CHAPITRE HI
Lorsque le docteur Pierre Robin présenta, pour la première fois en 1902, sa méthode au monde stomatologique, il apporta des théories ne se trouvant pas toujours en concordance avec celles des écoles classiques. ;
Il a créé une école nouvelle héritant de bien des principes de ses prédécesseurs mais révolutionnant bien des théories qui, avec le temps, semblaient être devenues axiomes.
Si de nombreux praticiens n'appliquent sa méthode que dans quelques cas où ils la croient plus spécialement indiquée, ils n'en reconnaissent pas moins la valeur scientifique, mais ils pensent que les méthodes américaines d'orthodontie suffisent dans la pratique des autres redressements.
Nous ne reviendrons pas sur l'étude de ces appareils qui sont eux mêmes un progrès sur les anciens.
Les vieux orthodontistes, qui avaient l'habitude de redresser ‘les irrégularités dentaires, en s'en tenant à celles-ci exclusivement, après avoir passé par la période des plaques de caoutchouc et des vis, et rencontré tant d'innombrables difficultés dans l'application heureuse des appareils, ont apprécié les méthodes d'outre-mer et s'en tiennent à cette technique de l'orthodontie.
Les nouvelles générations de stomatologistes verront peut être la question sous un autre jour.
La mise en pratique de la méthode du docteur P. Robin
se fait principalement par l'application d'un appareil de dilatation simultanée des deux maxillaires.
Le terme « Monobloc », qui fut appliqué à cet appareil, est un néologisme qui, outre sa construction barbare, ne rappelle en rien la forme sous laquelle se présente cet appareil.
Le verbe 5ia-orekkw serait mieux venu pour représenter cette idée de dilatalion en masse que ses synonymes rhatéve où av-evpuvo, On pourrait créer ainsi le terme « maxillodiastèle », mais comme il aurait peu de chance d'entrer dans le langage courant de notre spécialité, nous respecterons la priorité du terme « Monobloc » en concluant qu'on peut faire des descriptions suffisamment claires avec des termes obscurs, pourvu quon s'entende sur leur sens d'un commun accord.
Cet appareil est susceptible d'êlre appliqué dans tous les cas de redressements.
On lui fait subir seulement quelques modifications, soit lors de sa construction, soit en y apportant de légères transformations, suivant la manière dont évolue le redressement des irrégularités de la morphologie maxillo-dento-faciale.
Grâce à son action coordonnée sur toutes les parties de la face qui nous intéressent, il est évident que tant que la période physiologique de la croissance et du développement des mâchoires n'est pas passée, rien de plus facile à l’art bien coordonné que de donner une nouvelle impulsion au développement et à la croissance des mâchoires, de-créer en même temps l'espace nécessaire pour ramener les dents déviées dans la ligne normale.
Cette méthode, d'une simplicité très grande et d'une efficacilé que nos observations suffisent à démontrer, est appelée, par sa vulgarisation, à rendre les services Les plus signalés. .-
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La substance osseuse est un tissu éminemment malléable lorsqu'on la soumet à une action de compression prolongée.
On peut retrouver dans les âges les plus anciennement connus de l'humanité des procédés de transformation artificielle de la morphologie du crâne et du massif facial.
Ces habitudes se sont léguées comme une coutume héréditaire chez certains peuples; elles semblent disparaitre avec l'évolution de la civilisation. Hérodote signalait déjà la tradition qui poussait les parents à déformer le crâne de leurs enfants en bas âge, par des moyens variés basés sur la compression; il attribue à cette coutume la macrocéphalie observée chez les peuples anciens du sud-est de l’Europe.
En Bolivie, les Indiens, les Mahuas, les Aymaras se caractérisent par des déformations crâniennes artificielles.
La macrocéphalie a été longtemps provoquée dans les environs de Toulouse et en Limousin, de même qu'en Normandie. Elle est due à des coiffures traditionnelles de forme spéciale. Il s'agit de bonnets serre-tête agissant par leur ligature suivant le diamètre sous-occipito-frontal. Dans l'Auvergne et la Lozère, on déformait Le crâne en fixant la tête du nouveau-né par l'occipilal sur un oreiller résistant.
