‹ Etude de la Floculation du Sérum des Cancéreux par les Méthodes de Vernes: Travail du Centre anticancéreux de Bordeaux et du Sud-OuestChapitre 29 sur 43 · CANCER, SYPHILIS ET TUBERCULOSE · texte numérisé non relu

CANCER, SYPHILIS ET TUBERCULOSE

L’étude sérologique que nous avons faite et dont nous avons donné les résultats dans le chapitre précédent nous amène à envisager les rapports du cancer, de la syphilis et de la tuberculose. Il ne saurait, bien entendu, être ici queslion d’une étude détaillée. Examinons d’abord la question des rapports de la syphilis et du cancer.

Syphilis et Cancer

Nous avons vu, dans notre étude sérologique le faible pourcentage de positivité des réactions spécifiques de la syphilis chez les cancéreux, mais il et bon d’envisager la question sur le terrain clinique. Nous nous sommes conformé dans la prise de nos observations aux conditions d’enquête proposées par LEREDDE (123) sous trois rubriques :

1° Recherches sérologiques. Date de début de la syphilis, si elle existe. Date d'apparition du cancer.

2° a) Antécédents personnels;

b) Etats de santé de la femme (ou du mari), des enfants, fausses couches, mort-nés, morts en bas-âge;

c) Stigmates de syphilis acquise (cutanés, oculaires et nerveux ).

3° Recherche de la syphilis héréditaire.

a) Stigmates de la syphilis héréditaire : ceux de la syphilis acquise et en plus : stigmates dentaires, auriculaires et osseux, malformations diverses;

b) Enquête familiale : ascendants (1" et 2° génération),

collatéraux et descendants.

Les résultats sur nos 58 cas ont été les suivants. Une seule enquête clinique nous a révélé l’existence d’une syphilis acquise antérieure, c’est celle concernant le nommé Duch..., 28491, atteint de néo de la langue, qui avait été traité, et, ajoutons, mal traité, pour une syphilis datant de 35 ans. Au point de vue de la syphilis héréditaire, dans deux cas de cancers cutanés on pouvait peut-être y penser. Dans l’enquête familiale, il est d’ailleurs difficile de remonter au delà de la deuxième génération, et même souvent les malades ignorent jusqu’à la cause de la mort de leurs propres parents. Autant que nous ayons pu recueillir de renseignements, il y a une chose qui nous a particulièrement frappé, c’est la proportion relativement élevée de père ou de mère de cancéreux morts hémiplégiques. Ce fait nous avais d’ailleurs été signalé par notre maître, le professeur agrégé Jeanneney. Sur 200 observations nous l’avons constaté 27 fois.

Envisageant la question du point de vue plus général de l’hérédité, les difficultés deviennent très grandes. On lira avec fruit le remarquable rapport d’Ozenne, à la Société médicale de Paris (séance du 22 décembre 1921). Il y aurait pour cet auteur association du terrain syphilitique et du terrain cancéreux, formant un « état hybride pathologique ». Ce terrain transmis aux descendants deviendrait chez eux un puissant facteur étiologique. C’est en somme la conception de Verneuil démarquée au point de vue terrain.

dar CAS

Pour Quénu, l’hérédité dans Le cancer se réduirait à la transmission de tissus et d'organes ayant des aptitudes semblables. JACQUEMARD et PFEIFFER (115) simplifient la question, en faisant des cancers des « syphilides quaternaires », et la question de l’hérédité du cancer est ramenée à la question de l’hérédité syphilitique. Ils donnent à l’appui de leurs affirmations une série d'arbres généalogiques où l’on voit alterner dans les diverses générations les manifestations spécifiques et le cancer. Il y a très probablement dans cette conception une forte part d’exagération. La question des rapports dans l’hérédité du cancer et de la syphilis est loin d’être résolue. Il reste d’ailleurs à la syphilis un rôle incontestable, c’est celui de tous les facteurs d’irritation locale. Et de par sa fréquence, de par la multiplicité des organes qu’elle est susceptible d’atteindre, elle oceupe certainement une place de choix.

