‹ Étude de la morphologie maxillo-dento-faciale et des méthodes appliquées à la réduction de ses irrégularitésChapitre 31 sur 47 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Principes fondamentaux du redressement des dents.

Au 1 siècle de l'ère chrétienne, Celse relatait la possibilité de remédier aux difformités gênantes et inesthétiques qu'apportait dans une bouche la disposition vicieuse des dents.

Il préconisait la mobilisation Jente et (patiente avec les doigts.

Au xvi° siècle, Ambroise Paré étudie Ja Huss nes de | Srthodontie. es

C'ést à Fauchard, en 1726, qu’on reconnaît lé mérite d'avoir le premier fait des redressements; il prenait tour à tour ou la méthode chirurgicale par l'usage du pélican ou la technique du redressement lent par des fils, ressorts et plaquettes.

Hunter, en 1771, conseille l'extraction comme traitement des anomalies dentaires.

En 1786, Bourdet préconise tes mêines méthodes sans y rien ajouter; il fut suivi par Lefoulon et Schange.

Ces auteurs cherchaient surtout, en corrigeant les anomalies dento-maxillaires, à agir favorablement sur la enne et l'esthétique faciale. :

Ils pratiquaient l’extrusion ou élongation; l'intrusion ou enfoncement, l'inclinaison, la mobilisation en masse, la rota-

tion sur l’axe et combinaient entre eux ces différents mouve-

ments. Ils n’agissaient que sur les dents par leurs collets, faisaient indirectement de la dilatation des maxillaires sans s'en douter. A

Les dents sont irrégulièrement placées parce que le maxillaire qui leur sert de soutien est lui-même anormal, c'est donc sur lui que nous devons faire porter nos efforts. Si nous faisons porter l'effort sur les dents, nous modifions leur direction physiologique et celte modification entraine presque nécessairement un engrènement anormal. Le redressement obtenu n’est que passager et l'irrégularité tend à se reproduire comme l'a établi Bonnard.

Pour.qu'il y ait anomalie d'ordonnance, il faut que la somme des diamètres mésio-distants soit supérieure à la longueur de Farc maxillaire. |

Toutes les méthodes de redressement lent que l'on emploie ont pour résullat de faire de l'expansion des maxillaires. H faudra agrandir l'arc dentaire afin qu'il devienne égal à la somme des diamètres mésio-distants des dents et sans s'en douter les orthodontistes ont fait de l'expansion lorsqu'ils tiraient sur ‘une dent dans le but de la faire passer entre deux autres.

Mais, par celle méthode qui consiste à fie passer une dent-entre deux autres, on arrive. à la coincer si on emploie les procédés anciens. |

L'appareil de Gaillard remédie Ne lee à cet inconvénient, car le caoutchouc y développe deux forces, l'une qui tire la dent, l’autre: qui écarte les dents latérales. Toutefois ik n'en subsiste pas moins un coincement des dents qui sont écartées, contre celles qui les touchent. |

Quant aux appareils variés et remontant à des époques déjà lointaines, agissant soit par le caoutchouc élastique, soit par des soies, ils tirent sur les dents, en faisant effort et les

obligent à glisser les unes contre les autres. Ils agissent par traction où par pression. Ils provoquent la résorption de la paroi alvéolaire contre laquelle la dent est pressée. Le but de toutes ces méthodes lentes est Ie même; on se propose de provoquer la résorption de la paroi osseuse contre laquelle la dent redressée s'appuie et de favoriser la reproduction de la paroi dont s'éloigne la dent redressée. On espère qu'à la suite de ce travail il s'établira une loge,alvéolaire solide et que ces dents, retrouvant des rapports pour lesquels elles avaient été créées, montreront une durée qu'elles n'auraient pas eue dans la position vicieuse qu'elles occupaient.

Pour éviler loute complication inflammatoire, il convient de ne faire agir la pression que peu à peu, car, sous l'influence de l’évolution brusque, le périoste s'enflamme et s'hypestrophie. Il se produit une mobilité secondaire, mais celle-ci est lente car elle provient de la résorption osseuse.

Une fois que ces dents sont en bonne position, il s’agit de les y faire rester en favorisant la formation d'os nouveau du côté de la paroi alvéolaire dont elles s’éloignent. On y arrive par les appareils de maintien qui permettent au maxillaire d'établir une loge alvéolaire solide qui maintient les dents dans la position qu'on leur a donnée.

