‹ Etude de la Floculation du Sérum des Cancéreux par les Méthodes de Vernes: Travail du Centre anticancéreux de Bordeaux et du Sud-OuestChapitre 17 sur 43 · ÉTUDE ANALYTIQUE ET BIOLOGIQUE DES SÉRUMS CANCÉREUX · texte numérisé non relu

ÉTUDE ANALYTIQUE ET BIOLOGIQUE DES SÉRUMS CANCÉREUX

L’étude biologique du sérum des cancéreux touche à trop de domaines pour qu’il soit facile d’en tracer les limites, et l’on trouvera dans ce chapitre des éléments qui occuperaient facilement une place dans l’étude que nous avons déjà faite des propriétés physiques ou chimiques. Nous en avons d’ailleurs averti le lecteur. Les moyens qui nous aideront à parcourir le domaine mal limité de l’analyse biologique sont ou directs ou indirects. Les premiers s’efforceront de rechercher la spécificité dans les sérums. Les seconds, les moyens indirects, tendront à la recherche de propriétés exhaltées, mais qui n’appartiennent point strictement aux sérums des néoplasiques.

La recherche des anticorps spécifiques dans les sérums cancéreux réume les moyens directs et se trouve représentée par trois ordres de méthodes : tout d’abord la méthode des précipitines, ensuite les réactions basées sur la déviation du complément, enfin les méthodes de recherches des anticorps anaphylactiques. Toutes ces méthodes sont en somme des moyens de mettre en évidence les divers aspects de l’immunité dans le cancer, en admettant qu’elle existe.

MARIGLIANO (55) a appliqué la méthode des précipitines aux sérums des cancéreux de l’estomac. Il en aurait obtenu de bons résultats. Les premières applications de la méthode de déviation du complément dans le cancer furent faites par RAVENA (56); KELLING (57) poursuivit des recherches parallèles. DUNGERN (58) et ses élèves ont repris la question

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d’une façon plus complète. Les résultats obtenus par eux, résultats d’ailleurs remarquables, n’ont pas été entièrement confirmés par les autres expérimentateurs. DUNGERN a, dans ses recherches, utilisé successivement trois antigènes : d'abord des extraits alcooliques de tumeurs, puis des extraits acétoniques, enfin, et il paraît alors difficile de parler d’antisène spécifique, des extraits acétoniques de globules rouges, additionnés de carbonate de soude, pour mieux distinguer les sérums cancéreux des sérums syphilitiques. Louis BER- TRAND (59), en 1922, a utilisé parallèlement dans les sérums cancéreux la réaction de Wasserman et une réaction de déviation du complément avec un antigène représenté par des extraits de tumeurs. Il trouve, ce qui est d’ailleurs loin d’être le cas, comme nous le verrons, que, chez les cancéreux, les B. W. son presque toujours positifs et, dans cette majorité de cas la réaction dite spécifique est beaucoup plus intense que dans les cas où le B.W. est resté négatif. MARQUES DE SANTOS (60) fait une étude comparée des réactions de Dungern et de Kottman, cette dernière réaction étant basée sur l’action du fer sur l’albumine cancéreuse. Il considère ces deux méthodes comme susceptibles de donner de bons résultats.

Enfin la dernière des méthodes directes est la recherche des anticorps anaphylactiques. Un animal est sensibilisé par l'injection de substances cancéreuses; on cherche à produire chez lui une crise anaphylactique en lui injectant une substance supposée déchaînante, en l’espèce, comme application diagnostique, l’extrait d’une tumeur prélevée par biopsie chez un individu porteur d’un cancer. C’est PrEtFFER et FINSTERER (61) qui ont appliqué les premiers cette méthode au cancer, en anaphylactisant des cobayes avec du sérum de néoplasiques.