Cancer et Tuberculose

Rokitansky avait nié que cancer et tuberculose puissent évoluer dans un même organisme, mais cette théorie fut vite combattue par Grouzet, Mac Caskey, Boinet (105). Cancer et tuberculose peuvent même évoluer sur un même organe ou un même tissu; le meilleur exemple est le lupus épithéliomateux [thèses de BIbAULT (104) et de DESBONNET (108)]. DuverGÉy et JEANNENEY (109) ont rapporté, en 1921, un cas de tuberculose et de cancer dans un même wanglion. La présence simultanée et le développement du cancer sur une lésion tuberculeuse sont loin d’être rares, par contre le développeemnt de la tuberculose sur un cancer ne se voit pour ainsi dire jamais.

En ce qui concerne nos cancéreux, au point de vue de l'enquête familiale, nous n’avons rien trouvé qui puisse

nous faire considérer le cancer comme plus fréquent dans

LRU

les familles de tuberculeux. Au point de vue clinique, nous possédons un cas intéressant, c’est celui de [a malade n° 28486, qui, présentant de nombreuses lésions bacillaires cutanées et osseuses, a vu apparaître un épithélioma du nez.

L'étude des rapports de la tuberculose et du cancer a été faite par de nombreux auteurs en utilisant d’une part la méthode des autopsies, d'autre part les méthodes statistiques. LuBArsCH (125), cité par Duponr (107) élève de Letulle, donne une statistique portant sur 6536 autopsies faites à Berlin de 1875 à 1887. Il observe 40,8 % de tuberculeux et 8,7 % de cancéreux. Parmi les tuberculeux, 4,4 % étaient cancéreux; parmi les non tuberculeux 11,7 % étaient cancéreux. Sur les 569 cancéreux, 20,6 %'tuberculeux. Sur 5.967 non cancéreux, 42,7 % tuberculeux. Les conclusions sont que chez les non tuberculeux on trouve beaucoup plus de cancéreux que chez les tuberculeux, et que les non cancéreux sont beaucoup plus souvent tuberculeux que les cancéreux. Letulle, sur 225 autopsies de cancéreux, trouve 103 cas de tuberculose associée, l’association la plus fréquente étant la tuberculose pulmonaire (81 fois sur 103 cas). Raymond PEARL (140), au John Hopkins Hospital, utilise parallèlement la méthode des autopsies et les statistiques démographiques. Il à pratiqué 7.500 autopsies dont 816 de cancéreux. L'originalité de sa statistique nécropsique est la constitution de groupes de contrôle semblables comme âge, sexe el race aux groupes d'individus trouvés atteints de la même affection, Nous donnons le résumé de ses conclusions.

1° Près de trois fois plus de lésions actives de tuberculose chez les non cancéreux que chez les cancéreux;

2° Neuf fois plus de tumeurs malignes dans un groupe de 886 non tuberculeux que dans un groupe semblable de sujets présentant des lésions de tuberculose en activité; 3" La conclusion finale est qu’il y a, pour Pearl, antagonisme où tout au moins incompatibilité marquée et définie des deux maladies au point de vue de l’activité.

Nes,

L'auteur signale une conséquence pratique d’une telle conception. L’expérimentation en a été faite avec succès chez le rat. La tuberculisation et la tuberculinisation de rats cancéreux arrêterait l’évolution des tumeurs. Une application de la seconde méthode (tuberculinisation) aurait d’ailleurs déjà été faite chez l’homme, en 1916, par Dabney.

Sans aller jusqu’à l’antagonisme, nous voyons que les rapports de la tuberculose et du cancer paraissent particulièrement lâches. La tuberculose comme la syphilis, mais à un degré moindre, ne peut avoir dans le cancer que le rôle des irritations locales, créant dans les tissus des foyers inflammatoires puis cicatriciels, sources ultérieures de néoplasies. Il ne paraît plus alors nécessaire d’envisager des hybridités de terrain cancéro-syphilitiques ou cancéro-tuberculeuses, conceptions quelque peu finalistes, mais il est bien entendu que la question du terrain cancéreux reste déterminante, sans préjuger de sa nature, dans l’apparition des tumeurs malignes.

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