‹ Étude de la Colibacillose biliaireChapitre 18 sur 33 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ÉTUDE CLINIQUE à

Nous envisagerons dans cette étude d’une part les observations anciennes où les troubles hépato-biliaires ont été rapportés au colibacille, d’autre part nos observations personnelles. Nous étudierons également les troubles intestinaux trouvés chez nos malades et les relations possibles avec la colibacillurie.

Au point de vue clinique, nous distinguerons deux grandes catégories : les cas aigus, où la présence du colibacille dans la bile semble être transitoire, et les cas chroniques où le colibacille semble fixé sur les voies

. biliaires.

1° Présence transitoire.

Ictères infectieux.

La question de l’étiologie colibacillaire de certains ictères infectieux semble avoir été soulevée pour la première fois par HANor en 1894. Cet auteur rapportait l’observation d’un homme qui avait présenté en quatre ans

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deux crises douloureuses ayant les caractères d’une colique néphrétique et suivie pendant quelques jours d’ictère. La troisième crise avait présenté les mêmes caractères que les précédentes, mais l’ictère avait persisté et le malade était entré à l’hôpital, le quatorzième jour de son infection dans un état d’ictère grave, avec signes nerveux, hémorragies multiples et hypothermie. L’hémoculture, la culture du sang prélevé par ponction du foie et de la rate avaient révélé du colibacille à l’état de pureté ; les urines en contenaient également. Le malade était mort le deuxième jour et l’autopsie avait montré des lésions d’hépatite granulo-graisseuse totale, et des abcès miliaires multiples des deux reins. Il n’existait de lithiase ni biliaire, ni urinaire. Cette observation est intéressante puisqu'elle montre des lésions suppurées des deux reins et permet d’affirmer la réalité d’une infection colibacillaire profonde. En effet, on pouvait se demander si le colibacille n’était pas dans ce cas un microbe de sortie apparu à la phase agonique d’un ictère grave KRENCKER, BRIAN ont également publié des cas semblables. En 1905, à la Société de biologie, SACQUEPÉE et FRAS rapportaient le résultat de séro-diagnostics à l'Éberth, aux para A et B et au colibacille, pratiqués chez des malades atteints d’ictère catarrhal. Sur 16 réactions, 9 furent positives pour ce dernier germe, le sérum des malades agglutinant à des taux très élevés les colibacilles isolés des selles. On peut citer également deux observations rapportées par WipAL, LEMIERRE et BRo- DIN d’ictères infectieux bénins ou l’hémoculture et l’examen des urines révèlèrent le colibacille à l’état de pureté.

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Au bout d’un mois, le sérum de l’un de ces malades agglutinait ce colibacille au 1/500. CARNOT puis SARAILHE et CLUNET et après eux CANTACUZÈNE ont également signalé des épidémies d’ictère à bacille paratyphique anormal. Depuis lors, des observations analogues ont encore été rapportées. Cependant, il convient de faire remarquer que la plupart d’entre elles datent d’une époque où la spirochétose n’était pas encore connue. D'’autre part, on sait que le colibacille est un microbe de sortie qui fait des apparitions fréquentes dans nombre d’affections fébriles. C’est pourquoi, on ne saurait se prononcer d’une façon certaine sur l’étiologie colibacillaire de certains ictères infectieux. Ce sont ces deux points que discutaient également MAY et BouLIN dans un cas d’ictère grave avec septicémie colibacillaire. Il s’agissait d’un homme qui présentait de la diarrhée depuis un an environ et qui fut pris brusquement d’une fièvre élevée et d’ictère. Conduit à l'hôpital, le malade fut examiné dans un état ataxo-adynamique et hémorragipare alarmant. Le foie était gros, la rate percutable, les urines rares et albumineuses contenant de nombreux cylindres et des leucocytes, la fièvre élevée. Le tableau était toutà-fait celui d’une spirochétose grave. Mais ici, toutes les recherches pratiquées dans ce sens demeurèrent constamment négatives. L’inoculation du sang et des urines au cobaye, le séro-diagnostic ne purent faire la preuve de la spirochétose. Par contre, deux hémocultures, faites à quelques jours de distance, décélèrent un colibacille typique. Le malade mourut au quatorzièmé jour et l’autopsie montra une dégénérescence graisseuse totale du

foie avec maximum des lésions dans les espaces périportaux et péri-sus-hépatiques. Dans le rein, les lésions prédominaient sur les tubes contournés. Les auteurs après discussion concluaient à l’étiologie colibacillaire. La valeur de cette observation tient à ce qu’elle date d’une époque où la spirochétose était bien connue et que tous les procédés de laboratoire furent employés en vain pour mettre en évidence cette affection.

Le rôle ictérigène du colibacille paraît donc actuellement très plausible. Si expérimentalement ce rôle n’a jamais pu être démontré de façon précise, il n’en reste pas moins qu’il existe des observations indiscutables où le colibacille était seul en cause et avait réalisé un type d'ictère infectieux. Peut-être ce microbe est-il à lui seul incapable de provoquer l’ictère et suppose l’existence de lésions hépatiques antérieures. Il faut, en effet, noter que dans la plupart des observations rapportées le foie était déjà vraisemblablement touché auparavant. L'éthylisme, en particulier, est noté avec une eur fréquence.

Colibacillose biliaire sans manifestations cliniques.

Nous entendons par là les simples bactériocholies à

colibacille : ces cas doivent être assez fréquents. Nous en

rapportons un qui est particulièrement instructif à ce sujet.

Obs. I, Ros.. Il s’agit d’une femme de 17 ans, primipare,

enceinte de 5 mois, entrée à l’ hôpital pour une pyélonéphrite gravidique ayant débuté quinze jours auparavant. Le tubage

duodénal est pratiqué quatre jours après son entrée et le len-

demain d’une poussée thermique à 400. Il montre la présence

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