Nous en arrivons aux moyens indirects, mis en œuvre dans l’étude des sérums cancéreux. On a recherché l’index

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hémolytique (KELLING, 57) qui, pour DELBET, WEINBERG et SLAVTCHEF (62) s’élèverait en même temps que le pouvoir antitryptique augmenterait. C’est incontestablement ce dernier qui a retenu le plus l’attention de ceux qui se sont occupés de la sérologie du cancer. Le sérum des néoplasiques possède la propriété de neutraliser, mieux et davantage que les sérums normaux, l’action des ferments digestifs, de la trypsine en particulier. La détermination de ce pouvoir peut être faite par plusieurs méthodes, que l’on trouvera décrites par ACHALME et STEVENIN (63). De nombreux auteurs ont étudié à ce point de vue le sérum des cancéreux, chronologiquement HESS et SaxL (64), WEIN- BERG et Uco MELLO (65), WEINBERG (66), BRAUNSTEIN (67). STUMPKE (68) trouve ce même pouvoir augmenté dans la syphilis. Enfin MERLINI (49) et SURMONT, TIPREZ et DRUART (69) ont étudié parallèlement l’indice antitryptique et la réaction de Boteilho. Tous ces auteurs sont d'accord pour trouver le pouvoir antitryptique augmenté dans le cancer, mais il est difhcile de faire de cette propriété un moyen de diagnostic.

Le pouvoir réducteur du sérum des cancéreux a, lui aussi, donné lieu à de nombreux travaux. Les plus importants sont ceux de Joseph THomas et de Rorro. Ces deux auteurs ont d’ailleurs donné leur nom à deux réactions basées sur l'augmentation du dit pouvoir réducteur chez les cancéreux. Le principe de la réaction de THomas (70 est le suivant: on met en présence : 1°) un extrait de tumeur cancéreuse; 2°) une solution de bleu de méthylène au 1/300°; 3°) le sérum à examiner, le tout en proportions sériées dans des tubes à hémolyse. Le bleu est réduit et décoloré par les sérums cancéreux. Cette réaction a été vivement combattue par Douris, MonNDaiN et BECK (71), qui prétendent que ce serait l’action microbienne des extraits tumoraux qui décolorerait le bleu, et non point l’action réductrice du

sérum. La réaction de RoFFo est basée sur le même principe de modification des fonctions oxyréductrices des sérums cancéreux. La technique en est simple : à 1 cm3 de sérum non chauffé on ajoute 5 gouttes d’une solution de rouge neutre au 1/200°. Avec un sérum cancéreux, il se produit un virage au rouge du mélange. Le sérum doit être recueilli avec les précautions d'usage, et le rouge neutre doit être de marque déterminée (Grübler). Les résultats sont appréciés directement ou par comparaison avec une échelle colorimétrique. On aurait 100 % de résultats positifs dans les cancers profonds ou ecutanéo-muqueux avec une atteinte ganglionnaire, et 60 % dans les cancers cutanés-muqueux sans atteinte ganglionnaire. Nous donnons à la bibliographie une brève nomenclature des travaux à consulter (72 à 75).

Enfin une dernière propriété biologique des sérums can-

céreux, c’est leur action sur la cellule cancéreuse. SIMON CHARLES (E.) et THomas (Walther) (76) ont montré que la cellule néoplasique meurt très rapidement dans le sérum cancéreux. FREUD (77), FLORRA (78) ont repris ces recherches sur le pouvoir cytolytique des sérums cancéreux et aboutissent aux mêmes conclusions. À ces travaux se rattache l’application de la méthode d’ÂBDERHALDEN au diagnostic des néoplasmes. Un mélange d’extraits tumoraux et de sérum est placé dans une boîte en collodion, et l’on recherche ensuite, grâce à un réactif spécial, les peptides et les amines, résultat de l’action du ferment cancéreux (?) sur les protéines de l’extrait. VOLKMANN (79) a appliqué cette méthode dans 200 cas de tumeurs génitales chez la femme; il trouve 187 résultats positifs, mais tous les auteurs sont loin de donner des résultats aussi satisfaisants.

Mais il est temps de synthétiser, si cela est possible, tout cet ensemble de travaux physiques, chimiques et biologiques, que nous venons de passer en revue,

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