‹ Étude de la morphologie maxillo-dento-faciale et des méthodes appliquées à la réduction de ses irrégularitésChapitre 30 sur 47 · C. Causes mécaniques · texte numérisé non relu

C. Causes mécaniques

Au premier rang de celles-ei, nous devons mettre la perte prématurée des dents trmporaires, c’est une éliologie que les classiques n'omeltent jamais de signaler; elle entrainerait un arrêt de développement des deux maxillaires, ce qui obligerait les dents permanentes à se placer dans un espace trop restreint. Si, comme Île dit le docteur P. Robin, nous pouvions connaître la raison pour laquelle la chute est tardive ou prématurée, nous pourrions savoir quels rapports a cette chute avec les anomalies; ne connaissant pas cette raison, nous ne pouvons établir de rapport.

On a réciproquement incriminé la chute tardive des dents temporaires ; les dents de la 1 * dentition sont rarement assujetties à des déviations anormales pour cette raison que les sacs dentaires déposés dans les gouttières alvéolaires ne sont séparés les uns des autres que par de légères cloisons osseuses qui, elles-mêmes, sont fermées par les gencives auxquelles ces sacs sont adhérents, de telle sorte que, pour paraître, les dents de la 1"° dentition ne trouvent de résistance que pour traverser cette membrane. Si une dent de lait reste anormalement fixée au delà de sa durée physiologique normale, ses racines n'évoluant point vers la résorplion, l'espace qu'elles occupent entrave l'évolution normale de la dent permanente qui pousse en dehors de l'arcade dentaire.

Cette opinion est fort contestée, car le pouvoir de résorption possédé par une dent adulte est considérable. Il s’agit plutôt d'une mauvaise orientation primitive du bourgeon dentaire.

L'antéversion en particulier, qui peut atteindre les dents du groupe incisif jusqu'aux canines inclusivement, a été altribuée à l'éruption tardive ou incomplèle des premières dents molaires permanentes, Gaillard à vu dans cette antéversion une conséquence du développement anormal ou incomplet des apophyses ptérygoïdes et du sphénoïde tout entier, sans que beaucoup d'auteurs aient consenti à le suivre dans cette opinion.

La perte prématurée des dents permanentes, le croisement d'un organe permanent avec un organe temporaire, les accidents obstétricaux mandibulaires sont autant de causes invoquées tour à tour pour expliquer les anomalies.

Langenbeck cite un cas où, par suite de vice de conformation des apophyses coronoïdes, les incisives présentèrent une déviation considérable ; la généralité des cas qu'on attribue à cette cause concerne surtout les dents de sagesse.

Les traumatismrs et les habitudes pernicieuses, tels que sucer-les doigts ou sortir la langue, ont été invoqués avec: vraiment trop d’exagération et nous avons retrouvé, dans le British medical Journal de F. Pedley (de Birmanie), un article où il étudie très sérieusement les déformations produites sur le maxillaire par l'usage des tétines en caoutchouc. Il constate que la forme défectueuse de la tétine en caoutchouc, la contraction des lèvres et des joues ajoutée à l'effort musculaire considérable demandé à la langue déformée par la suceion, sans parler de la pression atmosphérique agissant sur les joues et les maxillaires, ont une influence désastreuse sur les lissus osseux peu résistants des maxillaires de l'enfant dont ils entravent le développement et la croissance.

Fréquemment, 11 y a coïncidence entre la protrusion des incisives supérieures temporaires et l'abus prolongé de ces

appareils en caoutchouc qu'on laisse sucer à certains enfants,

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même en dehors des moments où ils absorbent le contenu d'un biberon.

Enfin la pression de la téline en caoutchouc contre le palais pourra être envisagée comme un facteur fréquent des déformalions de cette région.

L'alimentation au sein n'offre aueun de ces inconvénients, cela est facile à démontrer.

Enfin il ne faut pas négliger les forces actives qui agissent sur une dent déjà déviée pour, au cours de la mastication, en augmenter la mauvaise orientation.

Si, comme l'a établi Pierre Rcbin, une incisive supérieure prend à sa naissance une orientation telle que sa face vestibulaire vienne s'articuler avec la face linguale des incisives inférieures, elle glissera derrière ses antagonistes et, au cours de l'incision de certains aliments, elle subira une poussée vers la voûte palatine. Peu à peu, elle perdra ses fonctions d'incision et écrasera par sa face vestibulaire les aliments pris enfre elle et son antagoniste. Ces forces actives agissant ainsi pendant la période d'activité, nous pouvons facilement les contrarier et ramener ainsi une ectopie vers son orientation normale.

Il faudra éviter la production des efforts qui s'opposent à l'articulation normale des dents et soumettre celles-ci à l'action de forces suffisantes pour les changer de place.

En étudiant comment un engrènement anormal se produit entre les dents des deux maxillaires, on arrive à en déduire qu’en employant les mêmes moyens, mais en les orientant différemment, on peut faire évoluer cette construction anormale de l'articulation, qui s'est édifiée sans douleur, vers une

architecture normale.

