lui une opération très aisée et réalisable rapidement sur de nombreux animaux) qu'ont pu être faites ces expériences pas toujours aussi faciles à pratiquer en série dans les autres paludismes, expériences qui ont permis d'ouvrir certains aperçus nouveaux sur le rôle, privilégié et relatif à la fois, de la rate dans l’acquisition, le maintien et le renforcement de l'immunité spécifique.

Page 1