Ces phénomènes biologiques supposés de résorption. et de néoformation osseuse se passent, avec leur maximum d'intensité, dans l'adolescence et la jeunesse. Les résultats sont plus rapides à cet âge. PORT Det

Ce-résultat est, au contraire, d'autant plus-difficile à obtenir que l'âge est plus avancé, car l'os est beaucoup moins vasculaire et sa densité plus grande. mi;

On a affirmé, sans preuves suffisantes, qu ÿ se faisait: ainsi; au cours du déplacement d’une dent, des modifications. dans le maxillaire, de l’ostéite condensante d’un côté, raré-

fiante de l’autre.

Le docteur P. Robin considère comme inexacte la: théorie qui veut que s'opère à la fois de la résorption d'un côté et de la condensation de l’autre, parce qu'au cours des redressements on trouve toujours des procès alvéolaires normaux.

IL fait remarquer le peu fondé de cette affirmation en démontrant que, s'il en était ainsi, un éperon osseux devrait pérsister derrière la dent qui se déplace et le procès alvéolaire fort mince sur la face-externe du maxillaire serait bientôt détruit.

“I'établit que les procès alvéolaires suivent la dent et que le rôle joué par l'ostéite, s'il existe, est bien minime. Il y a donc déplacement en bloc des procès alvéolaires et la mobilisation des dents dans les maxillaires est due à l'élasticité de ces os, qualité qu'ils tirent de leur architecture.

Les procès alvéolaires sont plus denses au maxillaire inférieur qu'au maxillaire supérieur ; 1ls opposent une résistance pius grande au déplacement des dents.

On en déduira facilement ce fait que la condensation du: tissu osseux spongieux el de revêterñent étant moins grande, lés procès älvéolaires seront plus flexibles et le déplacement de la dent se fera sans grand effort au maxillaire supérieur.

En fait, il est heureux de constater que les déviations existent surtout ‘au maxillaire supérieur. Le docteur Gaïllard a émis une théorie admettant qu'on peut considérer que l'arcäde dentaire inférieure est presque toujours normale : il ya là évidemment une exagération et cette idée peut se ramener à la constatation que le maxillaire inférieur est moins souvent irrégulier que lé maxillaire supérieur:

L'appareil de dilatation rationnel devra conserver l'artieulation des dents et permettre ultérieurement le fonctionnement normal d'une mastication rationnelle par engrènement

normal des dents. Done lorsqu'une dent présentera avec son

Rte

antagoniste une arliculation défectueuse, on devra la mobiliser, changer son orientation afin d'en modifier l'articulation. On alliera dans ce but le déplacement latéral à la rotation sur l'axe qui ramènera un engrènement normal.

Toutefois ceux qui préconisent la rotation des dents dès le début du traitement avouent avoir trouvé cette méthode longue et difficile.

IL vaut mieux commencer la rotation assez tard, la méthode n'en sera pas plus longue, on peut même être convaincu du contraire.

Pour pouvoir provoquer la rotation avec un résultat stable, il est de toute nécessité de disposer de plus de place qu'il n'en faut pour la dent située normalement dans l'arcade dentaire; c'est exceptionnellement rare qu’on dispose de cette place dès le début du redressement, d'où la nécessité de dilatation des arcs maxillaires. On crée donc l'espace nécessaire et on peut déclarer l'avoir obtenu lorsqu'on se trouve en présence d'une mâchoire suffisamment élargie pour accommoder toutes les dents.

Naturellement si l'espace existe au début, et si le cas est facile, il n'y a pas lieu d’altendre pour la rotation, mais ce ne sont pas des cas que l'on rencontre souvent.

On doit donc chercher un appareil qui conserve l’engrènement des dents, qui engendre une force d'expansion mesurable connue, de façon qu'on puisse la graduer en rapport avec la sensibilité du patient:

Cet engrènement des dents au cours du redressement est de la plus grande importance à conserver et, si l'on n'a pas pratiqué d'extractions antérieures et s'il n'y a pas d'anomalies de nombre en moins, les dents seront normalement articulées

encore à la fin du redressement.

Fauconnier )

Cet appareil enfin doit être contentif des résultats acquis sans qu'on ait besoin de modifier sa forme.

En présence d’une anomalie maxillo-dento-faciale on doit, avant d'entreprendre ‘tout travail de redressement, envisager la question suivante et pouvoir y répondre :

L'articulation est-elle normale ?

Sinon, peut-on espérer qu'en n'y touchant pas, avec le temps, et l'éruption des autres dents permanentes se faisant, cette articulation anormale deviendra normale ?

À quel moment doit-on intervenir? Est-il profitable d'attendre? Enfin quels sont les moyens.à employer?

Les moyens qui sont à notre disposition pour modifier l'architecture des mâchoires sont des forces actives agissant pendant la période d'activité des mâchoires.