Dans ces régions de la France, ces déformations se produisaient en fait à l'insu des parents et tendent à disparaitre actuellement.
Les procédés employés, pour la pratique des déformations, par les peuples primitifs ne sont pas extrêmement variés ; c'est surtout dans les deux Amériques qu'il faut chercher des exemples. Les populations indigènes du Pacifique Nookta- Colombiens Chikooks, du 46° de latitude N. au 53°, avaient encore, il y a quelque cinquante ans, l'habitude d’aplatir la tête de leurs enfants.
Presque toutes les tribus qui campaient du Missouri au
Mississipi l'avaient adoptée de temps immémorial. En Océanie et en particulier aux îles de la Société, Sandwich, Mariannes, Java, on en a trouvé de nombreux exemples.
Les Juifs proscrivaient cette coutume, cependant les Talmud relatent que les Babyloniens faisaient subir certaines déformations à la tête de leurs enfants. |
Il en est encore de nos jours de même, d'après Schweinfurth, chez quelques tribus du Haut Nil.
Les déformations artificielles ont été classées par M. Gosse (de Genève) en 18 formes; et parmi celles ayant une relation plus spéciale avec notre sujet, nous citerons la 9° classe, de prognathe ou naso-frontale, présentée par les indigènes des Caraïbes.
Ces déformations étaient pratiquées dans un but esthétique le plus souvent; la physiologie cérébrale s'en ressentait toujours, elles avaient en vue d'atteindre un idéal de beauté, où de développer certaines aptitudes spéciales par la dépression des régions du crâne que localisaient pour eux les aptitudes opposées de façon à favoriser les premières au détriment des secondes.
Les Aymaras utilisaient des liens circulaires agissant sur des plaques compressives, ou ils avaient recours aux déformalions couchées prenant point d'appui sur la base du crâne, et exerçant une pression sur la voûte, diminuant ainsi le diamètre vertical et allongeant le crâne en arrière.
Les indigènes de l'époque préhistorique d'Arica (Pérou) avaient perfectionné ces pratiques, appliquant une plaque frontale avec point d'appui en arrière tout en faisant passer une courroie par le bregma et sous la mâchoire. L'occipital faisait saillie et on achevait la transformation avec un lien circulaire.
Le Musée de l’Institut anthropologique montre, rassem-
biées par Broca, des pièces osseuses représentant tous les types connus de déformations artificielles.
Bref, personne n'a jamais songé à nier la malléabilité du tissu osseux en évolution lorsqu'on le soumet à une compression lente.
C'est de ce-principe qu'on doit partir pour effectuer des opérations de transformation de la morphologie maxillo-
dento-faciale dans un but rationnel.
Description du monobloc type.
Le monobloc se compose d'une masse de caoutchouc vulcanisé épousant exactement les formes de la cavité buccale quant à ses parties osseuses et dentaires, c'est-à-dire moulant toute la cavité buccale fermée, sauf le plancher de la bouche
Cette masse, à laquelle le docteur Sauvez à donné le nom de monobloc, est séparée par un trait de scie antéro-postérieur partant du point incisif et suivant les raphés médians du maxillaire supérieur et du maxillaire inférieur.
Cet appareil peut se dilater par séparation et éloignement de ses deux parties constituantes; il repousse devant lui les parties squelettiques et Les dents, d’où son nom de monobloc dilatateur. |
Cette dilatation permet non seulement, par l'expansion osseuse, de créer la place nécessaire aux dents qui n'ont pu bien s’ordonner par manque d'espace, mais encore 1l assure la contention immédiale de résultats obtenus.
Le monobloc satisfait aux desiderata qu'on peut envisager dans l'étude des principes fondamentaux des redressements.
11 permet d'abord à la dent de rester en équilibre dans son alvéole en lui laissant subir la force imprimée sur sa face
triturante par son anlagoniste.