TUBERCULOSE
La tuberculose est fréquente — 95 % des adultes en seraient atteints d’après les tuberculino-réactions — et son évolution est si capricieuse dans ses manifestations qu’on est tenté de prendre pour un épisode d’origine tuberculeuse une affection pulmonaire bénigne survenant à un moment donné chez un sujet qui, plus ou moins longtemps après, est devenu un tuberculeux avéré.
C’est effectivement ce qui s’est passé dans de nombreux cas.
Dès avant la guerre déjà, la tendance de l’esprit médical était d'étendre exagérément « le domaine de la tuberculose » et pour lutter contre cette tendance, le Professeur SERGENT, dans le « Monde Médical » du 25 juillet 1914, fit une remarquable mise au point de la question du diagnostic de la tuberculose, dans un article auquel il donna le titre que nous avons reproduit.
Déjà, la tendance à attribuer au froid l’origine de la tuberculose pulmonaire avait poussé LAENNEC à écrirer:
« Mais cette cause (le froid) produit beaucoup plus « souvent des catarrhes graves, des péripneumonies « ou des pleurésies qui ne sont point suivies d’affec- « tion tuberculeuse et, de là, on peut penser que
« quand la phtisie vient après ces accidents, les tu- « bercules étaient antérieurs et que leur marche a « été simplement hâtée ou simplement démasquée. »
De l'influence aggravante, il n’est pas question, l'accélération du processus évolutif n’est même pas affirmée d’une façon absolue.
Il faut donc se montrer prudent dans l’imputation à un épisode aigu broncho-pulmonaire du temps de service, une tuberculose survenant dans la suite.
Le Docteur MaymMou, Médecin spécialisé des dispensaires tuberculeux de l’arrondissement de Morlaix, écrivait en janvier 1934 :
« Les plus minimes affections bronchiques ou pul- « monaires aiguës éphémères ont servi de prétexie « à pension.
« Le moindre diagnostic de grippe ou de bronchite « daté du temps de guerre suffit à constituer la pré- « somplion d’origine d’une tuberculose éclose en 1933.
« À peu près toutes les tuberculoses masculines « sont pensionnées par l'Etat. »
En voici deux exemples :
I. Un homme est hospitalisé du 6 novembre au 8 décembre 1918 pour bronchite grippale. Il sert encore près d’un an sans aucune indisponibilité, puis rentre dans ses foyers.
Quatre ans après sa libération, soit près de cinq ans après sa bronchite grippale, il se présente devant une Commission de Réforme.
Le 11 septembre 1933, le diagnostic de tuberculose pulmonaire est posé : Signes cavitaires et bacilles de
Koch dans les crachats, et la pension lui est accordée pour une tuberculose rattachée à la grippe de 1918. II. — Le militaire dont il s’agit fait, au cours de son service, un séjour à l’infirmerie de cinq jours, pour bronchite.
Cinq ans après cet épisode pulmonaire, il se présente devant une Commission de Réforme qui fait
le diagnostic de tuberculose.
Cette affection est rattachée à la bronchite et de tuberculeux est réformé avec une pension de 100 %.
Voici trois autres cas où aucun épisode pulmonaire aigu n’a été constaté pendant le service :
1® observation. — A l’incorporation, on note d’après la
déclaration de l'intéressé qu’il a eu une pneumonie à sept ans.
En novembre 1928, un an après l’incorporation, il est examiné à l’écran et on trouve : un aspect voilé du sommet et du champ pulmonaire gauches, une obscurité du sinus costodiaphragmatique gauche; rien à droite; cœur normal.
On le réforme n° 2 (sans pension) et, cinq mois après sa libération, il se présente devant une Commission de Réforme qui fait le diagnostic de tuberculose et il obtient une pension de 100 %.
2° observation. — Au Conseil de révision le sujet est classé dans le service auxiliaire pour varices volumineuses.
En novembre 1914, une Commission de Réforme le maintient dans le service auxiliaire,
Il n’est appelé sous les drapeaux que le 5 août 1915. Mais le 10 septembre 1915, c’est-à-dire après un mois et cinq jours de service au dépôt, il est réformé n° 2 (c’est-à-dire sans droit à pension) pour varices internes et faiblesse générale.
En 1920, cinq ans après sa libération, il obtient une pension pour tuberculose pulmonaire avec un taux d'invalidité
de 40 %, qui a été porté dans ja suite à 60 % et qui a été obligatoirement fixé à 100 %, si toutefois la pension a été maintenue ! !
3° observation. — Deux Conseils de révision successifs prononcent l’ajournement de l'intéressé.
La troisième année, on l’incorpore avec la mention : constitution faible, sommets suspects (c'était pendant la guerre).
Au bout de deux mois de service, classement dans le service auxiliaire,
Il accomplit trois ans de service sans incident.
Cependant, une Commission de Réforme qui l’examine estime le degré de son invalidité à 10 %.
L’incapacité de l'intéressé à l’entrée au service ne s’est donc pas accrue puisqu'il est admis par la jurisprudence du Conseil d'Etat que le classement dans le Service auxiliaire indique une invalidité qui correspond à ce taux.
Le seul fait de l’évaluation à 10 % ouvre le droit à pension et crée des obligations pour l'avenir.
Ces obligations ne tardent pas à s'imposer et liutéressé, bientôt reconnu tuberculeux, est pensionné à 100 %.
Tout tuberculeux est considéré, en effet, à l'heure présente, comme ayant perdu toute capacité de travail : ceci pour lui permettre d’obtenir une pension assez élevée susceptible de lui assurer un repos Complet et une alimentation abondante.
Sage mesure s’il s’agit bien entendu d’un sujet qui est réellement tuberculeux et dont l’affection a été causée par le service au aggravée par lui.
Le sujet est-il réellement tuberculeux ?
La question est d’importance.
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Pour le sujet lui-même d’abord.
Il est nécessaire par exemple, de distinguer les lésions des gazés de celles des tuberculeux, le traitement des uns et des autres ne devant pas être le même.
M. FLuriAN, dans la « Gazette hebdomadaire des
Sciences médicales » (Bordeaux, 2 septembre 1918)
# affirme que les intoxiqués par les gaz, toujours clas-
sés tuberculeux par les dispensaires d'hygiène sociale, meurent s’ils sont soignés comme tuberculeux.
Il n’est pas moins utile de dépister les dyspeptiques
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qui toussent et qui sont classés tuberculeux.
M. Gabriel LEVEN écrit dans un article de la « Clinique » d'avril 1936 : « Pendant la guerre, j'avais « montré dans des réunions médicales que des sujets « réformés pour tuberculose et trop hâtivement pen- « sionnés étaient des malades curables et ne méri- Fe « tant pas de pension.
« Depuis la guerre, j’ai eu à traiter des cas ana-
« logues, mais les malades guéris se refusaient à
« faire état de la guérison pour abandonner la pen- « sion acquise.
« Le syndrome qui simule la tuberculose est loin
« d’être rare. Rappellerai-je que CASTAIGNE a signalé
« que 16 % de sujets considérés comme tuberculeux
és < sont des dyspeptiques à symptomatologie variée. »
| Au point de vue du Budget, l’erreur de diagnostic
est très onéreuse. Si l’on considère que tous les tu-
berculeux sont assimilés aux blessés complètement
incapables de gagner leur vie, à qui il faut des res-
TYRA INA Pis RAD SENTE