Il faudra donc connaître parfaitement la mécanique physiologique de l'articulation des dents, pendant qu'elles subissent cet effort qui s'oppose à l'articulation normale; puis nous aurons à envisager les forces qui produiront le déplacement des dents à redresser pendant la période d'activité,

P. Robin, dans son article de la Revue de stomatologie de 1902, a envisagé ainsi cette question (voir fig. 15) :

« Pour l'étude des forces qui doivent produire le déplacement des dents à redresser, nous considérons une dent uniradiculaire, toutes les dents multiradiculaires pouvant être décomposées en plusieurs dents uniradiculaires, ces dents schématiques conservant leur rapport de continuité entre elles,

» Soit une racine Î j a, nous avons supprimé sa couronne qui lui {ransmet tous les efforts qu’elle supporte. Pendant la période d'activité, cette racine s'appuie dans son alvéole, transmettant à ce dernier qui lui fait équilibre tous les efforts qu'elle subit. j

» Nous pouvons diviser la surface de cette racine, que nous

AT IEe

représen{ons ici par un cône parfait, par un plan déterminé

par son axe mésio-distal m d et son sommet apical a.

» Ce plan nous indique par ses tracés m a et a d deux surfaces 1 a m d et j a m d, Toutes les forces qui ont leur point d'application sur ces surfaces peuvent être composées et auront alors deux résultantes f, f qui sont égales en force et directement opposées en direction aux forces r, r’, résullantes des forces réactionnelles de l’alvéole dans lequel s'appuie la dent.

» Comme la dent ne se déplace pas dans une articulation normale, nous devons considérer ces forces comme parallèles à l'axe o a de la dent et égales entre elles, constituant

Fi. 16,

un couple qui maintient la racine dans son alvéole. Nous ne nous occuperons plus des forces réactionnelles de l'alvéole qui sont toujours égales et contraires à celles que subit une dent en équilibre, il suffit de les avoir signalées.

» Ces deux forces f, f peuvent aussi être composées en une seule F appliquée, en un point quelconque de l'axe et dirigée suivant l'axe (fig. 16).

» Si en effet la direction de cette force F ne passait pas par l'axe a, elle tirerait la dent latéralement et la déplacerait, ce qui est contraire à notre hypothèse.

» En résumé, toutes les forces qui agissent sur une dent normalement arliculées peuvent être représentées et mésurées par une composante F dirigée suivant l’axe de la dent.

» Supposons maintenant une dent à l’état de repos et solidifions cette dent par une force P qui représentera ici l'effort produit sur cette dent par une soie, un caoutchouc ou tout autre moyen mécanique de redressement appliqué sur la couronne de cette dent (fig. 17).

» Cette force tend à déplacer la racine de la dent, aussi

pouvons-nous la remplacer par deux forces, p et p’ résul-

FiG. 47.

tantes de sa décomposition et représentant elles-mêmes les

forces composantes des forces qui, appliquées sur les deux

surfaces 1 a m d et j a m d considérées tout à l'heure, produiraient le mème effet que la force P appliquée à la couronne de la dent.

» Dans une arliculation normale, pendant la période d'’acüvité, grâce à la disposition des fibres du périodonte, la dent produit des compressions älternantes avec des décompressions assurant une large vascularisalion et le fonctionnement des éléments nerveux, condilions nécessaires et indispensables à la nutrition des tissus du périoste alvéolo-denlaire comme à celle de tout autre organe de l'économie; les troubles trophiques, d'origine nerveuse ou vasculaire, ne sont plus discutés.

» Il est également parfaitement établi que tout organe qui fonetionne se construit, le muscle qui se contracte fabrique de la substance de musele empruntant au milieu intérieur les éléments de son édification, en même temps qu'il rejette les éléments devenus inutiles. Fa

» IL faut donc que ce milieu intérieur se change pour apporter de nouveaux éléments et débarrasser le terrain des produits inutiles qui, par leur accumulation, empêcheraient le fonctionnement de ce muscle et la fabrication de substance de muscle. | ;

» Pour arriver à ce double résultat, il faut une vascularisation et une innervalion parfaite.

» Le périodonte n’est pas en dehors de cette loi de physiologie, aussi faudra-t-il désormais diriger les redressements de telle façon que l'innervation et la vascularisation du périoste alvéolo-dentaire soient modifiées dans des conditions qui ne dépassent pas les limites des variations que peut subir cet organe pour fonctionner normalement.

» Voyons donc s'il est possible de satisfaire, dans le cours

d'un redressement, à ces multiples desiderata,.

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