D. Anomalies par atavisme, par hérédité.

ILest universellement admis qu'il existe une hérédilé des anomalies dentaires et.des maxillaires se présentant souvent avec des caractères similaires. Toutefois ce fait n'a pas suffisamment frappé les observateurs si l'on en juge par les observations recueillies.

En fait, ces stigmates sont l'expression de troubles généraux qui sont transmis héréditairement. L'hérédité, faisant parfois tomber sur un même individu plusieurs tares de certains de ses ancêtres, en fait un dégénéré. Car n'est-ce pas un état pathologique que ce qu'on a convenu d'appeler dégénérescence et qui met l'être qui en est atteint dans un état d'amoindrissement comparativement à ses généraleurs directs, tant au point de vue des sligmates psychiques que des stigmates physiques.

On pourra conclure avec Galippe que la dégénérescence doit êlre considérée, non comme un élat régressif, mais bien comme un état pathologique.

En général, les personnes ne s'attachant pas à la philosophie médicale, attribuent au qualificatif dégénéré un contre-sens. Pour elles, c'est une déchéance totale physique ou morale. En fait, c'est un amoindrissement de certaines fonctions intellectuelles ou physiologiques, mais le plus souvent au profit d’autres fonctions, c'est ce qu'on dénomme la dégénérescence supérieure; ce terme exprime l'idée qu'en cet individu 1l y eut prépondérance exagérée d'une ou de plusieurs facultés intellectuelles, Socrate et Platon étaient des dégénérés supérieurs.

Or il est rare que ces individus à intellectualité spécialisée ne présentent point de stigmates maxillaires, stigmates qui

sont parmi les plus tangibles et partant les plus intéressants

à étudier; l'histoire nous en fournirait des exemples multüiples.

A quelle époque apparurent, dans l'espèce humaine, les dégénérés? Rien ne permet-de le fixer. Les enfants naissant avec quelque infirmité dans les premiers âges de l'humanité, peu résistants, ont pour la plupart disparu après une vie fort courte; toutefois il en est parmi eux qui ont survécu et qui ont donné naissance à des êtres reproduisant leurs tares.

Les causes produisant la dégénérescence qui ont été envisagées comme agissant avec le plus d'activité au cours du jeune âge sont les maladies du fœtus, les accidents de la grossesse, les maladies de l'enfance engendrant un arrêt d'évolution.

Les familles tératologiques, tout comme les familles pathologiques, ont présenté, à leur origine, des individus normaux, toutefois le type idéal de l'homme a été recherché à tort dans les âges primitifs. L'anthropologie, au contraire, nous a montré que la perfectibilité est une qualité vers laquelle évolue toute espèce se développant normalement.

Le type idéal sera donc recherché à l'opposé de l'origine de l'espèce, maisil ne faut pas oublier qu'un élément important apparaît, c'est l'adaptation au milieu et au genre de vie. De ce type, qui eût pu être idéal pour la vie sauvage, l'adaptation à ce qu'on appelle la civilisation en fera un type tout différent qui évoluera à son tour vers le type idéal dans le milieu nouveau où on l'a placé.

La vie de l'homme a adapté ses organes à d'autres fonctions et les a amoindris au point de vue de la vie animale.

Vandervelde, Demoor et Massart ont étudié en particulier la régression dentaire: ils l’attribuent à l'évolution et à l'adaptation, mais depuis leurs travaux, de multiples observations de cas semblables ontmontré qu'il s'agissait d’hérédo-

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syphilitiques, que cette anomalie comme les autres était manifestement héréditaire, qu'elle tendait à constituer un type spécial de dentition dans certaines races ou familles, ce qui a orienté les réchèrches de,ces auteurs sur les onigines pathologiques de ces anomalies, sans nier toutefois qu'elles paraissent être en relation avec le genre de vie et le degré de dégénérescence de l'individu.

Peuvent être héréditaires, les anomalies de forme de la voûte palatine, et l'aspect qu'on décrit, sous le nom d'ogival; il s’agit là d'uné évolution retardée qui coïncide souvent avec. des irrégularités de la suture ou de dépression, en forme de sillon de la muqueuse.

Le prognathisme peut être familial ; il en est de même de la protrusion du maxillaire inférieur, tel est le,cas de Frédéric Il et de son fils Maximilien.

Cette protrusion du maxillaire inférieur est, en effet, d’une hérédité si fréquente qu'elle est la caractéristique de la physionomie des Habsbourg; on la retrouve chez Rodolphe Il, empereur d'Allemagne, chez Marguerite-Thérèse d'Espagne chez Jean III de Portugal, chez Henri IV de France, chez Charles Quint et son frère.

La précocité des dents déjà développées à la naissance peut-elle aussi être héréditaire? comme l'a relaté Mattei.

Guericke a relaté des observations d'absence totale des dents, anomalie héréditaire.

L'hérédité de ces anomalies étant établie, l'orthodontiste ne devra pas oublier que si l'anomalie est. une disposition héréditaire commune aux membres d'une même famille, le traitement ne donnera, la plupart du temps, que des résultats imparfaits ou passagers, quelle que soit la méthode employée.

Selon l'état de dégénérescence de l'individu, on rencontrera des anomalies plus ou moins marquées.

Les travaux de Seguin, Ballard, Langdon, Down, Bourneville ont établi que les anomalies des dents sont surtout fréquentes chez les idiots, mais, comme le dit Féré, elles sont loin d'être rares dansles degrés moins avancés de la dégénérescence.

L'existence d’une anomalie dentaire a tout autant d'importance au-point de vue de.l'avenir pathologique ou familial de l'individu qui la porte, que la monstruosité la plus grave. Comme l'a établi Geoffroy de Saint-Hilaire, les anormaux sont des anormaux dans leur organisation tout entière. Car il faut s'élever contre l'idée qu'il est possible de présenter des anomalies dentaires et d'être néanmoins un individu normal. On n'a pas impunément des anomalies dentaires; tout être présentant de tels stigmates doit être considéré comme un dégénéré, quelle que soit la cause de cette dégénérescence. Ces malformations ne sont, pour ainsi dire, jamais uniques.

Tous les cas qui se présentent devant l'orthodontiste relèvent des lois générales de l'hérédité de Darwin.

A. Loi d'hérédité directe et immédiate, d’après laquelle les parents tendent à léguer leurs caractères physiques et intellectuels à leurs descendants directs.

B: Loi de prépondérance dans l'hérédité directe suivant laquelle les caractères de l’un des deux générateurs prédominent dans le produit.

C: Loi d’hérédité en retour, qui s'applique aux faits, souvent observés, d'atavisme, qui n’est que la réapparition chez les descendants des caractères d'un ancêtre.

D. Loi de l’hérédité homochrone, c’est-à-dire l'apparition des caractères héréditaires aux mêmes époques de la vie chez les ascendants et chez les descendants.

Lorsqu'il s'agira de troubles relevant d'affections comme

la syphilis, la tuberculose, etc., l'hérédité ne sera plus réelle, c’est une simple transmission, car ce qui a été transmis ce n'est pas un caractère définitivement acquis, c'est une propriété accidentellement surajoutée et qui est susceptible de disparaître.

D'après le principe de Lamarck, quand la fonction disparait, l'organe la suit. Le système dentaire de l’homme diminue de puissance vu son genre de vie et ses maxillaires présentent une ampleur et un volume décroissant, car l’alimentation choisie n'exige que des efforts de moins en moins grands.

Le docteur Pierre Robin a voulu rechercher l'origine de certaines malformations d'un maxillaire par rapport à l’autre, ou entre les deux maxillaires et les os de la face :

« Il suffit d’un simple retour atavique pour produire cette malformation. Autrement dit, un individu vient actuellement au monde avec un squelette qui ressemble à celui de ses auteurs immédiats, à part un maxillaire, ou les deux, qui auront le volume et la forme des maxillaires de ses ancêtres plus ou moins médiats, existant il y a quelque milliers d'années, et cela à cause d’une infection, d'un traumatisme, ou d’une nutrition défectueuse du fœtus. Ces retours ataviques sont considérés à tort comme des anomalies héréditaires.

.» Hnous semble plus logique et plus rationnel de considérer ces faits dits de dégénérescence comme des retours ataviques individuels ou pouvant se sérier quelquefois, à des intervalles plus ou moins éloignés, dans la même lignée, et devenir assez fréquent pour constituer un caractère distinctif de cette lignée.

» Cette conception, d’ailleurs, n'impliquant aucune appréciation de la valeur fonctionnelle et du dynamisme du ou des individus atteints de cette malformation.

» Bien entendu, tous ces cas de tératologie ne sont pas visés et doivent être mis à part de celte conception ».

In Revue de stomatologie, novembre 1905.

Conférence faite à l'Exposition de Liége, le 24 septembre 1905.

Neveu, ancien interne des hôpitaux de Paris, dans ses travaux, à bien signalé le produit souvent anormal, quant au squelette facial, produit résultant du croisement d'un dolichocéphale et d'un brachycéphale et présentant lui-même des caractères de l'un et de l’autre de ses générateurs, par exemple des dents de grande dimension et une arcade dentaire élroite; celles-là ne trouvant pas une place suffisante s'implanteront anormalement.

Ayant passé rapidement en revue les conditions dans lesquelles se transmettent les anomalies en général et les malformations des maxillaires et des dents en particulier, nous ne pouvons, à ce sujet, passer sous silence Les efforts louables faits par les Eugénistes (ev, bien; yevvaw, jJ'engendre) pour mettre à profit les connaissances des lois de l'hérédité et d'appliquer à l'espèce humaine les principes de sélection que meltent en pratique quotidiennement les éleveurs.

L'ignorance des conditions d'hygiène, l’encouragement tacite à l'alcoolisme, les conditions de surmenage physique de la vie moderne, toutes choses contre lesquelles des lois sociales insuffisantes n’ont qu'une action vaine, font que la procréation est le résultat du hasard et que les enfants non seulement héritent des tares de leurs ancêtres, mais encore de l’état pathologique dans lequel étaient les procréateurs

au moment de la conception.

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